Bill Laurance et Michael League au Rocher de Palmer – Samedi 2 mai 2026

par Vince, photos François Laroulandie

Bill Laurance : piano
Michael League : oud, guitare basse, chant

33 ! C’est exactement le nombre de kilomètres entre le Château Palmer (dans le Médoc) et le Rocher de Palmer (à Cenon). Coïncidence ou pas, Bill Laurance (piano) et Michael League (oud, basse, chant) reviennent en duo en Gironde, pour jouer cette fois, des titres de leur tout nouvel album (le 3ème en 3 ans), tout juste enregistré dans le prestigieux vignoble !

Le public qui remplit le Salon de Musique du Rocher est bien chanceux ; après le mythique Blue Note de New York, Bill Laurance et Michael League font escale à Cenon avant de jouer au Festival Jazz sous les Pommiers à Coutances, à La Haye (Pays-Bas), et à Katowice (Pologne).

A l’heure où débute le set, seulement 7 heures après avoir bouclé l’enregistrement, le public pourra déguster en primeur quelques inédits et savourer ce tout nouveau cru des prolifiques Laurance et League, qui sortira fin 2026.

Bill Laurance, compte déjà 10 albums en solo et en collaborations diverses ; Michael League, c’est 9 projets solo et 16 avec le collectif Snarky Puppy. L’un et l’autre en sont les piliers fondateurs ! C’est non seulement un duo de musiciens-compositeurs d’exception, mais aussi une amitié de plus de 20 ans qui s’expriment sur cette scène, dans un format intime et acoustique.

Les habitués du son sur-vitaminé des texans seront peut-être surpris par cette économie de moyens. Pas de rythmique, pas de cuivres, pas d’électrification… juste un piano à queue, un piano droit, un oud, une guitare basse et leur immense talent.

Les deux premiers opus « Keeping Company » et « Where you wish you where » contiennent des compositions sont teintées de jazz bien entendu, mais pas seulement, de parfums orientaux et de silences suspendus. Les petites mélodies esquissent un décor, un mood board sonore, une ambiance, un univers, propices à l’improvisation, voire à la rêverie musicale.

Que va nous réserver le set de ce soir ?

20h45 : Le son du oud, la sourdine sur le piano, les mélodies murmurées, le jeu pianissimo installent une forme de religiosité dans la salle. Le bruit blanc de la sonorisation n’est même pas couvert par les notes à peine susurrées.

Suspendu à chaque accord, le public retient son souffle pour ne manquer aucune subtilité du frémissement provenant de la scène.

Trois titres s’enchainent avant que Michael League prenne la parole. Les deux premières compositions sont des nouveautés.

Il prend le temps de raconter la genèse du nouveau projet, la chance d’avoir enregistré dans le Médoc avec leur fidèle ingénieur du son Nic Hard, et soutenus par le label ACT.

Arrivés mardi (28 avril) en Gironde, les deux musiciens ont composé avant séparément et ont assemblé leurs inspirations pendant 3 journées, baignées de soleil, de chants d’oiseaux et d’autres bruits naturels du château transformé en studio. On devrait entendre tout cela dans les prochains 13 titres enregistrés au cœur du vignoble, et vraisemblablement après quelques verres aussi !

Cette sorte de sortie de résidence, est l’occasion de livrer au public, à « d’autres humains » comme le dit League, ce qu’ils ont créé en petit comité, et d’observer comment tout cela est ressenti. « C’est une sensation étrange de jouer pour les autres la toute première fois. Nous avons la chance, les musiciens, de créer mais on ne sait pas comment cela va être accueilli. Pour ce projet, on a été patient, on a laissé venir la musique naturellement, on a laissé la musique nous dire quoi jouer » rajoute Laurance.

Dans une économie de moyens et une épure technique, le duo privilégie les petites mélodies et les échanges, sans démonstration, sans envolée, mais ces conversations nous parlent directement.

Les morceaux sont plutôt courts dans l’ensemble. En 2, 3, 4 minutes au plus, tout est dit, ce n’est jamais lassant, pas de superflu.

L’oud de Michael Leaugue renvoie à un temps et à des lieux fantasmés. Si influence orientale il y a, elle est toutefois limitée par le fait qu’il n’est pas abordé d’une manière classique, mais plutôt intuitive. Comme l’expliquait Bill Laurance dans une interview récente « Quand je compose, mon but est de transporter l’auditeur. Cela fonctionne avec le son du oud qui a quelque chose d’exotique, comme une toile sur laquelle on peut peindre beaucoup de choses ».

Ces morceaux ne sont pas du world jazz réunissant Orient et Occident mais plutôt une porte additionnelle qui donne accès à un monde imaginaire restant à explorer.

D’autres titres font plutôt penser à une musique de chambre privilégiant la légèreté du jeu de piano à laquelle le mélange de timbres -oud, guitare basse, chant – apporte une chaleur incontestable.

On entend leur amour de la musique vibrer à l’unisson et le duo bruisse de mille idées partagées.

Lorsque League passe à la guitare basse fretless (acoustique), le son rond et chaleureux dialogue avec les cascades cristallines de Laurance. On entend chaque respiration, chaque intention, chaque clin d’œil et les surprises qu’ils se font, peut-être involontairement, sont autant d’occasions d’échanger un sourire complice.

Erreur, oubli, incompréhension… les nouveaux titres ne sont pas rodés, peu importe, tout sonne juste !

Sur les derniers morceaux du set, quelques effets sont ajoutés aux pianos, offrant avec delays et reverb, des atmosphères encore nouvelles.

Standing ovation méritée. Bill Laurance et Michael League prouvent qu’en musique, moins peut signifier infiniment plus. « The less is more », disait un certain Davis, Miles de son prénom !

En une quinzaine de morceaux enchainés en une bonne heure et demie, le duo nous a embarqué dans un univers neuf d’où il est difficile de s’extraire. Lorsque la salle se rallume, la froide lumière blanche ramène brusquement à une réalité qui s’était effacée le temps du concert.

Le duo intimiste dépasse le simple exercice de style : c’est une réinvention totale des notions de partage, de communion, de cocréation musicale, mais aussi de plaisir pour ceux qui écoutent.

Comme un parfum idéal, cette exploration du sensible, d’une apparente simplicité laisse longtemps les traces d’une évidente beauté.

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