Eric Séva et Christophe Maroye

duo saxophone guitare

 

Par Philippe Desmond

Quelque part en Entre-deux-Mers, dimanche 14 juin 2026.

Eric Séva : saxophones baryton et soprano / Christophe Maroye : guitare électrique

Nous voilà de retour dans la grange de Ruzat chez Fabienne et Jean-Michel qui organisent régulièrement des concerts où les amis, les amis des amis, se retrouvent le dimanche après-midi pour un concert toujours de qualité suivi d’un goûter bien sympathique. A une époque où la culture est menacée, où des concerts sont annulés pour des raisons budgétaires ou d’autres moins avouables, les musiciens sont heureux d’avoir ainsi des soutiens privés qui en plus de les payer, les déclarent.

Eric Séva est lui aussi de retour dans l’endroit après sa venue en septembre 2024 en duo avec le tromboniste Daniel Zimmermann ; voir le lien l’article en bas de page avec la description du lieu. Mais cette fois c’est un guitariste qui l’accompagne, le bordelais Christophe Maroye. Ils avaient déjà joué il y a lontemps en quartet avec le pianiste Serge Moulinier, présent aujourd’hui et la contrebassiste Nolwenn Leizour. Une opportunité les a amener à former ce duo dont c’est seulement la deuxième prestation.

Ils n’ont pas encore composé pour ce duo et le répertoire va tourner autour de standards ou de chansons plus récentes.

Ils débutent par un hommage au grand Sonny Rollins, le titre « Doxy » dans un arrangement très bluesy et sur un tempo très lent. La guitare en trace la rythmique avec une délicatsee infinie sur laquelle le baryton vient poser sa voix avec subtilité et nuances, loin de l’usage qui souvent en est fait. Le ton est donné, le concert sera intimiste , principalement. Christophe suggère plus qu’il n’expose, son toucher est léger, minimaliste parfois. L’écoute du public est absolue, on distingue les clés du saxophone, le « veu-veu » dans le bec, la musique se fabrique devant nous ; ne sommes nous pas dans un atelier ou quelque chose comme cela ?

« There is no greater love » tout en douceur, les musiciens se regardent, se découvrent encore, improvisent s’encouragent du regard pour prolonger les chorus, c’est de l’artisanat , la musique se forme, la matière se travaille, se façonne dans cet endroit où les potiers ont régné des siècles. Saxophone baryton, guitare, pas d’orgue, qu’importe voilà un hommage à Eddy Louiss avec son fameux « Les grelots » , le rythme s’accélère, chaloupe légèrement. l’accord innatendu entre ces deux instruments fonctionne,il faut dire qu’ils sont en de très bonnes mains.

Suspens pour le morceau suivant dont on sait seulement qu’il est de Serge Gainsbourg. Christophe Maroye va le chercher très loin dans son intro mais un accord le trahit pour certains, le suspens continue mais c’est bien »La Javanaise » qui arrive et toujours ce jeu subtil de guitare rythmique, le baryton lançant la mélodie pour l’entortiller vers autre chose et revenir au thème.

Vous connaissez Sting lance en plaisantant Eric Séva ? Evidemment signifient les murmures. C’et un titre qui se prête bien à ce duo, « Fragile ». On este dans la nostalgie avec Duke et son « In a sentimental mood » puis le rythme s’accélère, les décibels montent pour un « Voyage » avec Kenny Barron. Sax et guitare dialoguent ouvertement, se questionnent, se répondent, on sent le duo se polir, présageant de grandes et belles choses à venir.

Rappel bien sûr, on serait resté des heures à les écouter mais dans cette grange certes fraîche au début la chaleur solaire qui a fini par traverser, alimentée par l’humaine nous fait aussi désirer les rafraichissements qui attendent. Ce sera une bossa nova, « O Grande Amor » me semble-t-il que le soprano cette fois va chanter.

Musique à l’état pur, proximité, intimité, beauté, tout « simplement »

 

https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/eric-seva-et-daniel-zimmermann-deux-souffleurs-dans-une-grange/