El Grupo Compay Segundo chez Alriq ¡ Cuba Si !

Par François Laroulandie

La Guinguette chez Alriq, Bordeaux le 3 avril 2026 

Salvador Repilado Labrada, direction musicale, contrebasse / Hugo Garzón Barcalló, chant, maracas  /Nilso Arias Fernandez, chœurs, guitare  / Omar Perez Rodriguez, chœurs, guitare / Yoel Matos Rodriguez, chœurs, armónico  / Rafael Inciarte Rodriguez, direction musicale, clarinette  /Haskell Armenteros Pons, clarinette  / Rafael Inciarte Cordero, clarinette basse  / Rafael Dairon Mejias Chang, percussions

La guinguette de Bordeaux rive droite Chez Alriq avait fait le plein pour ce concert d’ouverture de la saison, celles et ceux qui avaient affronté la fraîcheur de cette soirée pré-printanière n’auront pas regretté le déplacement : chaude ambiance dès les premiers accords du titre emblématique ‟A caballo vamos pa’l monteˮ, que tout le monde connaît depuis le succès planétaire du Buena Vista Social Club. Et il fallait jouer des coudes pour approcher la scène sur laquelle les techniciens avaient réussi le tour de force de faire tenir les neuf musiciens et leur matériel. Ici tout le monde est debout, collé à la scène, on est là pour le són, la clave cubana scandée par le public, la communion par la musique la danse et la fête.

Plus de vingt ans après la disparition de Francisco Repilado Muñoz en 2003, l’esprit et la musique de Compay Segundo continuent de vivre, portés par son fils Salvador Repilado Labrada et sa contrebasse, et certains des membres de la formation d’origine Compay Segundo y sus muchachos, dont Hugo Garzón Barcalló aux maracas et au chant. Le Grupo ce sont neuf musiciens sur scène : outre les deux piliers de la formation précités l’on y trouve un trio de guitares, dont l’armónico à sept cordes, un trio de clarinettes dont une clarinette basse qui apportent à l’ensemble une onctuosité particulière, sans oublier l’indispensable percussionniste au son des congas.

Et le són cubano a résonné fort ce soir chez Alriq ! Outre les titres incontournables qui ont fait le tour du monde avec le Buena Vista Social Club, comme ‟A caballo vamos pa’l monteˮ ou ‟Chan Chanˮ, le Grupo apporte ses propres compositions issues de leurs albums Compay con Pasión (2014) et Viveló (2022). ‟Para hacer un sónˮ, titre sur un tempo allègre et entraînant les corps à la danse, ponctué des appels à l’esprit de Compay ! Compay ! Appels chargés d’émotion dans la voix de Hugo Garzón Barcalló, le compay primo. Emotion encore avec ‟De camino a la veredaˮ, résonnant du souvenir de la voix sensible de Ibrahim Ferrer sur l’album Buena Vista Social Club et le fameux ‟Sabrosoˮ de Compay : « el dia que no me quieras me lo dices rapidito… ¡Ay sabroso… ».

Le répertoire de ce soir fait le lien entre les racines, celles de Compay et plus largement celles du són cubano, du danzón, ces titres qui font désormais partie du patrimoine, et les compositions récentes de son fils Salvador Repilado Labrada ou écrites en collaboration avec Maikel Dinza, des chansons aux paroles d’un humour gentiment égrillard comme ‟No hagas el amor borrachoˮ, suivi du tube ‟Són para tiˮ sorti en 2022 (Viveló).

L’énergie dégagée par ce nonet emporte tout et tous, c’est une belle ambiance de fête et de communion dans la musique, aucun temps mort, enchaînant ‟Mandingaˮ, une guaracha écrite par Rodriguez Fiffe, puis ‟Maria Luisaˮ (Viveló). Tempo efficace mené par le percussionniste Rafael Dairon Mejias Chang et la contrebasse de Salvador Repilado Labrada, l’assortiment des cordes et des clarinettes signe leur marque de fabrique, un son cent pour cent cubano avec quelque chose en plus ; sans doute une cohésion, la conviction profonde d’incarner une histoire musicale née des métissages africains, créoles, européens.

Ce pourrait être la fin du concert, mais c’est au contraire le moment de tout donner, public et musiciens dans une belle ferveur de fête : ‟Quizas quizas quizasˮ un bolero désormais un standard, et enfin mettre le feu sur ‟Candelaˮ résonnant de la passion pour la fête qui animait notre Compay. Une séquence où le Grupo lâche la bride, où le percussionniste Rafael Dairon Mejias Chang en bord de scène en appelle aux esprits par l’intermédiaire d’un cajón. Et ça répond en écho : le fameux ‟Chan Chanˮ, le titre ouvrant l’album Buena Vista résonne du chant de Compay Segundo par la voix de Hugo Garzón Barcalló, incarnation d’un patrimoine bien vivant, il l’a démontré ce soir.

La scène chez Alriq n’a pas de sortie arrière. Le public en redemande et n’en démord pas, scandant à l’unisson Compay ! Compay ! Ce sera ‟Guantanameraˮ en guise d’au revoir changé d’émotion, au bout de deux heures d’un concert dont les échos vont résonner encore et encore.

Set list : A caballo vamos pa’l monte / Para hacer un son / Enamorate bailando / De camino a la vereda / Sabroso / No hagas el amor borracho / Son para ti / Mandinga / Maria Luisa / Quizas, quizas, quizas / “Guantanamera” / Candela / Chan Chan / Rappel : Guantanamera