
Chronique de Martine Omiécinski
Label Samana Production/Modulor sorti le 08 mai 2026
Coup de Cœur/Pépite 5 étoiles
Jonathan Jurion : Piano
Damian Nueva : Contrebasse
Arnaud Dolmen : Batterie
Et oui, je vais encore vous parler d’Arnaud Dolmen (quand on aime on ne compte pas !) grâce à l’actualité des concerts régionaux et des sorties d’albums.
Mais avant tout présentons le leader de ce trio : Jonathan Jurion. C’est un épatant pianiste d’origine guadeloupéenne, pote de longue date d’Arnaud Dolmen. On a pu l’écouter entre autres auprès de Kenny Garret, Airto Moreira, Jacques Schwarz-Bart, la chanteuse de Trinidad Calypso Rose ou le Sonny Troupé Quartet. Il a été vivement salué par la critique lors de son album de 2019 « Le Temps Fou – The Music of Marion Brown ».
L’histoire de « Green Wagon » sorti le mois dernier est très particulière puisqu’il a été enregistré en 2012 pour ne paraître qu’en 2026 ! Ce mélange vibrant de sons caribéens, afro-cubains et de jazz contemporain n’a pas pris une ride, comme un excellent vin qui aurait été « fabriqué » avec amour et savoir-faire. Les 3 complices pétillent de fougue, d’inventivité sonore, de liberté de jeu auxquelles s’ajoutent le plaisir d’être ensemble !
Découvrons ces morceaux intenses :
« La Habana Creyol » : Jonathan Jurion, incisif et itératif main gauche développe d’emblée une palette très riche main droite. Les rythmes cubains sont portés par une solide et charnelle rythmique : Arnaud Dolmen le jeune batteur guadeloupéen au jeu déjà remarquable de diversité (pas étonnant qu’il soit devenu incontournable aujourd’hui !) répond au tempo à la fois carré et plein de groove du contrebassiste cubain Damian Nueva : la complicité des 3 transparait dès ce premier morceau !
« Green Wagon » qui a donné son titre à l’album symbolise le moyen de transport pour parcourir la vie. Le morceau nous plonge dans des accords scandés, plus jazz/rock, avec quelques envolées lyriques de Jonathan. La contrebasse serrée, claquante, efficace en diable met en relief les jeux de « peaux » créatifs d’Arnaud. C’est d’une modernité voire d’une intemporalité évidente !
« Do Ré Fa Sol La » : Où le secret d’une très belle mélodie entamée lentement au piano, la frappe est précise, parfois veloutée. Le toucher subtil de Jonathan et les répétitions d’accords m’évoquent Keith Jarrett (sur ce morceau). Suit un solo éloquent, plein d’âme de Damian et des accélérations folles de Jonathan au piano : superbe !
« Latin » : Un florilège de ruptures de rythmes magistralement proposé par les 3 complices en osmose évidente avec instinct, fièvre et liberté : Arnaud multiple, Damian vibrant et Jonathan inventif avec notamment la clave cubaine d’Arnaud portant un dialogue piano/contrebasse !
« Landing » : Vif, scandé, les racines caribéennes se mélangent nous emportant au-delà de l’écriture dans des impros virevoltantes agrémentées ici de leurs chants : pour moi ça ressemble davantage à un super décollage qu’à un atterrissage !
Waouh : quel album intense et incandescent à écouter sans modération !!!





