Festival Franco-Italien de Jazz & Cinéma

2, 3 ,4 et 8 octobre 2026

Pour cette seconde édition du festival, nous souhaitons rendre hommage au réalisateur italien Stefano Landini, disparu en 2025. Nous présenterons tout d’abord son documentaire consacré à l’enracinement du jazz en Italie à travers l’histoire d’un lieu emblématique de la scène romaine : le club Music Inn. Il y a deux ans déjà, nous avions proposé et sous-titré Sept-huitième consacré à la répression du jazz pendant l’époque fasciste. Nous projetons aussi cette année son dernier film Stolen Moments, sorti en 2023. Stolen Moments est une ode au jazz et à l’Italie, mais surtout une histoire d’espoir, de musique et de renaissance sociale, une œuvre qui aborde les défis de la migration, la passion pour la musique et le désir de se reconstruire à travers la culture. L’association a également réalisé les sous-titres de ce film au dispositif narratif singulier, à la frontière de la fiction et du pseudo-reportage, où se mêlent également des images d’époque. Un petit bijou, singulier, où l’universel se mêle au particulier avec beaucoup de sensibilité. Une très belle histoire à découvrir, proposée ici dans le cadre d’une projection unique en France.
En ouverture, le festival rendra aussi hommage à Jean-Claude Izzo avec une conférence de Stefania Graziano consacrée à cet écrivain marseillais, amoureux de jazz, dont l’univers imprègne aussi certains de ses romans. Une autre conférence, une carte blanche, est proposée à Action Jazz, qui arpente les festivals et concerts de Nouvelle-Aquitaine. Nous aurons le plaisir de visionner les portraits jazz de Stéphane Glockner, dont certaines photographies ont été prises dans le club Le Thélonious, lieu culte du jazz bordelais à la fin des années 90. Une carte blanche dont nous aurons donc la surprise du contenu, tout comme le concert d’Ettore Fioravanti et Andrea Glockner. Une rencontre, un dialogue, au-delà des styles et conventions, qui laissera la place à l’improvisation libre, à l’instant suspendu sur le fil de la batterie et de la trompette basse.
Enfin, nous poursuivons notre parcours des films de Michelangelo Antonioni. Après Blow-up et la BO de Herbie Hancock lors de l’édition 2025, cette année nous présentons La Notte avec la BO du pianiste italien Giorgio Gaslini, pionnier du jazz italien moderne. Une nouvelle occasion de mesurer combien le jazz a nourri le cinéma de cette époque — et pas seulement en Italie.

VENDREDI 02 OCTOBRE | LYCEE HOTELIER – TALENCE

19H00 | PRESENTATION DU PROGRAMME DU FESTIVAL

19H15 | CONFERENCE : HOMMAGE À JEAN CLAUDE IZZO – STEFANIA GRAZIANO

20H00 | GASTRONOMIE : DINER PREPARE PAR LES ELEVES DU LYCEE HOTELIER Sur réservation auprès de notreitalie@gmail.com, avant le 15 septembre.

SAMEDI 3 OCTOBRE | FORUM DES ARTS & CULTURE DE TALENCE

14H00 | DOCUMENTAIRE (VO SOUS-TITRE) “COCKTAIL BAR – HISTOIRES DE JAZZ A ROME, DE NOTES ET D’AMOURS” DE STEFANO LANDINI ET TONI LAMA L’AVENTURE FASCINANTE DU CLUB « MUSIC INN » DANS LES ANNEES 70

