
Deux heures avec Jean-Pierre Como et Javier Girotto
Par Vince
3 juin 2026 – Salle Cortot
17 h 00 : rendez-vous à l’Ecole Normale de Musique de Paris, boulevard Malesherbes dans le XVIIème.
Jean-Pierre Como et Javier Girotto se dirigent vers la salle. On accède à la salle Cortot par la petite cour, on traverse la cafétéria pour entrer sur la scène, côté cour.
Construite en 1929 par les frères Perret sous l’impulsion du pianiste Alfred Cortot, ce bijou Art Déco est une étonnante salle toute en largeur ! A l’Ecole Normale de Musique fondée par Alfred Cortot et Auguste Mangeot, l’idée est de former non seulement des musiciens, mais aussi des professeurs de musique, une évidence qui s’est imposée à Alfred Cortot juste après la fin de la Première Guerre Mondiale, alors que lui-même enseignait au Conservatoire de Paris depuis 1907.
L’Ecole Normale est installée dans un hôtel particulier du boulevard Malesherbes depuis 1927 au coin de la rue Cardinet, et ce sont les anciennes écuries donnant sur cette rue qui ont fourni le terrain un peu particulier. Un rectangle très allongé, de 9 mètres sur 29 ! Cortot acceptât le projet des Perret, déjà créateurs du Théâtre des Champs Elysées.
La salle accueille depuis toujours les concerts privés de l’École, consacrés à la création contemporaine comme les œuvres de Georges Enesco, Germaine Tailleferre, Manuel de Falla et Lili Boulanger avec la participation d’interprètes tels que Pablo Casals, Jacques Thibaud et Wanda Landowska. En 1950, la salle Cortot accueille la création en concert de la « Symphonie pour un homme seul » de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, considérée comme la première œuvre de musique concrète.
Aussitôt entré, Jean-Pierre pose ses doigts sur ces deux magnifiques piano de concert Steinway modèle D présents sur la scène.
17h15 : le choix du piano est fait et le régisseur installe le compagnon du soir au centre de cette scène qui étonne par sa sobriété et son cœur en coquille entièrement recouverte de bois.
Le béton peint de la salle est laissé apparent ou recouvert de feuilles de bronze doré. Le plan semi-circulaire de l’édifice est divisé en trois travées, et supporte un plafond à trois caissons. Les parois revêtues de fines plaques d’okoumé enserrent la scène et accueillent 400 places revêtues de velours rouge.
Le mur de scène, incurvé en partie haute, diffuse le son vers les gradins, offrant un son à la réverbération naturelle.
Javier Girotto déballe son saxophone baryton et le duo entame « La danse des murmures » un des titres du projet présenté ce soir, « Parfum d’Azur » (L’Âme Sœur Production / L’Autre Distribution 2026).
Le duo joue acoustique ; il n’y a pas de sonorisation. Jean-Pierre et Javier apprivoisent l’espace et doivent doser leur jeu… prise de marque, connexion, mise en condition, appropriation, recherche de la zone de confort…
C’est dans cette intimité que j’ai la chance de glisser mon carnet de notes.
« Comment est le son ? » demande Jean-Pierre.
Les notes s’égrènent, les mélodies s’enchaînent. De temps en temps, les deux musiciens parlent en italien avec la même fluidité qu’ils dialoguent en musique. Ils recherchent le bon équilibre, avec une écoute et une complicité évidentes. Des rires éclatent de temps à autre.
Javier essaye le saxophone soprano ; une autre couleur s’installe et les arpèges viennent remplir la salle encore vide. A un moment donné, il essaie une flûte en bois des Andes, donnant à la mélodie des accents péruviens. Le voyage au pays des songes continue, encore plus loin.
Le régisseur règle l’éclairage et après quelques minutes encore et des phrases musicales répétées, comme pour se rassurer, nous laissons la salle et le piano dans les mains de l’accordeur Tadashi Hara, expert Steinway and Sons.
18 h 00 : nous passons par les coulisses pour rentrer dans une salle de répétition transformée en loges pour l’occasion. Là, deux demi-queue Yamaha juxtaposés occupent l’espace et les lambris.
