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Par François Laroulandie, photos Philippe Marzat.
Deuxième journée de Jazz Pourpre en Périgord, place Gambetta à Bergerac, samedi 30 mai 2026.
Ça commence dès dix heures, suivant une déambulation au marché du samedi matin et dans les rues de la ville ancienne avec un trio (saxophones ténor et soprano, guitare) de musiciens du Combo Dursley Big Band, groupe formé en 2024 autour de Jason Andrew. Ce sont dix-neuf musiciens amateurs issus de Rednock School venant de Dursley, ville du Gloucertershire en Angleterre, jumelée avec la ville de Bergerac.

Invités par Jazz Pourpre, ils se sont produits le 28 mai au Centre Culturel Michel Manet, et sont le fil conducteur du festival, tant nous les croiserons au cours de ces journées, en formation complète ou en trios, en session instrumentale lors du vernissage de l’exposition du peintre coloriste installé à Bergerac Guy Sénécal, ou en concert chanté sur la scène du Village au cœur du Festival.
Le répertoire tourne autour de grands standards du swing, ‟Bandstand Boogieˮ, ‟Copacabanaˮ (de Barry Manilov), ‟The pink Pantherˮ (Henri Mancini), mais aussi de morceaux de Herbie Hancock (‟Chamemelonˮ), Queen (‟Crazy little thing called loveˮ), Quincy Jones (‟Soul Bossa Novaˮ), un medley Stevie Wonder, le standard ‟Lullaby of birdlandˮ ou ‟Cry me a riverˮ (chanté par Diana Krall). Des interprétations au swing entraînant, avec une section de soufflants particulièrement dynamique.
En invitant dans le Festival des musiciens amateurs (nous en rencontrerons d’autres au cours de ces trois jours), Jazz Pourpre contribue à faire vivre la musique, par delà les frontières
Apéro jazz au Cloître des Recollets avec Yvi Duo

Valentin Foulon Balsamo, saxophones ténor et alto, compositions
Eleonore Balsamo, guitare, compositions
Un moment apéro jazz dans le cadre enchanteur de ce cloître datant du XVII°, c’est l’occasion de découvrir cet ancien couvent des Récollets (frères mendiants de l’ordre des franciscains) édifié dans les anciens jardins du château de Bergerac. Il abrite aujourd’hui une maison des vins du bergeracois. Toutes les conditions étaient réunies pour un moment qui s’est révélé un véritable concert (dix titres et un rappel !) : température agréable, un verre de Bergerac aidant, et une belle acoustique enveloppante procurée par l’enceinte close des murs anciens.
L’assemblage du saxophone de Valentin, ténor ou alto, mélodique, enlevé, enjôleur, joyeux, profond, et de la guitare de Eleonore, andalouse, flamenca, assortie de jeux de golpes inventifs offre à des standards que le public se plaît à reconnaître des couleurs inattendues. ‟Indifférenceˮ, valse virevoltante, ou ‟Les amants de Saint-Jeanˮ enchantent le public. ‟La bohèmeˮ version enlevée, joyeuse, émouvante est l’occasion d’un solo enlevé de Eléonore, main droite en golpes s’effaçant peu à peu devant la montée en puissance des accords.
Il y aura bien sûr du swing, ‟Les yeux noirsˮ au tempo qui s’envole, ou ‟Les deux guitaresˮ très flamenco, aussi quelques compositions personnelles, dont ‟Julieˮ en hommage à la chanteuse de Santa Machete décédée en 2023. Le dernier titre, un boléro, ‟Quizas Quizasˮ est repris en chœur et acclamé par le public debout. Au rappel comme un message avant de nous quitter, le chant révolutionnaire italien ‟Bella Ciaoˮ…
Yvi Duo se produit à nouveau ce soir sur la scène du Village, avec un répertoire de compositions personnelles. Des compositions souvenirs de voyages en Europe, ‟Léonˮ, valse tournoyante au saxophone en boucles hypnotiques, ‟Choˮ où la guitare de Eléonore frappe, claque, sur les accords flamencos. ‟Circus Tourˮ tourne en Andalousie, ‟Dulce melancoliaˮ joué pour la première fois en public, ‟Chadˮ en hommage au saxophoniste new yorkais Chad JB. Tous ces titres paraîtront dans un album en préparation dont nous attendons la sortie avec impatience…
Concert de l’après-midi à La Boîte de Jazz, Matelyn Alicia

