par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

l’Apollo, Bordeaux le 4 avril 2018.

George Benson et Al Jarreau sont deux musiciens de jazz un peu atypiques ayant eu des carrières flirtant, et même davantage, avec la pop, la soul ou pour certaines mauvaises langues la variété ; celle-ci pouvant être de grande qualité ne l’oublions pas.

Le premier a commencé sa carrière de jazzman comme guitariste notamment avec Miles Davis. Il joue sur l’album « Miles in the Sky » en 1967. Dans les années 70 sa carrière va évoluer jusqu’au succès mondial grâce notamment à sa collaboration avec Quincy Jones. Ce qui lui vaudra d’être regardé de travers par certains.

Le second, après un début de carrière remarqué pour sa façon très personnelle de chanter décollera vraiment en 1980 avec l’album « This Time » puis en 1981 « Breakin’ Away ». Reprenant aussi bien des titres de jazz que de pop il ne sera jamais reconnu vraiment par les soi-disant puristes.

Roger Biwandu ne fait pas partie de ceux-là et pourtant on ne peut pas le taxer de n’être pas un vrai jazzman, sa production personnelle le démontre. Roger c’est surtout un fou de musiques peu importe l’étiquette collée dessus.

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Ce soir à l’Apollo pour sa carte blanche mensuelle il a décidé de rendre hommage à ces deux immenses musiciens et le public a suivi, c’est bondé. George Benson et Al Jarreau font justement partie de ces artistes qui dressent des ponts entre la musique pop(ulaire) et le jazz qui ne l’est malheureusement plus contrairement à son époque bénie. Ne nous en privons pas alors.

Avec Roger c’est toujours du sérieux, professionnellement parlant, car humainement c’est toujours chaleureux et souriant. Ils sont dix !

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Le boss au fond, à la batterie avec son fidèle bassiste Marc Vullo aussi discret que musicalement présent. A leur côté Thomas Drouart aux claviers et devant à la guitare et à la console Rix. En face « los metales del terror » Loïc Demeersseman au sax ténor, Régis Lahontâa et Laurent Agnès à la trompette ou au bugle. Du lourd. Au chœurs on retrouve Charlotte Desbondant une habituée et on découvre Caroline Turtaut.

En lead singer Bruno Endjenguélé qui n’était pas venu depuis longtemps à l’Apollo.

Hormis les deux jeunes choristes Roger Biwandu a un passé musical riche avec les autres et musicalement cela est décisif dans l’osmose qu’ils arrivent à créer malgré un très faible temps de répétition à chaque fois. Certes chacun a ses devoirs à faire à la maison pour préparer le concert mais il faut que la sauce prenne et c’est toujours le cas.

Le groupe va faire mieux que d’enfiler les tubes leur rajoutant une énergie folle et les agrémentant de chorus libres loin des productions parfois trop proprettes des albums. En rédigeant cet article j’écoute certains morceaux des albums originaux et ça ne fait pas du tout le même effet qu’hier soir. A la forge la section de cuivre régale . A la pause un ami demande en riant aux trompettistes « vous êtes énervés ce soir les gars ? », il faut dire qu’il y a déjà eu de belles bagarres et ça va continuer.

Même Thomas parfois intimidé pour les chorus « jazz » s’est lâché sur ses touches, on en veut encore des comme ça !

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Rythmiquement ça joue grave, à la basse évidemment dont les cordes ont chauffé toute la soirée et à la batterie ; Roger c’est le patron, ses baguettes il s’en sert certes sur ses peaux mais aussi à la manière d’un chef d’orchestre donnant les inflexions aux autres. Là aussi la puissance du live.

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Rix dans le rôle de Benson à la guitare c’est simple, c’est Benson. Le son, le style, parfait. Il va même nous rapper un titre ! Les filles elles assurent vocalement, ondulant élégamment leurs silhouettes gracieuses comme le style de musique le nécessite. Présence indispensable.

Remplacer George Benson et surtout Al Jarreau au chant n’est pas une mince affaire, pas de problème pour Bruno qui a choisi de ne pas les singer mais de chanter à sa façon ; et ça c’est déjà bien suffisant ! Belle manière aussi d’embarquer le public et de le faire participer, le métier, ça se voit. C’est chaud en effet dans la salle, ça danse, chante, tape des mains en mesure en plus pour une fois ; mais ici à l’Apollo le public a de l’oreille.

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Plaisir extrême que ces concerts à l’Apollo où la proximité n’est pas une promiscuité, on sent les choses, on est vraiment dedans et ça fait 20 ans que ça dure !

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www.bluefish-art.com/fr/artistes/roger-biwandu/

Al Jarreau au Rocher de Palmer en 2015 : https://blogactionjazz.wordpress.com/2015/06/29/al-jarreau-au-rocher/

Setlist :

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