En 1971, le prince Pepito Pignatelli, personnage excentrique passionné de jazz, ouvre l’un des clubs les plus importants d’Europe : le Music Inn. Ce lieu devient un point de rencontre international pour les musiciens qui allaient écrire l’histoire du jazz, mais aussi un véritable laboratoire d’effervescence littéraire, sociale et musicale, qui marque durablement les habitudes et la sensibilité des amateurs de jazz, et bien au-delà. Dans cette cave humide se produisirent les plus grands artistes, Chet Baker, Bill Evans, Charles Mingus, Dexter Gordon, McCoy Tyner, Philly Joe Jones, Max Roach et tant d’autres. À travers les témoignages de nombreux acteurs de cette époque, le film retrace les événements et les parcours qui ont façonné cette aventure exceptionnelle. Des artistes tels que Giovanni Tommaso, Renzo Arbore, Pupi Avati, Bruno Biriaco, Franco D’Andrea, Antonello Salis, Roberto Gatto, Adriano Mazzoletti, Amedeo Tommasi, font revivre, grâce à leurs souvenirs vivants et empreints d’affection, la richesse et la complexité d’une époque. Le récit est accompagné d’une bande originale composée par Massimo Fedeli et baigne dans une atmosphère de passion et de nostalgie.

15H30 | CONFERENCE CARTE BLANCHE à ACTION JAZZ par Philippe Desmond

Ils et elles jouent du jazz, ils et elles sont italiens, ils et elles sont venus jouer dans la région, Action Jazz y était ! Retour en musique et en images sur quelques artistes italiens vus en concerts et lors de festivals en Nouvelle Aquitaine

Giovanni Mirabassi au festival Jazz 360 2024 – Photo Alain Pelletier

16H30 | PHOTOGRAPHIE PROJECTION DE PHOTOGRAPHIES DE STEPHANE GLOCKNER L’INSTANT D’UNE NOTE

Projection d’une série de portraits pris l’instant d’une note, entre 1993 et 2007, et pour un certain nombre au jazz club Le Thélonious à Bordeaux.

17H15 | CONCERT ETTORE FIORAVANTI & ANDREA GLOCKNER “UNWRITTEN”, A LA CROISEE DU JAZZ ET DE L’IMPROVISATION LIBRE (entrée 15€ / 10€ jeunes)

Unwritten est la rencontre entre le batteur italien Ettore Fioravanti et le trompettiste basse et flutiste franco-italien Andrea Glockner. À la croisée du jazz et de l’improvisation libre, le duo fait de l’instant sa seule partition. Ettore Fioravanti, fort de plusieurs décennies d’exploration musicale, apporte une vision résolument ouverte de l’improvisation, et Andrea Glockner développe un langage singulier, entre héritage du jazz et recherche sonore contemporaine. Unwritten, une musique vivante, libre et éphémère, une création qui s’inscrit au présent et ne se reproduit jamais à l’identique.

Ettore Fioravanti : batteur, percussionniste, compositeur

Ettore Fioravanti (1958) collabore et enregistre avec G.L. Trovesi, G. Schiaffini, B. Tommaso, E. Colombo, P. Fresu, D. Liebman, S. Swallow, B. Golson, S. Lacy, T. Oxley, E. Reijseger, K. Wheeler, J. Di Jorio, J. Tchicai, entre autres. Il a participé à de nombreux festivals nationaux et internationaux sur les cinq continents. Son dernier groupe est « Opus Magnum » avec lequel il a enregistré plusieurs albums. Sa discographie comprend plus de 60 titres, dont 12 sous son propre nom. Il a donné des cours dans les séminaires italiens et étrangers les plus qualifiés et enseigne dans différents conservatoires de jazz depuis 1996. Il a été vice-président de l’AMJ, l’Association des musiciens de jazz, de 1996 à 1999.

Andrea Glockner, tromboniste, flutiste, compositeur
Andrea Glockner (2001) est un trompettiste basse, tromboniste et flutiste franco-italien. Son parcours académique a commencé à Talence, puis au conservatoire de Bordeaux avant de franchir les frontières de l’Italie à l’Académie Nationale de Jazz de Sienne, puis des Pays-Bas au conservatoire d’Amsterdam. Il crée en 2023 son quartet Across the Lines qui a sorti un premier album en 2025 et dont le second est prévu pour la fin de l’année 2026. Il fait aussi partie du groupe historique Defunkt du tromboniste et chanteur américain Joseph Bowie. Andrea a parcouru de nombreux jazz club, scènes et festivals en Europe. Le langage musical d’Andrea intègre tous les éléments et courants du jazz, les racines du blues et la tradition des anciens, tout en explorant une direction moderne à travers l’improvisation libre, et l’énergie du rock et du funk.

