Jazz is not dead
Par Philippe Desmond
Le Rocher de Palmer, jeudi 30 avril 2026
Depuis 1974 l’Education Nationale a mis en place le dispositif des Classes à Horaires Aménagés et notamment Musiques, les CHAM
L’Académie en compte plusieurs et autour de ce dispositif, trois collèges ont décidé de mener un projet en commun dont nous voyons ce soir l’aboutissement au Rocher de Palmer. Si nous sommes là c’est qu’en plus ce sont des CHAM jazz ! Et heureux hasard, ou pas, nous sommes le 30 avril date officielle de l’International Jazz Day de l’UNESCO.
Le collège Jacques Ellul de Bordeaux, le collège Eléonore de Provence de Monségur, le collège François Mitterand de Soustons ont donc préparé cette rencontre avec la collaboration de leurs partenaires habituels, le Conservatoire des Landes et le Conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux. Projet de collaboration et d’échanges qui paraît naturel mais qui n’est jamais facile à mettre en œuvre face aux contraintes nombreuses qu’il implique. Ainsi intéressé et concerné par ce projet, un Inspecteur Général de l’Education Nationale est venu la journée pour voir travailler les collègiens et leurs professeurs. Échanges de méthodes entre collègues, échanges entre les jeunes (des classes de troisième) une telle rencontre ne peut être qu’enrichissante et si en plus c’est au service du jazz cela nous intéresse au plus haut point !
Action Jazz a déjà eu l’occasion de voir les jeunes de Soustons au South Town Jazz Festival qui se déroule chaque année dans la ville landaise (voir nos articles) et ceux de Monségur au festival Les 24 Heures du Swing et régulièrement pour les concerts Jazz en Balade (lire nos articles) . Curieusement nous découvrons les jeunes bordelais.
C’est Soustons qui démarre la soirée avec onze jeunes et, bonne surprise, neuf filles et seulement deux garçons. Qu’elles puissent aller au bout de leur projet musical pour renforcer la présence féminine dans le jazz qui, si elle s’est étoffée, est encore largement minoritaire. Quatre flûtes, deux sax altos, deux claviers, une basse , une batterie, des congas pour (flûtes oblige) « Serenade to a Cuckoo » de Roland Kirk . Ensuite « Hymn to Freedom » d’Oscar Peterson et une adaptation en jazz intéressante des « Indes Galantes » de Jean-Philippe Rameau pour finir en énergie avec « Caldonia » de Louis Prima. Jusqu’à ce dernier titre on avait senti les jeunes musiciens intimidés mais ça y est, ils et elles se libèrent, entraînés par les deux chanteuses, le métier qui rentre !
Place aux Monségurais qui arrivent en nombre (une quinzaine et là encore plus de filles que de garçons !) dans un attelage hétéroclite et énergique mêlant flûte, clarinettes, sax, trombone, trompette, violon, guitare électrique, basse, clavier, batteries, percussions. Et ça marche. « Sunny » pour commencer suivi de « Nardis » agrémenté d’un passage en rap où le chanteur présente l’orchestre avec un joli flow ; une jolie idée pour moderniser le jazz et attirer les plus jeunes à cette esthétique qui parfois intimide. Un standard qui prend un coup de jeune. Un titre latino de Jeff Taylor ensuite avant leur final flamboyant avec « Sweet Home Chicago ». On sent chez ces jeunes une certaine expérience, ils jouent souvent en public ensemble et comme on dit « ils y vont ! »
Aux Bordelais d’entrer sur scène. Ils ne sont que quatre… à la fois, ils seront douze en tout. Dans le cahier des charges de la formation et pour limiter le nombre de professeurs, il n’y a pas de place pour les soufflants. Guitare, basse, batterie piano/clavier seulement. Trois quartets (presque paritaires, une fille de plus !) basés sur cette composition vont nous interpréter successivement « Tokyo Blues » d’Horace Silver, « Fujiyama » de Dave Brubeck et un très beau « Sakura Sakura » version Stanley Clarke. Une autre approche donc pour ce collège peut-être moins ouverte mais qui permet d’atteindre plus vite une bonne cohésion musicale.
Très intéressant de voir les différences d’approche des trois collèges mais n’est ce pas cela le jazz ?
On se doute bien que le final va être collégial (aux deux sens du terme) et c’est de la scène envahie de jeunes musiciens et de leurs instruments que va surgir une « Cantaloupe Island » qu’on aurait écouté des heures.
Bravo aux jeunes musiciennes et musiciens en leur souhaitant de persévérer dans cette voie. Merci à leurs équipes pédagogiques de faire pousser ces graines de jazz. Merci pour leur partenariat aux deux conservatoires. Et bien sûr merci à l’indispensable Rocher de Palmer et à ses formidables équipes techniques.
« Jazz is not dead », non le jazz n’est pas mort il y a des graines qui poussent, bien droit même.










