À Hure, le jazz est dans le pré !
Par Max, photos Alain Pelletier « Tamkka », PhD
Vendredi 4 septembre 2026
https://www.lesnuitsdhure.fr/programme-2026
Après une dure semaine de labeur dans la ville tentaculaire et bruyante, il me tarde de rejoindre la campagne réolaise pour apprécier le calme des champs de maïs.

Photo PhD
Je longe le canal des Deux-Mers et arrive dans le centre de Hure. Avant de remarquer le panneau qui indique la direction à prendre pour rejoindre le domaine où se déroule le festival « Les Nuits d’Hure », je prends le temps de me souvenir de mes cours sur l’origine de la civilisation. Ce nom de Hure évoque inévitablement « Ur », cette ville qui apparaît comme ayant été l’une des principales et des plus puissantes cités sumériennes du IIIe millénaire av. J.-C.
Je me dis alors qu’un festival de jazz dans une ville qui porte pratiquement le même nom que l’une des premières villes de la civilisation ne peut être que de bon augure !
Je m’enfonce donc au milieu des cultures, sur de toutes petites routes, jusqu’à un champ un peu cabossé où Samuel et Patrick m’accueillent et m’invitent à stationner. Après une centaine de mètres de marche, j’arrive devant une petite tente installée à proximité d’une haie. Là encore, deux bénévoles tout sourire contrôlent mon billet et m’indiquent le chemin à suivre.
J’arrive dans l’immense jardin d’une belle maison de pierre recouverte de lierre. À ma gauche, une tour à grain ; à ma droite, le fameux séchoir à tabac transformé en salle de concert. Le charme opère immédiatement ! La lumière de fin d’après-midi s’engouffre à travers les lames de bois pour éclairer une scène où trône un piano noir. Dizzy Gillespie, Art Blakey ou Joe Henderson accompagnent l’entrée du public grâce à la magie des clichés du photographe Patrick Pouhaër !
Rien n’est laissé au hasard pour accueillir au mieux le public, qui arrive petit à petit, se salue et s’embrasse parfois ! La buvette propose une sélection de vins triés sur le volet : un saint-émilion rouge ou un rosé corse… Plus loin, Laurence me propose d’acheter des jetons à échanger ensuite contre une salade grecque, un cornet de frites, des huîtres ou des glaces… En fond musical discret, on entend les plus grands standards de l’histoire du jazz.

Il est 19 h 30 ; le soleil commence à s’évanouir. Thierry Wellhoff, notre hôte, lance cette nouvelle édition des Nuits d’Hure par quelques mots empruntés à Éric-Emmanuel Schmitt, entendus ces derniers jours à la radio : des mots sur l’importance de la musique dans la vie de chacun au quotidien !
Jean-Pierre Como et Javier Girotto « Parfum d’Azur »

Jean-Pierre Como : piano / Javier Girotto : saxophones baryton et soprano, flûte des Andes
L’expérience est bel et bien lancée ! C’est aux artistes d’investir cette cathédrale de bois. Jean-Pierre Como s’installe derrière son piano à queue, accompagné de son comparse argentin Javier Girotto, pour un premier morceau intimiste murmuré au saxophone baryton.
Toutes les compositions jouées ce soir à Hure sont extraites du projet « Parfum d’Azur », né il y a quelques mois chez nous, en Gironde, dans l’ancienne salle du couvent des Dominicains, à Saint-Émilion. Ce duo captivant distille une musique narrative, propice aux errements de notre imagination : une musique très écrite qui laisse néanmoins beaucoup de liberté à ses interprètes.
Un moment suspendu dans un lieu unique, que l’ancien clavier de Sixun a encensé malgré l’extrême chaleur d’une fin d’après-midi d’été.
Entracte gourmand
Changement de plateau ! C’est le moment choisi pour aller se restaurer. Trois jetons rouges dans de petites boîtes, à échanger contre des plats concoctés et servis par les bénévoles. Je m’installe sur l’une des bottes de paille recouvertes d’une nappe blanche pour consommer mon petit festin !
J’en profite pour discuter avec Thomas Bercy, venu soutenir ses amis musiciens. Je salue Fabienne, nouvelle restauratrice réolaise, je croise Suzanne, une « fipette » de la grande époque de FIP à Bordeaux, et je félicite Thierry pour cette très belle organisation…
Et déjà… les premières notes d’Akoda arrivent à mes oreilles. Je me précipite sous le séchoir à tabac, qui est déjà complet. Je me résous à rester debout à quelques encablures de la salle.
Akoda Kréol Jazz quartet

Valérie Chane Tef : piano, voix, compositions / Géraldine Laurent : saxophone alto / Inor Sotolongo : percussions / Elvin Bironien : basse
Je distingue parfaitement les musiciens, qui ne sont éloignés de moi que d’une cinquantaine de mètres. Plus étonnant encore, je perçois admirablement leur musique grâce à un son irréprochable.
Très vite, je me retrouve enchanté par la puissance de la musique de Valérie Chane Tef, portée par une formation particulièrement soudée ! J’avais déjà de très bons souvenirs d’Akoda, à l’époque où Valérie vivait à Bordeaux, mais là, c’est encore autre chose !
Biguine, mazurka, maloya, afro, jazz… La Réunionnaise nous a non seulement fait voyager, mais elle nous a aussi transportés dans son univers festif ! Une prestation de haut vol, où la qualité des chorus de la saxophoniste Géraldine Laurent a succédé à ceux du percussionniste Igor Sotolongo, sous l’impulsion de l’extrême exigence du bassiste Elvin Bironien.
Cette première soirée de la troisième édition des Nuits d’Hure vient de se terminer et, franchement, je n’ai pas vu le temps passer. Cette alchimie entre un lieu d’exception, une qualité musicale incroyable et un public conquis va marquer les esprits. C’est certain !

A suivre…










