Par François Laroulandie

Transara, le nouvel album de Robinson Khoury Mÿa sort le 29 mai 2026 chez ACT. En concert le 4 juin au Centquatre à Paris.

Robinson Khoury, trombone, synthé modulaire, voix lead, compositions.

Léo Jassef, piano, synthé, voix.

Léo Jassef, percussions, voix.

Robinson Khoury, né dans une famille musicienne, a commencé à jouer du trombone à l’âge de douze ans, suivi une formation classique au Conservatoire de Lyon, et s’est rapidement fait remarquer comme soliste, au sein du Sacre du Tympan et du groupe Sarab mêlant jazz et influences arabes, partageant la scène notamment aux côtés de Ibrahim Maalouf, Natacha Atlas (invitée sur l’album précédent Mÿa), Bojan Z, Leïla Martial. Il a déjà signé trois albums : Frame of Mind (2019), Broken Lines (2022) et Mÿa en 2024 (chronique de Martine Omiecinski, https://lagazettebleuedactionjazz.fr/robinson-khoury-mya/), et reçu en 2025 le prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz.

Ce nouvel opus s’inscrit dans la continuité du précédent album Mÿa dont le titre fonde l’identité d’un trio qui invente un langage commun. Nous retrouvons Léo Jassef au piano, (lequel par ailleurs se produit avec son frère Jules en duo atypique trompette et piano, mêlant les timbres de ces deux instruments dans un répertoire où la liberté fait partie du jeu), et Anissa Nehari, décrite par Robinson Khoury comme une « musicienne en constante exploration », aux percussions et à la voix, apportant les couleurs de ses influences touareg et hip hop. Les compositions particulièrement travaillées et l’attention portée à l’enregistrement sont remarquables ; l’écoute sur une chaîne de qualité en révèlera toutes les subtilités.

Transara est traversé des courants qui ont façonné les sensibilités du trio : des influences classiques, jazz, des accents des musiques arabes, des infinies possibilités de la voix, et du désir d’inventer un langage mêlant les sonorités acoustiques et synthétiques. Le piano, le trombone, conjuguent leurs timbres aux frappes ou aux effleurements des mains sur les peaux des percussions, mêlés aux emportements des synthés modulaires. L’électronique, par l’étendue infinie des possibilités qu’elle offre aux orfèvres du son, est ici le vaisseau capable de nous aider à franchir les limites du temps, entre passé et futur, et celles de l’imaginaire.

Quelques mots comme un avertissement à l’ouverture de l’album : « Transara est la porte d’entrée vers un monde invisible, un chemin qui transcende la conscience […] une expérience multi sensorielle ». Les nappes intersidérales du synthé ouvrant le premier titre ‟Coquillageˮ sont une incitation à la rêverie, au voyage. Sur ces paysages oniriques le trombone de Robinson façonne une présence bienfaisante, le clavier de Léo ponctuant le temps. Les percussions de Anissa apportent au trio des couleurs chatoyantes, provoquent des ruptures, relancent leurs chants.

Il y a des résurgences d’influences des musiques arabes dans ‟Alaoui Clubˮ, ambiance dance floor sur un dub électro, où le chant envoûtant du trombone prend des intonations rappelant la trompette à cinq pistons, celle de Ibrahimm Maalouf relançant la machine à groover. Ce trombone magnifique, conquérant, se coule avec autant d’aisance en déliés dans un superbe solo de deux minutes, ‟Hopeˮ, exprimant le chant de Robinson dans une pure matérialité cuivrée qui nous fait du bien.

Les synthés inventent des sons capables de nous émouvoir autant que les instruments acoustiques. Dans ‟Poussièreˮ, les arpèges du piano deviennent chant de rivière souterraine. C’est une ballade nonchalante, funèbre sans doute, que chante le trombone jusqu’à l’intervention de percussions vitales ouvrant une perspective d’espoir. Vibrionnantes nappes synthétiques évoquant des futurs que l’on devine sereins. Les fins de morceaux invitent à l’introspection, prolongent et synthétisent les derniers phrasés instrumentaux dans une langue nouvelle. Ainsi dans ‟Taxi Brousseˮ, la narration esquissée en bande son de jeu vidéo laisse place au trio instrumental, piano gambadant, bataille syncopée d’un superbe solo sur les peaux mené par Anissa, foisonnement soudain apaisé sur un horizon brusquement éclairci après la tempête.

Chaque titre est un récit, invitation à s’échapper du réel, esquissant des traces vers les mondes insoupçonnés de l’inconscient. De ‟Pensées irréellesˮau chant envoûtant, à cette composition de Léo Jassef, ‟Sumudˮ au trombone arabisant chantant un langage oublié, à ‟Matriarchyˮ, percussions et voix mêlées.

L’album se referme sur une ‟Prophétieˮ en deux mouvements qui reflète la dualité qui anime ce disque et lui façonne ce relief particulier, entre l’acoustique et le synthétique, entre un magnifique duo trombone et piano aux textures palpables, et une séquence électro en boucles évoquant les profondeurs marines d’où ressurgit en écho quelque arpège du réel. Transara : un passeport pour l’imaginaire.

https://www.robinsonkhoury.com/