
Chez : Constellation Records
Par : Alain Fleche
ALLISON BURIK : Sax Alto, Clarinette Basse
CLAIRE DEVLIN : Sax Ténor
ELI DAVIDOVICI : Contrebasse
MILI HONG : Batterie
Quartet de jazz contemporain de Montréal, l’Oiseau-cloche ( méliphage carillonneur, un piaf d’amérique latine, plutôt timide mais au cri tonitruant ) qui s’est formé lors la pandémie, dans les rares endroits où il était possible de jouer : les parcs, jardins publics et sous-sol de bars. Leurs affinités se sont renforcées avec le temps, en termes de style et choix musicaux et ils nous présentent aujourd’hui leur second album qui confirme leur cohérence et leur maturité dans une démarche de compositions collectives et d’interprétation interactive d’influences qui doit au hard-bop autant qu’au free-jazz avec une tendance assumée de rock indé.
L’ensemble est ‘drivé’ par une batterie puissante à la pulsion énergique sans être envahissante laissant une large place aux expressions des solistes qu’elle soutient de façon indéfectible, les forçant à dépasser leur potentiel musical pour explorer des régions encore inconnues qu’ils font leurs. Son jeu est inventif et en évolution constante avec force et dynamisme, de la dynamite !
La contrebasse est solide, même et surtout dans un cheminement personnel poursuivant des voies inédites du rock actuel, en accompagnement ou en contre-point de la batterie qu’il assiste assidûment, amoureusement tout en ne perdant jamais de vue les directions prises par les soufflantes…lesquelles possèdent une sérieuse maîtrise de leur instrument et de l’art de les faire sonner de façon tout à fait originale. Un duo à part entière, de connivence et d’attention réciproques dans les tutti, les ‘chases’ et tout autres mélanges de sons harmonieux, envoûtants ou déchirants, bruts et charnels, organiques et tout en nuances qu’elles produisent en parfaite sympathie.
Les compositions laissent une large part à l’évocation d’oiseaux divers, évoquant les travaux d’ Olivier Messiaen ou l’inspiration maîtresse d’Eric Dolphy. L’originalité de ce groupe tient à leurs multiples inspirations sans frontière de tous styles de musiques, de l’évidence du beat rock aux complexités de musique plus ‘intellectuelles’, ainsi qu’au choix : sans instrument harmonique, laissant un espace libre et ouvert à toutes nouvelles directions qui s’imposent au groupe ou au soliste dans l’instant.
Ce (presque) documentaire animalier ouvre sur un spectacle de lucioles (firefly phrasologie) lumières tenues mais persistantes qui se croisent, montent dans le ciel, se rapprochent d’une source lumineuse, se brûlent aux limites de leur divagations insolentes… chacun y va de sa direction inventive tout en gardant une harmonie générale permanente et envoûtante. On en profite pour remarquer les qualités musicales de chaque participant qui déploie un aperçu de leurs capacités étendues.
‘Murmuration’ laisse entendre le cri du ‘Troglodyte de Caroline’. Ce pourrait être une balade (contemporaine) proposés par les sax’s qui s’enroulent et s’interpénètrent sur eux-même, l’un sur l’autre, mais la section rythmique propose une ambiance plus énergique, frénétique, créant une forme dichotomique entre les deux groupes de deux fort stimulante.
La visite du zoo(ditif) se poursuit avec un ‘soft animal’ tout doux, en fait une oie sauvage, perdue dans l’azur limpide, semblant chercher son chemin, portée par l’archet de la contrebasse, soulevée par les fûts hautement sollicités, le volatile semble avoir finalement, suivant les vents propices, rejoint le troupeau de ses congénères…
Morceau représentatif du groupe : ‘Blowing on embers’. Arpèges de contrebasse qui semble choisir des notes aléatoires avant que de les ordonner sur un groove harmonieux, batterie aux balais qui secouent la poussière du tapis de jeu, sax’s en balade mélodiques qui s’emballent rapidement… les braises portent un feu qui s’élève et nous ravi vers de hautes sphères…
Spirales cosmiques pour ‘Eternity Perspective’. Enroulement de galaxie, force de gravité, modification de l’espace-temps distendu ou raccourçi, étoiles flammes fulgurantes, machinerie perpétuelle de l’univers infini…
‘Phthalo green’ est une couleur, noir-vert, à base de colorant naturels, peut être modifié par des rouges et jaunes… canard sauvage ? Pigment qui va du clair translucide subtile aux tons opaques éclatants. Fondue de free jazz, impro douceâtre à coups de pinceaux précieux…
‘The Call’. Appel de l’oiseau-cloche et du merle blanc. Cri dramatique et chant serein. Balade aérienne libre parmi les volatiles en liberté, vols d’instruments …
‘Mourning dove’. Un air de blues ‘à la’ Ornette Coleman pour cette tourterelle triste.Architecture déstructurée, les fondations sont floues et les ornements vacillants. Construction destruction simultanées. Montage voué à la démolition. Défaire pour refaire… autrement. Comme des enfants tirant leur plaisir à voir les vagues écrouler un château de sable longuement élaboré…
Oui, drôles d’oiseaux que ces quatre là ! Lancés dans une aventure intemporelle jouissive avec bonheur délicat, naturel et direct. Bel exemple de jazz d’avant-garde, bien assis sur ses racines pour s’ en échapper et inventer de nouvelles pistes qui s’ouvrent comme des fleurs aux mille parfums.
Un quartet brillant des couleurs sans fin des chants qui nous entourent et de ceux qu’ils créent.





