Arcachon Jazz Festival 2023 – 2/3

par Sylvie Delanne, photos Philippe Marzat

Théâtre Olympia d’Arcachon, 8 décembre 2023.

ALAIN JEAN-MARIE et ANDRÉ VILLEGER.

Pour ce deuxième soir de festival de Jazz d’Arcachon, en 1ere partie de soirée – Salle Arlequin – ambiance club, petites tables, bar et planches de charcuterie, pour écouter deux prestigieux jazzmen français, le pianiste ALAIN JEAN-MARIE et son vieil ami et complice, le saxophoniste ANDRÉ VILLEGER.

Un concert de légende nous annonce Guillaume Nouaux, directeur musical du Festival…

Alain Jean-Marie, André Villéger, cinquante années d’amitié et de complicité musicale ont abouti à l’enregistrement d’un magnifique opus « Time To Dream » en février 2023 au Studio de Meudon, que je ne peux que vous conseiller d’acquérir en cette période de fête…

Ce soir le public présent en aura, en live, le plaisir de la découverte.

Et c’est parti , avec eux nous voilà en bal(l)ade(s) dans la grande période be-bop ou les musiciens emblématiques du jazz hantaient les clubs new-yorkais !

André Villéger attaque sur un morceau de Dexter Gordon « Fried Bananas » soutenu au piano par le subtil Alain Jean-Marie dont les notes rondes comme des balles de lumière rebondissent en un chaloupé élégant.

Duke Ellington et Coleman Hawkins sont ensuite les fauteurs d’un mélancolique « Self Portrait Of The Bean »… je ferme les yeux et mon corps s’évade sur la suavité du saxophone complètement épousé par le piano. C’est rond, c’est profond et d’une musicalité de rêve…

Les vieux standards s’enchaînent pour un jazz qui m’enrichit et m’envoûte, me fait voyager dans une époque enfumée et curieuse à la fois. Beaucoup de style, de silences, d’images suggérées à la recherche de la Note Bleue.

Le toucher scandé et lumineux du pianiste sonne carillonne en roulades joyeuses, imprègne l’air que je respire et me fait voyager sur un océan de douceur subtile et aérienne…

Une composition d’Alain Jean-Marie et de son ami et longtemps complice, Barney Wilem, grand saxophoniste franco-américain parti malheureusement trop tôt, « Mesure et Demesure », des rythmes tropicaux et des glissandos du sax qui ne sont pas sans me rappeler le jeu de Stan Getz.

Puis une composition très enlevée de Clifford Brown .

Alain Jean-Marie nous rappelle qu’il est le maître de la biguine guadeloupéenne et son jeu en est empreint le concert étant placé sur des rythmes latinos comme le mentionne André Villéger.

Les morceaux s’enchaînent « Païolino » composition d’André Villéger d’une douce nostalgie. dédiée a un ami disparu, « The Peacocks » de James G. Rowles, puis pour les copains dans la salle, un blues en sol pour une Brandade de Morue à la Limousine dégustée le midi à Arcachon (Ha!Ha!Ha!), des morceaux de Mc Coy Tiner ou de Richard Rogers pour finir, le Blues du Cameleon (qui se retrouve sur une couverture écossaise!) d’André Villéger .

Alain Jean-Marie, on le sait est un artiste modeste, discret et plutôt taiseux, c’est André Villéger donc qui présente et accompagne chaque morceau d’anecdotes contextuelles.

Chez Alain chaque note jouée vient de l’intime, une histoire enfouie qui rebondit sur le piano, originale et respirée. Son jeu qui le place parmi les plus grands pianistes de jazz contemporain est unique, habité d’une scansion et d’une fluidité qui lui sont particulières. De ma place j’observe ses mains en parties cachées, je ne vois que la souplesse de leur dos me faisant penser à une vague légère. Il termine chaque morceau sur une découpe de notes hautes, quelques points de suspension qui laissent la place au rêve et à l’imaginaire…

André Villéger c’est la puissance souffle et la rondeur du son, c’est un talent sûr de lui, l’empreinte d’un très grand musicien habité par le jazz.

Leur complicité témoigne de leur passion et de leur exigence pour rejoindre l’apothéose, la Note Bleue, celle qui fait rêver tous les musiciens de jazz.