Matelyn Alicia, chant, compositions
Serge Moulinier, piano
Philippe Labiausse, saxophone ténor
Jean-Luc Fabre, contrebasse
Gaëtan Diaz, batterie
Matelyn Alicia, tout juste arrivée de New York pour sa tournée estivale « Vineyard Concert Series » a honoré Jazz Pourpre de sa présence lors d’un concert exceptionnel. Conjuguant la liberté d’improvisation et la profondeur émotionnelle du gospel, elle apporte sa touche personnelle aux grands standards jazz, inspirée des voix de Ella Fitzgerald, Billie Holiday ou Sarah Vaughan. Le chant est sa raison de vivre: “Music isn’t just what I do, it’s who I am. Every note, every phrase is a piece of my story”.
Quatre musiciens de la région l’accompagnent : Serge Moulinier est au piano, Philippe Labiausse, par ailleurs bénévole à Jazz Pourpre, est au saxophone ténor, Jean-Luc Fabre à la contrebasse et Gaëtan Diaz aux baguettes. Le répertoire mêle grands standards et compositions personnelles qui paraîtront sur son prochain album Birthright.
Matelyn Alicia honore les grandes voix du jazz des années cinquante et soixante, habite les textes avec une émotion communicative. Ses interprétations des standards ‟What a wonderful worldˮ ou ‟Summertimeˮ déclenchent une ovation méritée. Et cette voix ! Puissance et délicatesse, se jouant des octaves, généreuse, connectée au public avec lequel elle installe une relation de confiance. Le quartet qui l’accompagne mérite bien ses compliments, d’autant qu’ils n’ont pu répéter ensemble qu’hier seulement.
Emotion à fleur de peau avant d’entamer ‟What a difference a day makesˮ sur un air de blues, du groove dans ce ‟Nature boyˮ chanté du fond de l’âme, introduit par les percussions frappées à mains nues, ambiance jazz club piano et contrebasse, saxophone ténor, à pas feutrés.
Non seulement Matelyn Alicia interprète magistralement les titres du Great American Songbook, elle nous livre quelques-unes de ses compositions récentes, des textes sensibles sur des arrangements swing, ‟Rainbow shine in the skyˮ, ou soul Rn’B sur ‟Special Martiniˮ, fait applaudir son band entre deux titres. ‟Footworkˮ, dédié à son père termine ce concert, et en rappel un standard chanté par Ella Fitzgerald, ‟Blue skiesˮ où le quartet se lâche accompagnant un scat fabuleux. Un grand moment de partage.
Concert de l’après-midi au Village, avec El Viento
Sylvain Proudhom Tommasino, violon
Aurore Dulucq, guitare
El Viento est un duo instrumental bergeracois créé il y a trois ans, dont les arrangements et la complicité apportent une dimension intimiste aux standards de Django Reinhardt ou Astor Piazzola. Violon et guitare voyagent du côté de l’Europe de l’est, jouent un jazz manouche teinté d’intonations classique, un ‟Troublant boléroˮ évocateur. Un tube de Stevie Wonder que le public reconnaît immédiatement, ‟Isn’t she lovelyˮ à la mélodie épurée, ou ‟Libertangoˮ sont au programme, avec une mention spéciale à l’arrangement stylé manouche d’une version de ‟Caravanˮ pleine de digressions réjouissantes.
Concert de l’après-midi à La Boîte de Jazz
Jérôme Gatius et Félix Robin quartet

