Adrien Moignard 4tet

« Miroirs »

 

Par Philippe Desmond

Label Ouest, sortie le 22 mai 2026

Adrien Moignard : guitare solo, compositions, arrangements / Benji Winterstein : guitare rythmique / Julien Cattiaux : guitare rythmique / Fabricio Nicolas-Garcia : contrebasse.

Invités : Baptiste Herbin : saxophone / Anne Sila : chant.

Ce qu’on appelle le swing manouche, ancré bien sûr dans la tradition de Django, est une musique toujours très vivante pas seulement penchée sur son passé historique. En voilà une nouvelle preuve avec cet album d’Adrien Moignard.

Le répertoire y est en effet éclectique, proposant des adaptations de titres du genre mais aussi des reprises innatendues comme « S’il suffisait d’aimer » de JJ Goldman ou « Myna Bird Blues » de George Benson, des standards comme « Yardbird Suite » de Charlie Parker, un lumineux « Night and Day » de Cole Porter,  et des compositions originales du leader.

Adrien Moignard c’est le gratin actuel du manouche et quand en plus il s’entoure de musiciens exceptionnels le cocktail est savoureux ; il le pimente encore avec deux invités et pas des moindres, Anne Sila pour « Reste » une ballade émouvante qu’il a composée et Baptiste Herbin qui vient retrouver les guitares qu’il avait « snobées » pour son récent hommage à Django.

L’album s’ouvre sur une première composition originale, « Yalo Swing » typique de ce qu’est le swing manouche, guitare mélodieuse, pompe rythmique au carré, efficace. Un peu plus loin un autre titre original dédié à un collègue, Angelo Debarre, avec « Tangogelo » dont le titre valise parle de lui-même ; amusant et gai.

Voilà du swing pour une version nerveuse de « Yardbird Suite » et une version alègre et virtuose de « Si tu vois ma mère  » de Sidney Bechet qui vous donne des fourmis dans les jambes. Voilà aussi du blues avec « Blues for Max » composé par Adrien.

Le titre « Miroirs »qui donne son nom à l’album, composé par Babik Reinhardt dont Adrien revendique l’héritage, est ici joué avec une grande pureté ; une version de toute beauté.

Baptiste Herbin apporte la couleur de son sax alto sur deux titres, une relecture en valse de « Rosa » du brésilien Pixinguinha et « Myna Bird Blues » qu’il fait bopper en dialogue avec la guitare d’Adrien.

Tiens je n’ai pas encore parlé de « S’il suffisait d’aimer » qu’on peut être étonné de trouver à pareille fête, encore une preuve de ce que le jazz peut apporter de liberté, de créativité à n’importe quelle mélodie.

Dans cet album on ne s’ennuie pas une seconde, on est transporté d’un univers à un autre, on est surpris, ému, entraîné dans des tourbillons de cordes. Oui le swing manouche est bien vivant, en pleine forme même avec ces accents de modernité qui l’entretiennent.