
Par François Laroulandie, photos Philippe Marzat.
La troisième journée à Jazz Pourpre débute sur la scène de La Boîte de Jazz, mettant à l’honneur deux formations de musiciens amateurs de Dordogne.
Il faut saluer l’initiative de Jazz Pourpre qui a fait venir cette année trois ensembles essentiellement composées d’amateurs, le Dursley Big Band entendu les jours précédents, et deux formations basées en Dordogne, mettant ainsi en œuvre l’intégration du festival dans son environnement culturel. Les formations amateur se voient ainsi offrir la possibilité de se produire dans des conditions professionnelles en public ; c’est aussi un moyen de soutenir les initiatives locales, promouvoir le jazz et montrer que la musique transcende les frontières, culturelles, sociales, économiques.
L’Atelier Jazz de l’Ecole Buissonnière :
Sax baryton (Stéphanie) / Trompette (Florent) / Guitares (Laurent, Patrick) / Basse (Jean-Louis Bisiacco) / Batterie (Jean-René) / Chant (Anna).
L’Atelier Jazz est une école associative de Buisson-de-Cadouin (ville située près de Sarlat) réunissant des amateurs aux profils divers qui se réunissent régulièrement depuis deux ans autour d’un programme de reprises, sous la direction de Jean-Louis Bisiacco (à la basse cinq cordes). Une chanteuse (Anna, élève au Conservatoire de Bordeaux Musiques Actuelles) vient tout juste cette année d’intégrer le groupe.
C’est un sextet qui parcourt un répertoire swing enlevé, avec une chanteuse à la voix claire, mélodique, qui n’hésitent pas à se lancer dans des exécutions difficiles. Un programme de standards bien sûr, ‟All of meˮ, ‟Blue Bossaˮ, ‟Lullaby of birdlandˮ, mais aussi Herbie Hancock (‟Cantaloup Islandˮ), Paolo Conté (‟Via com meˮ) ou Michel Legrand (‟Whatch what happensˮ). Leur passion pour la musique est évidente à l’exécution du dernier titre (‟Song for my fatherˮ de Horace Silver). Au rappel « pour ceux qui l’auraient raté », dont je faisais partie je dois l’avouer (la dure vie de festivalier), le standard ‟All of meˮ, juste pour le plaisir.
Mozaïc Jazz Band :

Le Mozaïc est un véritable big band (vingt-deux musiciens amateurs), école de musique associative née en 2002, basée à Saint-Laurent-des-Hommes en Dordogne, menée (à la baguette) par Stéphane Sécher.
Saxophones : Ténor (Emmanuel, Théobald), Alto (Mathilde, Nicolas), Soprano (Avril, Else) / Trompettes (Florence, Renaud, Jérôme, Thierry) / Trombones (Bruce, Michel, Henri, Hillary) / Cor (Quentin) / Piano (Francis) / Guitare (Dan Jones) / Contrebasse, basse (Bruno) / Percussions (Clément) / Batterie (Maxime).
L’effervescence des grands jours emplit la Boîte de Jazz, vingt-deux musiciens à installer sur la scène en quinze minutes chrono, l’accord des instruments, joyeuse cacophonie et fébrilité d’avant concert pour ce groupe d’amateurs venus de Saint-Laurent-des-Hommes.
L’impact sonore des premières notes du combo de saxophones, trombones, et trompettes m’obligent à quitter la première rangée de sièges, ne disposant pas de bouchons d’oreille. Ça joue fort (et bien) ! Le programme parcourt les années trente et quarante du swing avec des compositions de Glenn Miller, Tommy Dorsey, Gus Khan, Lennie Niehaus, mais aussi plus récentes de Miles Davis, (‟All Bluesˮ), Dexter Gordon (‟Cheesecakeˮ) ou Charles Mingus (O.P.). Ce big band surprend par sa cohésion et sa dynamique, dirigé par Stéphane Sécher dans une humeur joyeuse, distribuant les solos et faisant applaudir chacun et chacune, les supporters venus en nombre savent se faire entendre, un vrai plaisir !
Changement de chef (Renaud) pour deux titres récents, un swing latino qui tourne en salsa (‟Alianzaˮ de Eric Moralès), et un arrangement funky au groove contagieux (‟Upsweepˮ, de Alan Baylock).
