Par Philippe Desmond.

Troisième jour du festival Août of Jazz de Capbreton avec ce qui est en train de devenir une tradition, le concert conférence. Cette année ça se passe autour de la trompette dans le jazz. Très vaste programme !

Pour nous parler de cet enchevêtrement de tuyaux en cuivre, lointain descendant de la corne de nos ancêtre que les anglo-saxons appellent d’ailleurs toujours « horn » un spécialiste reconnu de l’instrument, le toulousain Nicolas Gardel. Que ce soit avec son quartet de standards ou sa formation très tonique The Headbangers, ce trompettiste est devenu un des leaders de la scène française. Depuis cinq ans il a mis au point ce concert conférence, un genre qui se développe de plus en plus, permettant à un public novice d’avoir des clés pour découvrir le jazz et aux autres de constater qu’ils sont loin de tout savoir !

Nicolas Gardel est venu en quartet avec Thierry Olié au clavier, Maxime Delporte à la contrebasse et Guillaume Prévost à la batterie.

Explications technico-musicales, le rapport des pistons avec les tons et demi-tons, les sourdines mais surtout l’évocation de grands maîtres de l’instrument dans le contexte social et historique sans oublier les anecdotes croustillantes à leur sujet. Le tout bien sûr agrémenté de titres significatifs, un genre de best of, même si pour la plupart le choix était difficile.

Ainsi passerons nous en revue le pionnier Buddy Bolden (Tom Cat Blues), le légendaire Louis Armstrong (un titre de 1927), Roy Eldridge qui annonce le bop (Perdido), le dieu Dizzy Gillespie (A Night in Tunisia), le météorique Clifford Brown et sa sourdine Cup (Joyspring),

l’inventif Miles Davis évidemment et sa sourdine Harmon (So What), l’atypique et tragique Chet Baker (My Funny Valentine), le séducteur qui le paiera cher Lee Morgan (The Sidewinder) et enfin l’immense Winton Marsalis le seul encore bien vivant (Cherokee).

Musicalement c’était un vrai régal, Nicolas Gardel se met dans la peau de ses prédécesseurs sans les singer, il en prend le son, la manière mais dans ses chorus laisse libre cours à son propre talent qui est grand. Il dialogue souvent avec l’excellent Thierry Olié devant une rythmique impeccable.

A noter la finesse du jeune Guillaume Prévost (un boulot époustouflant sur Cherokee).

Quant à Maxime Delporte il a réussi à vaincre brillamment la douleur de ses bouts de doigts sortis affaiblis du confinement, tout comme les lèvres de Nicolas Gardel.

Cette longue période d’inactivité qui n’est toujours pas terminée malgré quelques maigres contrats (que les organisateurs de ce festival soient encore remerciés !!!) affecte les musiciens dans tous les domaines, qu’ils puissent reprendre un rythme satisfaisant avant qu’il ne soit trop tard…

Mais ce soir nous avons savouré notre plaisir dans ce jardin de la MOP, la Maison de l’Oralité et du Patrimoine de Capbreton, avec un public nombreux, attentif et conquis qui réclamera avec enthousiasme un rappel. Le negro spiritual « Amazing Grace » en duo trompette piano viendra ainsi le ramener au calme dans une émotion assez magique.

Le week-end de festival s’annonce chargé, mon dieu que ça fait du bien !

A suivre…