Robin des Bois

Conte et jazz symphonique par Sébastien Iep Arruti

par Philippe Desmond

L’Orchestre Symphonique de Gironde dirigé par Lionel Gaudin-Villard a été créé en 2008 avec pour objectif l’accès au plus grand nombre à la culture musicale classique. La pédagogie est un de ses maîtres mots et pour cela il est très actif envers le jeune public pendant le temps scolaire mais aussi en dehors avec « les concerts en famille » notamment. En 2019 il a étendu son répertoire en créant son Big Band de jazz ce qui nous intéresse plus particulièrement. Ainsi en 2020, juste avant la crise sanitaire, cette formation avait créé « Le Carnaval des Animaux » de Saint-Saëns avec les arrangements de Sébastien « Iep » Arruti remarquable tromboniste-arrangeur-compositeur. La tournée de ce magnifique spectacle pour jeune public mais aussi tellement beau pour tous, a bien sûr été fortement perturbée mais va bientôt reprendre. Action Jazz avait assisté à un des concerts au Cuvier d’Artigues (lien en fin d’article).

Toujours aussi passionné, Sébastien a continué à travailler pendant cette période plus que bizarre et a composé une nouvelle œuvre dont nous assistons à la première aujourd’hui « Robin des Bois ». Une discussion avec Lionel Gaudin-Villard pour faire naître une idée de projet, un nom qui se détache vite, celui de Robin des Bois et l’imagination fertile de Sébastien qui fait le reste : mêler à l’OSG, formation des plus classiques, un big band de jazz et un narrateur slammeur, choc des cultures diront certains, croisement de celles-ci plutôt car de plus en plus, et c’est tant mieux, les chapelles tombent, les gens se parlent.

C’est donc à une création que nous assistons ce matin au théâtre Femina de Bordeaux avec un public très familial, Robin des Bois parlant à toutes les générations, de Walt Disney pour certains (1973 déjà) à Errol Flynn pour d’autres, de moins en moins nombreux, le film datant de 1938 !

C’est simple, en 8 mesures de l’ouverture j’ai déjà 12 ans, cette mélodie portée par la quarantaine de musiciens vous attrape de suite, vous fait remonter les souvenirs de BO de films. Je ne le sais par encore mais mon inconscient le pressent, ce n’est que le début d’un enchantement. Marco Codjia va nous conter une histoire de Robin, qu’il a réécrite très simplifiée pour l’adapter au jeune public, la cible des flèches musicales de cette création : son enfance, sa première rencontre avec Marianne l’amour de toute une vie, ses déboires avec le shérif de Nottingham, ses périples dans la forêt de Sherwood avec ses amis et les animaux sauvages. Ca marche, l’écoute est belle, l’orchestre l’accompagne avant de partir dans des passages instrumentaux. Et là c’est génial ! Sébastien Arruti a écrit une partition de très très haute volée pour servir ces deux orchestres apparemment si différents et qui finissent par se fondre l’un dans l’autre. Le travail d’arrangement est fabuleux, les deux formations se répondent chacune dans leur registre, les thèmes musicaux se transforment instantanément et naturellement de classique en jazz, les délicats pizzicati de cordes laissent la place à l’explosion New Orleans des cuivres du big band, la rythmique nous tient en permanence. Arriver à mêler du swing, du latino, du blues, du symphonique et du slam, ils ne sont pas nombreux à pouvoir réaliser ce challenge avec ce niveau de qualité.

La colère de Robin explose dans le slam de Marco alors que l’orchestre groove suivi par les claps du public. Le départ en prison de Robin donne lieu à un blues prenant, les impros des solistes du big band se succèdent, même le premier violon Pierre Meunier y va de son chorus dans un esprit très jazz, les cordes de l’OSG apportent leur légèreté. Tous les pupitres sont servis à merveille par les arrangements, c’est magique. Marianne, en la personne de Shekinah Rodz, viendra même chanter son amour pour Robin avec ce qui mériterait de devenir un tube dans le genre (ses paroles sur une musique de Sébastien Arruti).

Je ne suis pas le seul à avoir les larmes aux yeux à la fin du spectacle, même le directeur de la troupe est ébloui. Que ce spectacle soit diffusé le plus largement possible, bien sûr aux scolaires sa vocation première, mais à un plus vaste public, dans un petit coin de notre tête nous avons tous notre enfance qui sommeille.

On connaissait déjà les compositions purement jazz de Sébastien Arruti et si sans le savoir nous avions notre Lalo Schifrin à Bordeaux ?

  • Les musiciens

Sébastien Iep Arruti : Composition et direction musicale

Marco Codjia : Slam, Acteur

Rythmique : Didier Ottaviani (batterie), Franck Leymerégie (percussions), Olivier Gatto (contrebasse), Jean-Marc Montaut (ou Robin Magord, claviers)

Cuivres et bois : Denis Girault (clarinette), Cyril Dumeaux ( ou François -Marie Moreau, clarinette basse et sax baryton), Jérôme Gatius (clarinette et sax ténor), Shekinah Rodz (sax alto, flûte, chant), Guillaume Schmidt (sax t et b), Giordano Muto (sax t et b), Philippe Boucher ( flûte) Jérôme Laborde, Rozann Bezier (trombones), Jérôme Carré (tb basse) Jérôme Lallemand (tuba), Pascal Drapeau, Pierre-Jean Ley (ou Franck Vögler), Sébastien Brebbia (trompettes), David Bau, Sylvain Delorme, Carla Pulcini (cors)

Cordes : Pierre Meunier, Daniel Macho, Caro Lummeaux, Cédric Allard, Paul Roux, Dorra Saadi, Laly Good, Arnaud Javelaud, Jesus Lopez Porras (Violons) Marie-Laure Prioleau, Ana Luíza Lopes, Susana Fernandes ( Altos) Benoît Foiadelli, Johanna Gallou, Hélène Pineaud (Violoncelles) Florentin Castellini, Baptiste Aubert (Contrebasses)