Par Vince, photos Alain Pelletier et Kiswing 33

Le Rocher de palmer, jeudi 10 octobre 2019.

A consommer sans modération

Après une première partie latino brillamment assurée par le trio bordelais Medio Limon

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composé de l’argentin Gaston Pose (guitare et chant), de Jean-Marc Pierna (percussions) et du jeune Thomas Gaucher (guitare), membre de Capucine et bien connu des fidèles d’Action Jazz, c’est le trio cubain d’Omar Sosa qui est attendu par le public (un peu clairsemé hélas) du Rocher de Palmer.

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S’éloignant depuis quelques années du format trio qu’il formait notamment avec le bassiste Childo Tomas, Omar Sosa explore avec gourmandise de nouveaux formats et surtout de nouveaux territoires. Après avoir collaboré 2 fois avec le trompettiste Paolo Fresu (« Eros », « Alma »), après avoir communié avec le maitre de la kora Seckou Keita (« Transparent water »), ou encore avec le percussionniste Adam Rudolph (« Pictures of Soul »), Omar Sosa invite sa compatriote violoniste et vocaliste Yilian Cañizares à parcourir de nouveaux chemins musicaux.

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Plus qu’une collaboration, Omar Sosa met littéralement son talent et sa générosité à la disposition d’Yilian Cañizares. Sur l’album « Aguas », sorti en octobre 2018, autant que sur scène ce soir d’octobre, elle est au centre du projet. Prenant l’espace, captant la lumière captivant le public et l’attention de ses complices musiciens. Ce soir c’est Gustavo Ovalles, compère de longue date d’Omar Sosa qui tient la quincaillerie (traduisez les percussions) à la place de Inor Sotolongo (qui lui a enregistré l’album).

 

Avec Omar Sosa, c’est toujours différent et c’est toujours lui à la fois, mais surtout, c’est toujours bien.

Décidément le thème de l’eau est très inspirant pour l’artiste cubain ; après « Transparent Water », la quête de la source perpétuelle de spiritualité, de liberté et d’échanges innovants, s’arrête un instant sur la vibration du violon et la chaleur de la voix. C’est la première fois que ce matériau sonore est mêlé aux facéties créatrices du maître Sosa.

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L’entrée sur scène est toujours rituelle, les premières notes mystiques. Les sons synthétiques de nappes et les voix parlées installent une ambiance surprenante et peu à peu les rythmes et le notes se font plus précis, les mélodies s’enchainent jusqu’à former un premier morceau nerveux, presque fiévreux. La transe afro-cubaine s’est emparée du trio.

Mélangeant piano acoustique, synthétiseur, boucles, samples de voix parlées et clochettes à ses chevilles, Omar Sosa donne la réplique à Yilian Cañizares, jeune héritière de la talentueuse filière musicale havanaise.

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Cette dernière est très présente dans l’actualité du jazz. Outre « Aguas », on la retrouve en invitée sur « S3NS » le dernier album plutôt latino du trompettiste Ibrahim Maalouf.

Son élégance et son charisme y sont peut-être pour quelque chose, mais son timbre affirmé de chanteuse et son jeu de violon sont bien là.

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Surdouée certes, mais aussi spectaculaire ; exubérante coupe Afro, sobres jupe noire longue et chemisier blanc, tous deux rehaussés de pans et foulards multicolores à larges motifs géométriques. Bref, un charme fou !

L’enthousiasme du trio, le plaisir et la complicité transpirent sur scène. Passant de compositions mid tempo à des thèmes plus vifs, tout leur registre artistique s’exprime ; envolées lyriques au violon, scat percussif, jeu en pizzicati, percussion sur les joues… un vrai festival.

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Après 3 ou 4 morceaux, Omar Sosa ne boude pas le plaisir de présenter son équipe, au public déjà conquis du Rocher. Heureux de s’exprimer en espagnol après y avoir été autorisé par les spectateurs, il dévoile quelques éléments de la genèse de ce projet. Parlant un français impeccable (appris en Suisse), Yilian Canizares finit par traduire les mots d’Omar et prend à son tour la parole pour donner son interprétation du projet.

Le résultat musical sur « Aguas » est un mélange inventif puisant ses racines dans les traditions afro-cubaines mais aussi dans la musique classique occidentale et dans le jazz. L’album est dédié à l’eau, et en particulier à Oshun, la déesse de l’amour et maîtresse des rivières dans la tradition Yoruba (pratique spirituelle commune aux deux artistes). Comme l’eau est synonyme de vie, d’énergie, de force et d’espace, leur musique s’inspire de ses influences, de ses pouvoirs cachés, et de ses formes multiples.

Au son rafraîchissant d’une fontaine posée sur scène, le jeu reprend, d’abord en conversation piano violon, avant que le tout ne monte en salsa brûlante sur laquelle Omar Sosa a fait chanter toute la salle.

Le titre Oshun qui suit, se termine véritablement en transe ; pris par le rythme, et les performances hors normes Gustavo Ovalles aux maracas, Omar et Yilain dansent à perdre haleine. Dans la foulée, le virtuose des percussions exécute un solo de bambous (à faire pâlir Philippe Lavil !) et poursuit au djembé, jusqu’aux sommets imaginables de l’instrument.

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Après une demi-douzaine de morceaux, le trio chantant, dansant, jouant, rythmant le temps et l’espace, s’évapore sous les bravos de la salle.

 

Ils laissent, sous la lumière blafarde de la salle rallumée, un public décoiffé et encore sous le charme d’une chaude rivière de notes et de rythmes, éclaboussé par le talent et l’élégance de trois artistes d’exception.

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Et bientôt le festival Jazz à Caudéran organisé par Action Jazz !

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