18H15 | VERRE DE L’AMITIE

DIMANCHE 4 OCTOBRE | CINEMA UTOPIA DE BORDEAUX

10H00 | CINEMA (VO SOUS-TITRE) LA NOTTE DE MICHELANGELO ANTONIONI – 1961, MUSIQUE DU PIANISTE ITALIEN GIORGIO GASLINI

La Notte raconte vingt-quatre heures dans la vie d’un couple, Giovanni et Lidia. À travers leurs déambulations dans Milan et une soirée mondaine, Antonioni explore l’ennui, la solitude et l’éloignement progressif des deux personnages, le couple étant marqué par la lassitude, le silence et une difficulté à communiquer leurs sentiments. Le film est porté par trois grands acteurs du cinéma européen : Marcello Mastroianni, Jeanne Moreau et Monica Vitti. Il constitue le deuxième volet de la célèbre « trilogie de l’incommunicabilité » du réalisateur, entre L’Avventura et L’Eclisse. Récompensé notamment par l’Ours d’or à la Berlinale en 1961, La Notte s’impose comme une oeuvre majeure du cinéma moderne.

La musique originale du film a valu à Gaslini le prix du meilleur ruban d’argent (Nastro d’Argento) de la meilleure musique de film en 1961. Elle est interprétée par son quartet composé de Giorgio Gaslini (piano, arrangements et direction), Eraldo Volontè (sax ténor), Alceo Guatelli (contrebasse) et Ettore Ulivelli (batterie). La genèse de cette musique est particulière. Gaslini fut d’abord embauché pour jouer pendant un mois avec son quartette chaque nuit, de neuf heures du soir à six heures du matin. Gaslini accepta, avant de découvrir qu’il avait été engagé comme acteur-musicien, plus encore que comme auteur de la musique de La Nuit. En réalité, Antonioni ne voulait pas d’une musique composée à l’avance, mais il la « fit émerger » de Gaslini, de manière presque maïeutique, en l’immergeant dans le tournage du film. Les seules indications du réalisateur consistaient en des gestes vagues et volontairement imprécis, qui servaient pourtant à stimuler la créativité du musicien (qui composait et jouait nuit après nuit, sans scénario). Source Pietro Dossena.

Giorgio Gaslini (1929-2014) fut l’un des musiciens de jazz italiens les plus éminents et les plus influents. Pianiste et compositeur, Giorgio Gaslini a mêlé dans sa musique des éléments de la musique classique du XXᵉ siècle (sérialisme, musique aléatoire) au jazz d’avant-garde et aux idiomes de la musique pop ; il qualifiait ce style aux influences très diverses de « musique totale » (total music). Parmi les jazzmen italiens les plus prolifiques, Giorgio Gaslini compte à son actif environ quatre mille concerts à travers le monde. Il s’est produit en Chine, en Inde, au Pakistan, en Irak, en Turquie, au Mozambique, en Éthiopie, au Kenya, en Birmanie, en Malaisie et au Vietnam. Il a enregistré plus de 90 albums avec des collaborateurs italiens et étrangers. Il fut également l’auteur de nombreuses bandes originales de films, collaborant notamment avec des réalisateurs de renom tels que Michelangelo Antonioni, Carlo Lizzani, Dario Argento, Mario Bava et Miklós Jancsó. Il est à l’origine de l’enseignement du jazz dans les conservatoires italiens. En tant que musicien de jazz, Gaslini se produisit et enregistra avec de nombreux représentants majeurs de l’avant-garde américaine, notamment Anthony Braxton, Steve Lacy, Roswell Rudd et Don Cherry.