Stéphane de retour, véritable animateur, parvient sans peine à faire chanter_ou plutôt tonner_le refrain de ce standard « Pennsylvania Six Five Thousand ! » Grosse ambiance. Au rappel le blues incontournable de Robert Johnson ‟Sweet Home Chicagoˮ clôt ce concert d’une formation soudée par le plaisir de faire de la musique, ensemble.
Concert de l’après-midi au Village, La Pompa Swing Quartet :
Stéphane Perrone, guitare
Thomas De Conti, guitare
Laurent Agnès, bugle
Laurent Dezon, basse
La Pompa est un quartet bergeracois de jazz manouche, deux guitares, une basse six cordes, et ce n’est pas commun dans ce répertoire, ce soir le bugle de Laurent Agnès qui a récemment rejoint le trio du départ. Il ajoute aux cordes son timbre cuivré, un velouté, une douceur mélodique toute en délicatesse. C’est un quartet qui surprend agréablement par la rythmique entretenue, la pompe manouche, puissante pulsation ; les passages de solos de l’un à l’autre, la complicité évidente entre eux quatre. Ils jouent, pour leur plaisir d’être ensemble et pour le public venu les écouter, un jazz manouche enlevé et festif, qui prouve encore une fois que la musique de Django est toujours bien vivante. Si les deux guitares forment un couple s’échangeant solos et rythmique, le bassiste Laurent Dezon à la six cordes n’a rien à envier à ses complices, menant de formidables solos au groove ravageur.
Ils déroulent pour notre plaisir un répertoire de standards, un ‟Swing 48ˮ puissant, l’incontournable ‟Nuagesˮ, le thème tournant de l’un à l’autre, et bien sûr le « tube de l’été 1937 », un magistral ‟Minor Swingˮ. Ils n’hésitent pas à prendre quelques risques en public (après tout nous sommes en famille), se lançant sur un morceau difficile, une composition du guitariste Angelo Debarre. Et si l’un ou l’autre a quelque part trébuché, ce n’est pas si grave, ça fait partie du jeu, et ce morceau est tellement beau… Pour terminer, un ‟Rythme gitanˮ et ‟Joseph Josephˮ du répertoire Klezmer. Une bien belle découverte qui démontre la vitalité et la richesse de bien des formations locales que Jazz Pourpre met en avant, pour notre plus grand plaisir. Et pour celles et ceux qui n’auront pu être présents cet après-midi, une séance de rattrapage aura lieu en début de soirée.
L’après-midi à La Boîte de Jazz, Adi’Jazz, quartet gascon de jazz :
Jean-Pierre Curdi, trombone, chant, compossitions
François Petit, saxophone ténor et baryton
Mathieu Legras, guitare
Nicolas Thevenin, contrebasse
Ils sont de retour ! Ils avaient mis le feu à la Salle des Fêtes de Lembras l’an dernier (chronique Action Jazz du 2 juillet 2025), les revoilà cette année sur la grande scène de Jazz Pourpre.
Adi’Jazz, c’est un quartet de jazz hors norme formé dans les Hautes-Pyrénées en 2021. Pour eux, la musique est avant tout le plaisir, la joie, la fête. Leurs facéties désopilantes sont une manière de ne pas se prendre trop au sérieux ; la frontière entre musiciens et public s’efface, le spectacle est autant dans la salle que sur la scène. Pour autant, le swing est bien là, puissant, vivant, ouvert à toutes les improvisations. Quant aux textes puisqu’il s’agit d’un jazz vocal, ils sont écrits par Jean-Pierre Curdi et Jean-Claude Ellian, en langue d’oc s’il vous plaît, dont les expressions imagées ravissent les familiers de cette langue présents sous le chapiteau.
Dès les premiers mots (en gascon) le public, venu pour la fête et le swing, est conquis. Les morceaux sont des arrangements de standards du Great American Songbook que l’on se plaît à reconnaître entre les digressions et autres excentricités. Chacune de leurs apparitions en public est un évènement qui nous rassemble, dans la joie et la bonne humeur.