Un récital en tout point exceptionnel et indispensable à tous les amateurs éclairés du Jazz !

https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/andre-villeger-alain-jean-marie-time-to-dream/

JERÔME ETCHEBERRY « Satchmocracy »

Le second concert de la soirée dans la grande salle du Théâtre Olympia s’ouvre sur un facétieux solo de trompette venu du haut des gradins et qui se répand immédiatement dans l’atmosphère. Joueuse, une seconde trompette répond en écho…où est-elle, d’où vient-elle ? Caché derrière le rideau le talentueux NOE CODJIA reprend pendant que JERÔME ETCHEBERRY descend en jouant vers la scène.

Nous voilà embarqués dans le grand bal des Années Folles pour une libre « Satchmocracy », hommage au grand Louis Armstrong dit « Pops » ou «Satchmo (abréviation malicieuse de satchmel mouth, bouche en forme de sac ou de valise) ».

L’Arcachonnais à la carrière prestigieuse, Jérôme Etcheberry nous parle alors de son projet, né pendant la période confinée 2020-21, de rendre hommage à l’un des plus grands génies du jazz dont l’influence a irrigué toute son histoire et influencé ses plus grands interprètes, pianistes, saxophonistes ou encore trombonistes.

Il écrit : « Au début des années 20, Louis Armstrong révèle au monde du jazz un nouveau chemin, il est à l’époque un puissant catalyseur comme l’architecte d’un univers musical en pleine transition. Dans ce projet, j’ai cherché respectueusement à rendre hommage à l’impact de son expression si singulière pendant cette période essentielle, jusqu’à transposer l’incomparable vitalité de son jeu en scénographiant sa musique dans ses plus infimes détails grâce à la riche texture d’une section de cuivres permettant de souligner la gamme de couleurs de son style si original et de retrouver entre chaque note la signature de celui qui élaborait un chef-d’œuvre à chacun de ses solos »

Le «POPSTET», octet composé des talents déjà incontournables de la scène jazz actuelle,

Jérôme ETCHEBERRY : trompette et arrangements – Noé CODJIA : trompette – César POIRIER : saxophone ténor et clarinette – Matthieu NAJEAN : saxophone alto et baryton – Félix HUNOT : guitare – Ludovic ALLAINMAT : piano, Sébastien GIRARDOT : contrebasse – David GREBIL : batterie,

va nous entraîner dans les folles soirées des ballrooms du Chicago des roaring twentie’s.

– Démarrage en trompette sur un joyeux ragtime « Hotter Than That » (1927 Lil Hardin)

Un premier solo de l’excellent Félix Hunot fin connaisseur du jazz des années 20 de Charlie Christian à Django Reinhardt, accompagné du non moins magnifique Sébastien Girardot me colle au siège !

Ça swingue ! Les cuivres se répondent et on danserait si on pouvait !

Suit une compo de 1931 « Shine »… nous manque le scat du Grand Louis…sur une samba d’enfer.

De beaux solos de piano par un Ludovic Allainmatt très en forme sur des compositions de Lil Harding (la deuxième épouse de Satchmo), on y note la performance de César Poirier, un swing formidable à la clarinette accompagnée des palmas des autres musiciens, guitare et contrebasse magnifiques,

1926 « Oriental Strut » initialement écrite par le banjoiste de New Orleans, John Saint-Cyr,

1929 « Ain’t Misbehavin » Armstrong play the music of Fats Waller,

1924 « Cornet Shop Suey avec un superbe chorus de guitare et un éblouissant solo de batterie de plusieurs minutes,

1927 « Chicago Breakdown » qu’Armstrong interpréta avec le pianiste Jelly Roll Morton, une superbe intro au sax baryton par Matthieu Najean. La joie contagieuse de cette musique est pulsée par des musiciens hyper actifs dans un rythme de folie…Vive la Nouvelle-Orléans !!

Earl Hynes et Louis Armstrong, la salle clappe sur un remarquable duo du sax soprano et de la clarinette, une apothéose !

1927 encore, Louis écrit le lumineux « Potato Head Blues » dont Woody Allen dira que cet enregistrement est une des raisons pour laquelle la vie vaut la peine d’être vécue !

En 1926, Louis enregistre « King of The Zukus » composé par Lil Hardin – Armstrong, devenu un succès de légende.

Bravo Jérôme ETCHEBERRY d’avoir pendant cette période où le pays était en chômage technique obligatoire et les musiciens à leurs foyers d’avoir relevé tous les extraordinaires solos d’anthologie de ce géant du Jazz pour lui rendre ce très vibrant hommage.

Une grande soirée de jazz pour un public comblé et à fond dans l’ambiance !

https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/jerome-etcheberry-popstet-satchmocracy/

https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/jerome-etcheberry-satchmocracy-vol-ii/

Galerie photos de Philippe Marzat