De Rio à Django dans la prairie d’Hure

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier ( alias tamkka ), PhD

Samedi 5 septembre 2026
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PhD

Dans l’article précédent Max vous a planté le décor, le parc, le séchoir à tabac aménagé en salle de concerts de 200 places, la restauration et ses bénévoles, une organisation parfaite à taille humaine avec à sa tête Thierry Wellhoff homme de communication reconverti en chef d’orchestre : créateur du festival, directeur musical, mécène… Il fait partie de ces philanthropes qui aiment partager leur passion, comme Philippe Catherine à la tête depuis quatre éditions du festival Soulac’n Jazz (voir nos articles) ou dans le passé le regretté Dominique Renard créateur du festival de jazz de Saint-Emilion. Des gens précieux pour la culture et pour le jazz en particulier, qui plus est dans le contexte actuel.

Will Santt ressuscite João Gilberto

Si j’ai souvent écouté João Gilberto, en solo ou accompagné – avec Stan Getz bien entendu – je ne l’ai jamais vu. Ce soir si je ferme les yeux, il est là, sur la scène du séchoir à tabac, réincarné en un jeune et mince brésilien à la coupe afro que Thierry Wellhoff a fait venir spécialement de Rio de Janeiro pour ce concert, après l’avoir découvert sur Instagram. Une voix, une guitare et de la bossa nova originelle, pure, dépouillée, avant que le jazz ne s’en empare et la fasse connaître au monde entier. Quelques accords de guitare « de rien du tout » avec pourtant en leur cœur cette pulsation rythmique caractéristique, une voix mi chantée mi murmurée et la magie qui opère. C’est beau mais on regrette de ne pas comprendre le brésilien qui nous parle d’amour, de sentiments, de musique, d’humour avec « O Pato » et ses quém quém (les coin coin brésiliens)… Will Santt, tout intimidé, va habilement glisser quelques compositions personnelles parmi les chansons de Jobim que tout le monde attend, « Samba de uma nota » « Aguas de março » célèbre en France grâce à Georges Moustaki, « Desafinado » dont je ne connais qu’une phrase par coeur et que j’attends toujours avec impatience, Fotografei você na minha Rolley-flex, « Triste » On entendra aussi « Berimbau » de Toquiho et Vinicus de Moraes que Nougaro nous avait révélée, « O Barquiho » et même hors Brésil une interprétation sensible de « Besa me mucho » . Oserais-je dire que Will a fait dans ce séchoir un tabac, enfonçant le clou en rappel avec « Garota de Ipanema » fredonnée par le public. Découverte d’un chanteur qui, s’il n’invente pas un style, lui rend sa pureté souvent galvaudée dans de mauvais piano-bars ou des interprétations hasardeuses pour ascenceurs.

Baptiste Herbin trio « Django »

Baptiste Herbin : saxophones alto et soprano / Sylvain Romano : contrebasse / Matthieu Chazarenc : batterie.

Trio choc pour ce second concert du soir, trio qui rencontre un succès incroyable depuis deux ans et la sortie du disque « Django » . Sur cet album c’est Dédé Ceccarelli qui tient les baguettes mais une mauvaise fracture du pied dont il a du mal à se remettre l’a empêché de faire les tournées qui ont suivi. On avait vu le trio à Arcachon en été 2024 (chronique dans ce blog) avec Donald Kontomanou à la batterie mais ce soir, comme au festival Sauva’Jazz en juin dernier (autre chronique) c’est Matthieu Chazarenc le maître des percussions. Ce projet osé rendant hommage à Django Reinhardt sans aucune guitare est une réussite totale. On le doit à la verve musicale et orale de Baptiste Herbin qui a su adapter le répertoire de Django à sa manière avec respect mais créativité. La partie du public des néophytes réalise-t-elle qu’elle a devant ses yeux et ses oreilles des musiciens parmi ce qu’il se fait de mieux dans le jazz actuel et je ne précise pas en France. Un saxophoniste volubile, inspiré, généreux, plein d’humour et de fantaisie musicale (ah ces citations qui fusent de partout ! ) et aussi très pédagogue, un contrebassiste au phrasé et au son profond remarquables le bois de son instrument trouvant un écho au bois du séchoir, un batteur tellement créatif, alliant légèreté et punch quand il le faut, proposant même des percussions corporelles. Et comme les trois s’entendent merveilleusement bien c’est un super trio qui chante Django à un public qui ne lui ménagera pas son enthousiasme.

Des étoiles dans les oreilles, dans les yeux et dans le ciel pur de cette campagne que nous retrouvons en allant vers nos voitures garées dans un champ à l’écart du site. Les Nuits d’Hure c’est vraiment une atmosphère particulière, d’ailleurs on revient demain pour le brunch et les concerts en matinée (l’après-midi bien sûr, je n’ai jamais compris pourquoi on disait ainsi…) !

PhD

A suivre…

Chronique 1/3