‟Do you know what it means New Orleansˮ (chanté par Louis Armstrong en 1946) devient ‟L’amor s’en vaˮ. Jean-Pierre Curdi virtuose du verbe est au chant et au trombone, François Petit joue alternativement du baryton et du ténor, autant parmi le public que sur scène, Mathieu Legras expressif bouge dans tous les sens. Quant à Nicolas Thevenin assurant la rythmique à la contrebasse, son flegme inaltérable produit cet effet comique des contraires.
‟Mc’Do Bluesˮ (sur ‟St-James Infirmaryˮ), ‟Lo Complanhˮ (sur ‟Sentimental Journeyˮ), ‟L’Americaˮ (sur ‟Dream a little dream of meˮ), sont autant de moments jubilatoires. Ambiance survoltée sous le chapiteau pour le dernier titre ‟Dens Los uèlhsˮ, sur l’air de ‟Sing, sing, singˮ… Plus qu’un concert, c’est un spectacle total, fortement recommandé disent-ils « pour vivre en bonne santé ». Adishátz !
Soirée à La Boîte de Jazz, We want Chet :

Leah Gracie, chant / Arnaud Meunier, trompette, bugle / Mathieu Desbordes, trombone, arrangements / Emmanuel Pelletier, Saxophone baryton / Nicolas Sheid, saxophones alto, ténor / Christophe Limousin, guitare / Pierre-Yves Desoyer, contrebasse / Hervé Joubert, batterie.
Formation d’exception pour ce dernier concert du festival : venu de Poitiers, c’est au départ un duo formé pour faire revivre les sonorités feutrées et lumineuses de Chet Baker, qui s’est élargi en 2023 jusqu’à un septet, et aujourd’hui octet avec Leah Gracie au chant.
Le premier titre ‟Daybreakˮ, est un swing tout en nuances, plein, délié, où la belle section des soufflants (bugle, trombone, saxophones baryton et ténor) module des phrasés mêlant lyrisme et mélancolie.
La voix de Leah Grace, cristalline, chaleureuse, exprime toute la gamme des émotions, se coule au gré des états d’âme de la musique et du chant de Chet Baker sans jamais chercher à l’imiter. Si l’esprit du génial trompettiste flotte ce soir autour du chapiteau, on a affaire à des interprétations originales, résultat de la cohésion parfaite existante entre les musiciens. ‟The Thrill is goneˮ, chanson de la déprime, profondément incarnée par le chant, trompette et saxophones à l’unisson d’une plainte étirée, une interprétation toute en élégance, en est une magnifique démonstration.
L’enchaînement des titres alterne swings enlevés et dialogues intimistes, déroulant un rythme narratif captivant. Des parenthèses enchantées au cœur de ce récital brillent d’un éclat particulier, renouant avec la grande époque du jazz vocal : en trio, Leah Gracie au chant, en conversation avec la trompette de Arnaud Meunier, déroulant un scat sur fond de contrebasse bienveillante, en duo amoureux avec la guitare de Christophe Limousin, ou en compagnie de la contrebasse toute en prévenances de Pierre-Yves Desoyer.
Le grand classique, trompette en pleurs, batterie déstructurée, lancinante plainte des saxophones enveloppant le chant de Leah, chuchoté, confident, solo d’un bugle merveilleux avec en lointain écho les pas traînants des balais sur la peau. Bien sûr, vous aurez reconnu ‟My funny Valentineˮ…
Il y eut ces morceaux jouant avec le tempo, à danser, à chanter, un battle contrebasse batterie où la virtuosité se nourrit d’espiègleries, se relançant mutuellement. Au rappel ‟Love for saleˮ signe le final d’un concert magnifique.
Set list : Daybreak / The more I see you / The thrill is gone / It could happen to you / Minor yours / Line for lyons / Bockhanal / But not for me / Old devil moon / My funny Valentine / Walking shoes / Littel old lady / Sonny boy / C.T.A. / Rappel : Love for sale.
Ainsi s’achève Jazz Pourpre 2026. Action Jazz remercie l’organisation du festival et tous les bénévoles qui nous ont superbement accueillis, et souhaite longue vie au Festival.
Galerie Photos
Mozaïc Jazz band
Adi Jazz
We Want Chet