Dans la pièce d’à côté on entend des accords jazz. Il semble que l’on y donne un cours.
Jean-Pierre pousse les doubles portes qui séparent les deux salles et, en effet, Yaron Hermann est en train le prodiguer plusieurs conseils à un jeune pianiste étudiant. Jean-Pierre et Yaron échangent quelques mots et quelques rires.
Avant de laisser les deux musiciens à leur préparation, je leur pose quelques questions pour ma curiosité et ce petit reportage.
Comment s’est passée la répétition ? Comment vous sentez-vous ?
C’est Javier qui répond le premier : « le son est incroyable, il me rappelle celui du début, dans la salle des Dominicains à Saint-Emilion, pendant l’enregistrement du disque « Parfum d’Azur ». C’est ce style de son. J’adore et on va vraiment apprécier ce soir. Ça va être très beau ». Jean-Pierre poursuit : « j’ai une expérience de spectateur dans cette salle, mais je la découvre aujourd’hui en tant que musicien et c’est vraiment idéal. On sent qu’il y a des notes de musique qui sont passées dans ce lieu, et pas n’importe lesquelles. Comme le dit très bien Javier, on a cette élévation dans le son avec le bois et beaucoup de similitudes avec Saint-Emilion, moins réverbéré et avec plus de précision. On est dans ce type de son, parfait pour la musique que l’on a enregistrée. On s’y trouve bien ».
Est-ce que cette date ici, annoncée comme le concert de sortie est une journée spéciale ?
« On a déjà joué à Rome en mai et à Coutances, et c’était des super concerts. Oui, pour moi c’est un peu différent à Paris. Le choix de la salle Cortot était déterminant par rapport au répertoire de Parfum d’Azur, et il y a une forme d’excitation, mêlée d’un peu de pression ». Le saxophoniste enchaîne : « pour moi chaque concert est spécial, c’est différent à chaque fois. La chose la plus importante c’est de prendre du plaisir et de faire de la musique ensemble. »
Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ?
Jean-Pierre répond, moitié en français, moitié en italien, traduisant les non-dits de Javier.
« Je n’ai pas de rituel précis. Ce qui importe, c’est d’être dans un état de paix intérieure, reposé. Il nous faut trouver cette sérénité-là dans la simplicité. La musique est une histoire de connexion. »
Avez-vous un ressenti différent désormais après quelques représentations, êtes-vous plus confiants avec le répertoire ?
Javier se lance : « peut-être dans l’improvisation, dans les moments où l’on change des choses. Cela dépend du son, de notre humeur. Ce sont des moments de liberté qui peuvent évoluer à chaque fois. Pour ma part, je me sens encore mieux et plus détendu. » Jean-Pierre rebondit : « Oui c’est certain qu’après plusieurs concerts, on aborde le répertoire plus sereinement et différemment. Ce duo m’intéresse parce qu’on s’autorise beaucoup de liberté à des moments inattendus, avec énormément d’écoute, ce qui permet d’explorer des chemins qui ne sont pas habituels. C’est un état d’esprit caractéristique du jazz auquel je tiens beaucoup : laisser la musique vivre d’elle-même. »
« On improvise l’intro pour arriver jusqu’à la mélodie du morceau et chaque fois c’est différent » conclut Javier.
19H00 : ne pouvant pas rester et assister à ce concert, je quitte les lieux où l’on entend encore résonner et s’entremêler des notes à travers les fenêtres ouvertes.
A une heure de la représentation, j’entends déjà les applaudissements, les mélodies qui se mêlent aux silences. Je vois les sourires dans l’ombre de la salle, qui répondent à la joie du duo baigné de lumière.
Merci à Jean-Pierre Como et Javier Girotto pour leur confiance, un duo de créateurs… hors pair
Les dates à venir en région :
- 6 juillet : Festival Jazz des 5 continents, Marseille (Bouches du Rhône)
- 23 août : Basilique Notre Dame de la Fin des Terres au Festival Soulac’n Jazz (Gironde)
- 29 août : Festival Les Rendez-vous de l’Erdre à Nantes
- 4 septembre : Festival Les Nuits d’Hure (Gironde)
- 17 octobre : Maquiz’art (Eymet 24)
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