Par Pierre-Yves Miroux

2025 – TLB001

Thierry Lange-Berteaux – Four In One Quartet

Personnel:

Ricardo Izquierdo – saxophone ténor

Eric Löhrer – guitare

Guillaume Souriau – contrebasse

Thierry Lange-Berteaux – batterie

Liste:

1.Lulu’s back in town

2.Four in one

3.Ugly beauty

4.Ba-lue Bolivar Ba-lues-are

5.We see

6.Reflections

7.Children’s song

8.Gallop’sGallop

9.Sixteen

Thierry Lange-Bertaux, de formation classique en percussion à Tours, a touché à tous les styles de batterie, aprés une forte imprégniation de musique brésilienne.

De multiples collaborations émaillent sa carrière (entre autres, Rhoda Scott, Didier Lockwood, Jimmy Gourley, Stéphane Belmondo,…). Il intervient dans de nombreux groupes,

et sur cet album, c’est son quartet qui intervient, le Four in One quartet.Ici, il a décidé de rendre hommage à un immense pianiste, Thelonius Monk, figure importante du jazz, cela au travers d’un quartet sans piano, ni clavier. La démarche est originale. On sait l’originalité de l’oeuvre de Monk, de sa musique harmoniquement déroutante dans un premier temps, de ses rythmiques surprenantes. Elle ne laisse personne indifférent. Elle nous suprend d’abord, puis nous ensorcelle ensuite.

Par la suite on s’étonne à l’écoute d’un morceau sortant des sentiers battus, à se dire: on dirait du Monk !

Ici donc, une relecture, nous permettant de découvrir assez facilement les titres moins connus du maître (à part Four in One), notamment pour certains, grâce à la guitare de Eric Löhrer, qui adoucit trés souvent les harmonies, rendant les titres plus accessibles pour les non initiés.

L’album s’ouvre sur « Lulu’s back in town », on est de suite dans l’univers trés original de Monk, avec ses harmonies inhabituelles. Un chorus sobre de Ricardo Izquierdo.

« Four in One », sans doute le thème le plus connu de cet album. Titre incroyablement déroutant, dont on ne compte plus les reprises, de Wynton Marsalis à Sphere.

C’est une excellente entrée dans le monde de Monk. Une belle introduction de batterie, avant l’exposé du thème au saxophone, tellement original. Puis un chorus guitare, à la sonorité trés classique, le tout supporté par une rythmique déroulant un swing efficace. »Ugly Beauty », quel titre!, et quelle ballade, nostalgique, sans sentimentalisme, là encore, grâce  à ces harmonies si originales. Avec « Ba-lue Bolivar Ba-lues-are », retour au swing mid tempo plus classique, mais avec des fins de cycles inattendues, une des caractéristques de Monk. « We see », lui aussi typique de l’univers Monkien, Eric Löhrer, là encore trés présent sur un chorus aéré mais incisif. Comme le disait Monk, « ne joue pas tout; ce que tu ne joues pas est peut être plus important que ce que tu joues ».

« Reflections », peut être le morceau le plus revisité, une joile ballade sans support rythmique.

« Children’s song », une introduction énigmatique, puis le thème , comme une ritournelle, voir une berceuse, d’où le titre, évoluant ensuite vers un swing enlevé en 3/4. Un morceau tout en douceur.

« Gallop’s Gallop », retour à l’ADN de Monk, un thème très long sur un swing mid tempo. Enfin, « Sixteen », là encore, la patte du pianiste est évidente. A noter de belles interventions d’Eric Löhrer suivies de 4/4 batterie, sobrement présentés par Thierry Lange-Berteaux.

Thierry Lange-Berteaux rend hommage à Monk avec sincérité, fidélité, sobriété, une présence discrète, portant ses talentueux camarades dans ce projet ambitieux.

Car les hommages à Monk sont nombreux. C’était un exercice difficile, on peut facilement tomber dans la caricature en forçant le trait, surtout en s’attaquant à des titres moins connus (et c’est aussi l’intérêt de ce disque).

Le défi est remporté.