C-Ly en résidence au Rocher ; un tour vers le trip-hop

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Mercredi 30 octobre 2024.

C’est un peu par hasard qu’Action Jazz a pu assister à une restitution privée d’une résidence au Rocher de Palmer du groupe C-Ly. Présents pour la résidence du nouveau projet d’Eric Séva concert nous avons été conviés dans la salle voisine pour découvrir leur musique.

Disons-le de suite on est assez loin du monde du jazz même si les frontières de celui-ci sont plus complexes que celles souvent discutées de la géopolitique. Les musiciens ont tous eu des parcours dans le jazz ou tout proche mais si on doit étiqueter le groupe, lui-même se revendique dans le courant trip-hop ; citons Morcheeba, Massive Attack, Portishead… D’ailleurs combien de musiciens de jazz s’aventurent-ils hors des sentiers battus ? De plus en plus.

C-Ly était d’abord un duo, créé en 2016 par le pianiste-compositeur Nicolas Granelet et le guitariste-violoncelliste-compositeur Sébastien Verlhac, les deux fervents du jazz nordique, EST & cie. En 2022 le percussionniste Alban Guyonnet et la chanteuse Marjolaine Paitel rejoignent le duo pour fixer la formation actuelle. Marjolaine Paitel, de formation lyrique au départ, a travaillé sur des projets jazz avec l’excellent accordéoniste Sébastien Farge – déjà chroniqué dans nos colonnes – et le non moins excellent pianiste Alfio Origlio vu récemment au Anglet Jazz Festival ; heureux hasard, Alfio travaille un nouveau projet dans la salle d’à côté avec Eric Séva.

Il faut très peu de temps pour entrer dans l’univers musical du groupe. Sa musique est mélodieuse, souvent aérienne, s’enfiévrant parfois avec une intensité éblouissante. L’électro se mêle à l’acoustique, les pads aux percussions africaines, les synthés au Glockenspiel (petit vibraphone), la guitare et ses effets au violoncelle. Les bourdons d’infra basses sont présents mais à bon escient, comme tous les effets électros d’ailleurs. Tout est fait en finesse, en précision, les sons varient sans cesse, solo de guitare saturée puis gouttelettes de piano, emballements de cymbales ou caresses de cajon. C’est une musique très vivante.

Et puis il y a Marjolaine Paitel ! Sur ces nappes musicales elle peut dessiner son chant dans des registres très variés, très nuancés. Sa voix est juste, toujours, sa tessiture est large et elle habite sa musique. Elle n’est pas placée devant comme souvent les chanteuses ou les chanteurs, sa voix est un instrument de musique, comme les autres, des cordes mais vocales. Me rappelant parfois Kate Bush (je ne suis pas le premier à le lui dire) elle apporte une touche indispensable à cette musique osée et très accessible malgré tout. Son côté jazz lui permet des improvisations, son côté lyrique des envolées, la voix toujours bien placée.

Ça nous a fait du bien à nous aussi de faire ce pas de côté vers une autre musique de qualité, d’ouvrir nos oreilles vers un monde qui avec le nôtre, celui du jazz, pourraient s’enrichir mutuellement, accrocher d’autres publics…

Lien : Projet C-Ly

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