Jérôme Gatius, clarinette
Félix Robin, vibraphone
Thierry Olé, piano
Guillaume Nouaux, batterie
Si je vous parle de swing, celui qui fait immédiatement taper du pied en rythme, qui impose son exubérante joie de vivre, celui de la Nouvelle Orléans, vous pensez aussitôt à Jérôme Gatius et son quartet formé en 2019 avec le vibraphoniste Félix Robin. Ils jouent un répertoire vivifiant, un hommage au quartet mythique de Benny Goodman et Lionel Hampton (avec le pianiste Teddy Wilson et Gene Krupa à la batterie) fondé en 1936, avec une liberté d’interprétation qui en fait la modernité, quatre-vingt-dix ans après. Thierry Olé est au piano, magistral, Guillaume Nouaux mène le tempo avec son élégance habituelle.
L’énergie déployée sur scène par ce quartet est un tourbillon enivrant qui vous prend et ne vous lâche plus, ça respire, ça dialogue en complicités joyeuses et virtuoses, une musique de fête qui renoue avec l’esprit des bands de la Nouvelle Orléans.
Embarquement immédiat pour le swing : les premières notes nous invitent pour un vol direct Bergerac-New Orleans dans un vieux coucou de 1957 (‟Flying homeˮ de Lionel Hampton). Jérôme souffle la vie, éclatante, bondissante. Aux timbres enjôleurs de la clarinette répondent les cascades cristallines du vibraphone de Félix, ça vibre, rebondit, en course éperdue contre le temps (‟Seven come elevenˮ). Le piano prend des airs de ragtime, la batterie impose la cadence, puissance et précision, ça claque !
Leur musique est un hymne à la joie, à la fête, entraînant à sa suite la cohorte des danseurs (‟Just one of those thingsˮ, de Cole Porter arrangé par Guillaume Nouaux). Mais elle est peut être aussi émotion, en ballade cool (‟Memories of youˮ). Et l’émotion, elle nous submergea aux notes du vibraphone de Félix dans ce ‟Just squeeze meˮ (Duke Ellington) dédié à Alain Barabès, chaque note pleine de la mémoire des moments partagés, un solo de piano émouvant, presque silencieux.
C’est Guillaume Nouaux, resté seul sur scène, qui hérite la charge de refermer cette page, se lance dans un solo qui emporte tout sur son passage, explosif, ahurissant, exutoire ! Le quartet reformé, encore quelques titres (‟The man I loveˮ, ‟Moonglowˮ), jusqu’au dernier, ‟Avalonˮ, prévenus par Jérôme « attention parce que là ça va aller très vite…». Un fabuleux feu d’artifice dont on revient la tête emplie d’étoiles…
Soirée à La Boîte de Jazz, Naïma Quartet

NaÏma Girou, contrebasse, chant, compositions
Jules Le Risbé, piano, Rhodes
John Owens, guitare
Thomas Doméné, batterie
Formé en 2016 à Montpellier, Naïma Quartet, qui a sorti son troisième album Evergreen en 2025, propose un jazz hybride où s’entremêlent acoustique et électrique, chant et séquences instrumentales, les moments intimistes et les envolées puissantes. Les morceaux sont suffisamment longs (six à sept minutes) pour nous entraîner dans un univers poétique, invitant à lâcher prise, oublier le réel l’espace d’un rêve.
Scène nimbée de vert, ‟The riverˮ, un écrin pour le chant de Naïma dont nous faisons connaissance avec la voix, chaleureuse, délicatement posée sur les notes de la contrebasse avec laquelle elle s’accompagne. Sensation de sérénité, fil ténu mêlé à la guitare électrique volubile en déliés, percussions en présence discrète, jusqu’au moment où le piano s’emporte en riffs jazz, entraîne un déluge formidable, et la pression retombée retourner au coeur, le chant qui parfois me rappelle Sade (dans le superbe ‟Samphireˮ où la guitare sculpte le temps dans un solo bref et intense).
C’est une musique de reliefs sonores d’une douceur puissante, envoûtante pour peu que l’on ait quelque disposition au voyage onirique. ‟Pytheasˮ est une plongée vers les abysses, chant sur fond de sonorités liquides du Rhodes, lenteur mesurée, guitare énigmatique, Naïma entretenant une pulsation groove à la guitare basse. La voix se coule avec bonheur dans cet assemblage instrumental où piano et guitare se jouent des lignes, où la batterie en ruptures, énergique et fine, converse avec le piano (Apple Tree).
Nous découvrons deux titres inédits (à paraître sur le prochain album en préparation), introduction chant et guitare en symbiose harmonique, puis instrumental en trio piano guitare batterie tournoyant en boucles entêtantes quasi hypnotiques. Subtilité et finesse évoquant Pat Metheny. John Owens, fabuleux guitariste !
L’unique reprise du set, ‟Rivermanˮ de Nick Drake, magnifique interprétation, hélas perturbée par la ronde des voitures avertisseurs bloqués (et désaccordés) tournant autour de la place Gambetta au sortir d’un match. « Et la poésie ? ».
Un dernier titre très fusion style, piano et Rhodes (une main sur chaque clavier) et solo de batterie, et en rappel l’enveloppant ‟Ralphˮ dont le public reprend (timidement) le phrasé, un final en douceur. Belle découverte ce groupe dont l’évidente cohésion signe sa capacité à nous émouvoir.
GALERIE PHOTOS
Combo Dusley Big Band
Yvi Duo
Matelyn Alicia
Jérôme Gatius – Félix Robin quartet
Naïma quartet








