Anglet Jazz Festival 2026 # 2/4
Par Philippe Desmond, photos Vincent Lajus
https://angletjazzfestival.com/
Vendredi 18 septembre 2026
Deuxième soirée du festival que Marc Tambourindéguy, son directeur musical, nous promet d’être belle. Elle le sera !

Thomas Gaucher trio

Thomas Gaucher (Guitare, Compositions) / Gabriel Sauzay (Contrebasse) / Loup Godfroy (Batterie)
Invité : Pierre de Bethmann ( piano)
Je me souviens d’un jeudi soir au Tunnel, un club de jazz de Bordeaux aujourd’hui fermé où le trio de Roger Biwandu proposait une jam chaque semaine ; c’était en 2013 je pense et on avait vu arriver un jeune de 17 ans tout timide sa guitare dans le dos, demandant s’il pouvait jouer. Il avait de suite mis tout le monde dans sa poche. Quelques années après, Thomas Gaucher montait le groupe Capucine et devenait en 2017 vainqueur de notre tremplin Nouveaux Talents ; Il a depuis fait son chemin et réside désormais à Paris où il accomplit son métier de musicien dans le jazz bien sûr, mais aussi dans la musique de chambre, la danse, le théâtre… Se diversifier, rencontrer des gens de tous les milieux artistiques est pour lui un besoin qui le nourrit intellectuellement. Et il a donc monté un trio avec qui il a réalisé un premier album très réussi « Rusty ladder » (l’échelle rouillèe, celle de son grand-père) Album Rusty Ladder
Les voilà tous les trois, presque collés les uns aux autres, sur cette grande scène pour des compositions dans lesquelles Thomas va nous raconter en musique ses souvenirs d’enfance, ses jeux, sa famille, une belle idée touchante aussi pour nous public : au pied de son arbre avec « My Favourite Tree » clin d’oeil au standard, « Le trou d’eau » où il allait pêcher, sa première moto « Yamaha DT 80 » , « Augustin » son cousin, la fameuse échelle rouillée dont un barreau avait cédé sous son poids… Musicalement tout cela est remarquable, on découvre encore ce soir un batteur doué (ça n’arrête pas ! ) un contrebassiste dans le rôle de Charlie Haden quand Thomas évoque occasionnellement Pat Metheny. Il est devenu un grand guitariste, n’hésitons pas à le dire et une réelle osmose existe entre les trois. Ce sera ma seule référence à un guitariste célèbre, pas besoin de toujours comparer, Thomas Gaucher a assez de personnalité pour se forger son propre jeu même si bien sûr il connaît parfaitement ceux qui l’ont précédé.
Un invité pas surprise car figurant sur l’album et le programme arrive, Pierre de Bethmann qui fut un des professeurs de Thomas au Conservatoire Supérieur de Paris et un concert qui prend encore une autre dimension en quartet. Pour moi le sommet sera atteint pour « Augustin » et son groove de blues éclairé par le piano et la guitare.
Ce concert a été une confirmation de la valeur de ce guitariste et de son trio et une satisfaction pour Action Jazz d’avoir contribué à le lancer.

Shai Maestro « The Guest House »

Shai Maestro (Piano) / Orlando Le Fleming (Contrebasse) / Ofri Nehemya (Batterie)
En un seul mot : beauté.
Shai Maestro était venu jouer ici en quartet pour l’édition 2021 et il avait fait chavirer la salle de bonheur et d’émotion. Allait-il nous refaire le coup ? Et bien oui, en trio cette fois il a à nouveau subjugué l’assemblée, fait frissonner, couler quelques larmes de bonheur, un moment d’exception. Premier morceau, plus de 30 minutes, une longue suite enchevêtrant les standards que deux minutes avant il n’avait certainement pas prévu de jouer « Smoke gets into your eyes » , « Dream », « My Favorite Things », « Lifeline »… Tous les climats sont abordés, toutes les émotions sont déjà là, l’improvisation est totale, les thèmes se chevauchent, partent disparaissent, reviennent, Orlando, excellent et Ofri, incroyable, sont à l’affût des itininéraires pris pas Shai, il réagissent, anticipent parfois, jamais surpris, ils proposent aussi, du jazz à un niveau époustouflant. Le concert se ce serait arrêté là que nous n’aurions même pas eu matière à nous plaindre ! Mais il a continué bien sûr et comment ! Voilà une composition de Shai, « Gloria » une délicate ballade, un piano cristallin d’une infinie douceur qu’il va étirer avec justesse. La salle est plongée dans un silence absolu, on dirait que personne ne respire plus, que le public est envouté ; il l’est tout simplement.
Shai est un grand maître du piano qu’il en joue de façon minimaliste, capable de vous émouvoir avec peu de chose ou de vous épater par sa virtuosité et sa créativité ; jamais d’esbroufe et toujours de la beauté, de l’intensité. C’est la troième fois que le le vois et je me laisse encore embarquer, le pouvoir de cette musique est magique.
Parlons d’ Ofri Nehemya , il est phénoménal , batteur, percussionniste, véritable créateur inventeur au service de son leader, une polyrythmie invraisemblable avec une finesse de dentellière.
Quel cadeau que nous fait le festival de programmer de tels artistes !
Au rappel, qui ici n’est pas de politesse mais tout simplement vital, Shai nous refait le coup de la petite ronde qui tourne et qui tourne, nous amenant à fredonner, chanter en douceur cette petite mélodie toute simple. Et il nous cueille une fois de plus, sublime.
Il sera là pour une vente dédicace où ça se bouscule, les commentaires émus emplissant le hall du théâtre.
Quelle soirée !



