Par François Laroulandie, texte et photos

Ana Carla Maza au Rocher de Palmer le 12 mars 2025 : Cuba Si !

Ana Carla Maza, violoncelle, chant, compositions
Milly Pérez, claviers
Jay Kalo, batterie, percussions
Mirza Sierra, guitare acoustique

Ce soir le Rocher a vibré à l’heure cubaine, deux heures d’un concert électrique où Ana Carla Maza a enflammé la salle 650 bien remplie. La violoncelliste et chanteuse née à Cuba porte une histoire familiale dans laquelle la musique sauve des déchirements de l’exil ; elle est ce qui réunit, exprime la joie d’être ensemble par delà les séparations. L’exil c’est d’abord celui, contraint, en 1975, vers Cuba en passant par Bordeaux, des grands-parents opposants à la junte militaire du général Pinochet qui a perpétré en 1973 le coup d’Etat contre le gouvernement élu de Salvador Allende. Un évènement qui produisit en France un formidable élan de solidarité avec le peuple chilien et en particulier avec les artistes, ce fut l’époque où l’on achetait les disques des Quilapayun et de bien d’autres. L’exil c’est aussi celui des parents d’Ana Carla vers l’Espagne en 2007, son père chilien d’origine mapuche le compositeur et musicien Carlos Maza et sa mère cubaine la guitariste Mirza Sierra qui l’accompagne ce soir au Rocher. A ses côtés également Milly Pérez est aux claviers et le batteur cubain Jay Kalo à la batterie et percussions

Ana Carla est une artiste totale, au sens où elle marie les langues et les cultures, les influences du jazz, des musiques populaires de Cuba, à celles issues de sa formation classique, quinze années entre La Havane, l’Espagne et Paris, au piano d’abord puis au violoncelle dont elle joue dans tous les sens du terme, en pizzicato ou à l’archet, assise ou bien debout, tenu comme une guitare aussi bien que virevoltant en étreintes passionnées. Après deux albums en solo chant et violoncelle (La Flor en 2020, « un voyage imaginaire en Amérique latine », et Bahia en 2022 tous deux sous le label Persona Editorial l’Autre Distribution), elle adopte dans son troisième album Caribe sorti en 2023 un répertoire résolument latino entre compositions personnelles et standards mêlant son cubano, rumba, merengue, salsa  ou cumbia avec une grande liberté. Nous aurons un aperçu ce soir en avant première de quelques titres à paraître sur son nouvel album Alamar sui sort ce 27 mars.

Ça commence sur une ligne mélodique dessinée à l’archet pour très vite s’envoler en merengue sur le violoncelle joué façon contrebasse, le piano en notes bien frappées, le tout bien appuyé par ce jeune batteur qui n’a pas encore dit son dernier mot. Ceci avant de dévoiler deux titres de son prochain album attendu le 27 mars prochain chez ACM Productions, Alamar, un hommage au quartier à l’est de La Havane où Ana Carla est née, l’un des plus grands programmes de logements sociaux qui ont accueilli entre autres les réfugiés chiliens. Un répertoire personnel tissant des liens entre le Chili, Cuba, l’Espagne et la France, où Ana Carla chante en espagnol, français, portugais, anglais, explorant les doutes, l’amour dans ‟Corazóncito mìoˮ aux paroles dans le plus pur style romantique latino sur un rythme furieusement dansant de salsa, et ‟Me lleva a tiˮ, qu’elle présente en français, accompagnée par Mirza Sierra au tres cubano.

Après cette mise en oreilles, rien de tel qu’un syncopé Cha Cha Cha et l’on est déjà un peu là-bas, sur le Malecón face à la mer caraïbe… Le voyage continue du côté de l’Argentine avec une composition personnelle en hommage au « Gran Maestro » Astor Piazzola. Un tango écrit par Ana Carla pour le violoncelle après avoir regretté l’absence d’œuvres classiques écrites par des femmes pour cet instrument. Sensualité d’un jeu à l’archet émouvant.

Suit un titre de son dernier album ‟Caribeˮ un arrangement salsa où mélodie et le motif rythmique de la clave cubana entremêlés guident les pas des danseurs. ‟Caribeˮ c’est la joie pure même lors de coupures d’électricité, habituelles en ces temps de pénurie dans l’île. Faisons maintenant un détour  par la voisine Jamaïque sur un reggae syncopé et enveloppant, Ana Carla désormais dansant avec et faisant corps avec son violoncelle, dégageant une énergie époustouflante.

‟Habaneraˮ, un titre dévoilé en avant-première qui sera dans le prochain album, comme son nom l’indique c’est une habanera cubaine qui chante l’exil, à découvrir…Puis le morceau titre de l’album, ‟Alamarˮ, en souvenir de l’enfance vécue « en el edificio de los chilenos », impossible de rester assis plus longtemps sur ces rythmes de bachata faits pour la danse et la joie pure.

Ana Carla s’éclipse doucement, laissant seul sur scène le batteur Jay Kalo qui se lance dans un solo électrique au rythme des flashes, jonglant avec ses baguettes, dégageant une puissante pulsation, est-ce la fin du concert ?

Comme un coup de théâtre Ana Carla réapparaît, vêtue de rouge comme les lumières, et c’est pour lancer l’incontournable ‟A tomar caféˮ, un refrain qui tourne en boucle, repris par la salle désormais debout dansant dans les travées sur une cumbia colombienne. Le jazz c’est ça aussi : des moments de partage intenses et joyeux où le public n’hésite pas à transgresser les règles, à se lever, danser, vivre la musique. Ana Carla c’est la générosité, l’invitation au partage sans prise de tête, à la joie pure du moment, faisant monter sur scène avec elle et ses musiciens une classe d’enfants d’école du quartier pour ce final en apothéose.

Ana Carla Maza est en concert à Paris Salle Gaveau le 20 mars, une semaine avant la sortie de son nouvel album Alamar le 27 mars chez ACM Productions.

Galerie photos