JEUDI 8 OCTOBRE | CINEMA LA LANTERNE DE BEGLES

20H00 | CINEMA (VO SOUS-TITRE) « STOLEN MOMENTS » DE STEFANO LANDINI – 2023, MUSIQUE ORIGINALE DE MASSIMO FEDELI UN PETIT BIJOU SUR LE JAZZ, LE SUD DE L’ITALIE ET BIEN PLUS ENCORE…

Stolen Moments suit l’histoire de Sabino (Nicola Nocella), un jeune homme des Pouilles animé par une grande passion pour le jazz, qui décide de changer sa vie et celle de ceux qui l’entourent. Avec son cousin Michele (Paolo Sassanelli) et son ami Pasquale (Franco Ferrante) — tous deux originaires du vieux Bari et marqués par un passé difficile — Sabino s’installe à Turin pour ouvrir un club de jazz, baptisé Stolen Moments, comme le morceau d’Oliver Nelson, dans un ancien hangar industriel abandonné.
Ces hangars, symboles de dégradation et de mémoire historique, avaient autrefois été attribués aux familles d’émigrés venues du Sud. Grâce à la détermination de Sabino et de ses amis, ce lieu se transforme alors en un centre culturel qui accueille les passionnés de jazz, les travailleurs et les immigrés eux-mêmes, leur offrant un véritable sentiment de communauté et d’appartenance.
Stolen Moments offre un regard sincère et original sur le défi que représente la transformation d’un rêve en réalité, dans un contexte sociopolitique complexe et souvent hostile. Malgré les nombreux obstacles que Sabino et ses compagnons rencontrent sur leur chemin, leur club devient un symbole de résistance et de rédemption sociale.
Notes du réalisateur Stefano Landini
Stolen Moments est principalement un film de fiction, mais il comprend également de véritables séquences d’archives, qui nous amènent à nous interroger sur le fait de savoir si, et dans quelle mesure, ce qui est raconté s’est réellement produit. À cela s’ajoutent de fausses interviews de personnages reconnaissables du film, aujourd’hui vieillissants, qui racontent l’histoire du protagoniste, Sabino (qui n’a jamais réellement existé), ainsi que leurs propres parcours. L’ensemble est porté par le grand narrateur, Pupi Avati, interviewé par une émission de télévision imaginaire à la recherche de l’histoire de la semaine.
Les séquences d’archives, auxquelles il est difficile de croire tant elles paraissent incroyables alors qu’elles sont pourtant absolument authentiques, proviennent de l’AAMOD (Archives audiovisuelles du mouvement ouvrier et démocratique), ainsi que des Archives du cinéma d’entreprise d’Ivrea, rattachées au Centre expérimental de cinématographie.
Stolen Moments appartient ainsi à un genre cinématographique difficile à catégoriser : les exemples sont rares (le plus célèbre étant Zelig de Woody Allen). Son langage repose en effet sur une reconstitution des faits racontés, à la manière des enquêtes journalistiques diffusées à la télévision. Mais ici, il sera difficile de distinguer le vrai du faux : une réflexion sur la nécessité et la matérialité du réel, à une époque où les images de la réalité peuvent être manipulées et créées artificiellement de toutes les manières possibles.
Inutile de dire que l’objectif du film est, avec subtilité, de jouer avec les genres et avec le spectateur le plus averti, afin qu’il quitte la salle — ou termine son visionnage — en se demandant : « Mais ce que je viens de voir s’est-il vraiment produit ? » Une question désormais parfaitement légitime à notre époque.
Un croisement de genres cinématographiques et télévisuels désormais trop bien codifiés, devenus irrémédiablement partie intégrante du cirque médiatique, qui fera croire — espérons-le — à ce qui n’a jamais eu lieu, avec une pointe de nostalgie pour le passé et une réflexion sur le sens de la communication et de la réalité aujourd’hui. Le film recourt parfois au faux revendiqué et accompagne le tout d’une histoire d’hommes, de femmes et de rêves, faite de lumières et d’ombres, qui nous fera remonter le temps jusqu’à une époque — les années 1970 — riche de ses avantages comme de ses contradictions, au rythme d’une bande originale de jazz.