Jazz in Sanguinet
Laurent Coulondre et Ruy A. Lopez Nussa « Traficando »
par Philippe Desmond, photos MHP et PhD
Vendredi 17 juillet 2026
C’est la 26ème édition du festival Jazz in Sanguinet avec cette année un changement majeur, le lieu. Tout est concentré sur et autour de la place du marché avec trois spots : la scène repas, la scène principale et l’auditorium du magnifique et tout neuf centre socio-culturel L’Amassa (Ensemble en langue gasconne). Ce festival est organisé par la ville en concertation avec l’Office de Tourisme, l’association Jazz Animation et le concours des villes reroupées dans l’organisme Bisca Grands Lacs . Une organisation qui dépend donc des pouvoirs publics qu’ici on peut féliciter dans un contexte culturel morose. Plus de 40 bénévoles font fonctionner cette belle organisation.
Du lundi au dimanche plusieurs concerts et évènements ont eu lieu, 3 concerts payants et 13 offerts ! Action Jazz, partenaire du festival, y était le vendredi.
La soirée a commencé à 18h30 sur la place du marché entourée de restaurants, buvettes, foodtrucks permettant au public de baigner dans l’ambiance d’un vrai festival. C’est Mango Swing un groupe bordelais de swing acoustique mêlant standards jazz, couleurs country, tubes internationaux, jazz manouche… Pas de danseurs, le soleil chauffe encore la piste devant la scène, mais une ambiance musicale agréable, de Duke Ellington à Adriano Celentano en passant par Django !

Place ensuite au groupe Les Accordés Swing pour un set très original passant des chansons françaises, du rock, de la pop à la moulinette swing. Sorte de blind test à chaque début de morceau avant d’identifier des titres de Téléphone, Dave (!), Montand, Lou Reed, Aznavour, the Beatles, AC/DC, Police, Piaf… Des arrangements habiles, une bonne chanteuse accompagnée de musiciens pas avares de chorus. Très intéressant.
Il est 21 heures, sur la scène principale installée dans la cour de l’école mitoyenne (600 places assises, autant debout !) commencent les deux concerts offerts celui d’Eto auteur compositeur interprète originaire de Tahiti, puis Zocco Baïa qui joue dient-ils de la musique italo-tropicale, tout un programme. Pas vraiment du jazz tout cela mais de la musique qui participe à la gaîté du festival et au public de touristes arrivés depuis peu dans la station balnéaire.

Laurent Coulondre et Ruy A. Lopez Nussa « Traficando »
Laurent Coulondre : claviers, compositions / Ruy Adrian Lopez-Nussa : Batterie, percussions, cajon, compositions.

Laurent Coulondre aime apparemment la proximité des batteurs. En 2017 il jouait en duo (en trio deux batteries parfois) sur « Gravity Zero » avec Martin Wangermée, André Ceccarelli et Yoann Serra. Depuis peu il tourne en trio, piano, orgue, batterie pour « The Getdown » avec Rolando Luna et Arnaud Dolmen aux baguettes. Le voilà donc maintenant avec Ruy Adrian Lopez-Nussa dans un registre musical différent, marqué par les polyrythmies et les musiques cubaines. Les deux se croisaient dans les festivals et ils ont eu envie de collaborer, une excellente idée quand on entend et voit le résultat.
Et si on connaît le talent et la verve de Laurent, on connaît moins Ruy déjà vu avec le groupe de son frère Harold Lopez-Nussa. La formule en duo qui le met en valeur fait exploser son talent. Il est extraordinaire. Formé à l’école de Cuba, où son père est un des professeurs de musique très importants de l’ile, il en possède toute la technique et en maîtrise les rythmes parfois complexes. J’ai vérifié plusieurs fois s’il n’avait que deux bras et deux jambes, je confirme. La couleur de son jeu à la batterie est marquée par une astuce avec la fixation d’un chéréké (calebasse à perles ou coquillages) sur le charley.
Les deux s’en donnent à cœur joie avec une immense complicité. Unissons, dialogues, duels, rendez-vous d’une précision magique, changements de tempos, mélodies accrocheuses qui finissent par exploser sous les chorus, c’est un concert exceptionnel qui nous est donné. « Traficando » , en effet un gros trafic de notes, de rythmes, mais tout à fait légal !
Laurent lui aussi est bien occupé entre ses trois claviers dont un d’infrabasses, son pédalier de basse. Il en maîtrise parfaitement la technique ce qui lui permet de se concentrer sur la musique. Un hommage à un de ses intruments de prédilection, l’orgue Hammond, puis un chorinho (enfin au début car c’est parti ailleurs) écrit par Ruy pour à la fois Lyle Mays et Egberto Gismonti ; un solo de batterie infernal – il y en aura d’autres – suivi d’un chorus de clavier de cristal, voilà un contraste si surprenant et agréable.
Les familles, femmes et jeunes enfants des deux artistes sont là, le duo leur dédie une surprise de douceur et de finesse avec un arrangement de la berceuse, « Le loup, la biche et le chevalier » plus connue comme « Une chanson douce »
Au rappel, ce sera un vrai bouquet final, pas d’étincelle incendiaire mais une bagarre clavier / cajon inouïe ; je ne savais pas qu’on pouvait faire tout cela avec cette caisse en bois musicale ! Même Laurent avait l’air épaté.
Un duo bluffant.


Très bientôt l’album, Action Jazz en parlera. La photo a été prise sur un hydravion, à Biscarrosse – le site historique de ce type d’avions – où vit désormais Laurent Coulondre. Il n’avait jamais joué aussi près de chez lui !

Longue vie à ce festival et merci à Benjamin Faugas pour son accueil.







