Anglet Jazz Festival 2026 # 3/4

Par Philippe Desmond, photos Vincent Lajus et PhD (jam). Cliquer pour agrandir
https://angletjazzfestival.com/

Samedi 19 septembre 2026

Conférences « Rencontre du jazz et des musiques contemporaines »

 

par Ludovic Florin, professeur et musicologue à l’Université de Toulouse.

Le jazz, mot tellement compliqué à définir et à expliquer, a depuis qu’il existe évolué en permanence de Jelly Roll Morton et ses influences hispaniques, en passant par les musiques latino, des pays de l’Est , la soul, le rock et désormais le rap après la pop, les croisements avec la musique classique etc, etc…

Ludovic Florin nous présente avec une grande précision les passerelles avec encore d’autres style comme la musique spectrale, la musique chinoise, les musiques électroniques, le métal et même les musique de jeux vidéo. Le jazz évolue et évoluera toujours, tout en gardant sa déjà longue histoire.

 

Mohs

Zacharie Ksyk (Trompette, effets) / Erwan Valazza (Guitare, effets) / Gaspard Colin (Basse électrique) / Nathan Vandenbulcke (Batterie)

Ce groupe venu de Suisse est dans la lignée des jeunes formations contemporaines de jazz qui aux instruments dits classiques mêlent l’électro, les effets. Ils façonnent leur musique selon des structures variées, un peu en référence à leur nom Mohs qui évoque l’échelle de dureté des minéraux, du talc au diamant, de la douceur à la fermeté. Nappes de guitare, arpèges, trompette Milesienne époque expérimentale avec effets, basse ronflante, batterie nerveuse ou passages planants, il faut lâcher prise et se laisser porter. Pas facile après la soirée d’hier de plonger dans cet univers parfois déconcertant. C’est « Sur la dune » extrait de leur dernier album « Baïne » sorti en 2025 qui va me faire décoller personnellement, une longue suite pleine d’une énergie contenue évoquant parfois la transe. Le groupe y donne toute sa mesure avec une trompette libérée et une guitare inspirée et une rythmique solide. Le rappel est joyeux avec un groove sautillant me rappelant le « Lopsy Lu » de Stanley Clarke du milieu des 70’s.

Les avis divergent à la sortie, et oui le jazz évolue comme il l’a toujours fait, les modernes d’une époque sont devenus les anciens de maintenant et ce sera toujours ainsi, les générations se succédant ; de tels groupes peuvent contribuer à touver un nouveau public si cette musique leur arrive aux oreilles…

Marion Rampal « Song for Abbey »

Marion Rampal (Chant) / Mathis Pascaud (Guitare) / Simon Tailleu (Contrebasse) / Raphaël Chassin (Batterie) / Mark Priore (Piano)

C’est un privilège de voir programmée Marion Rampal dans ce festival. Elle a obtenu le titre de meilleur album de l’année aux Victoires du Jazz 2026 avec « Song for Abbey » son hommage à Abbey Lincoln et nommée pour le prix de meilleur artiste jazz par l’Académie du Jazz. Elle est là entourée d’une vraie pléiade de musiciens nous laissant augurer un très beau concert;

Elle a travaillé ce projet avec Mathis Pascaud remarquable guitariste et arrangeur avec qui elle collaboe depuis un bon moment. Pari osé que de s’attaquer à une icone comme Abbey Lincoln qui, au même titre que Nina Simone, a mené une grande carrière malgré son statut de femme noire engagée contre le racisme et pour les droits civiques dans les années soixante. L’atout de Marion Rampal est d’avoir une voix bien différente de celle d’Abbey Lincoln évitant ainsi l’écueil de l’imitation et les comparaisons qui ne sont pas raison. Elle a une voix qui fait penser à des chanteuses de folk parfois, une voix lumineuse et caressantes par moment, claire et juste. Quel plaisir d’entendre sa version de « The Music is the Magic » dans une version sublimée par les musiciens qui partirons tous les quatre un instrumental à la liberté d’improvisation redoutable. Marion revient pour des vocalises de blues avant de livrer son interprétation de « And it’s supposed to be love » aux arrangements subtils. Raphaël Chassin nous régale par son jeu mêlant batterie et percussions, tambours et tambourin, un maraca dans la chaussure l’autre en guise de baguette ; quelle créativité ! Au piano l’excellent Mark Priore pas annoncé sur le programme mais bien là à notre grande joie. Rien moins que Simon Tailleu une des références de la contrebasse pour marquer un joli tempo. Et Mathis Pascaud pour un travail d’orfèvre à la guitare avec quelques petits effets.

Marion en plus de son chant a aussi une belle présence sur scène et sait partager avec le public qu’elle réussi à faire siffler comme les oiseaux pour annoncer « Cage Bird » ; elle arrivera aussi à nous faire chanter ou fredonner. Un hommage à Miles Davis avec « Bird Alone » – toujours d’AL – pour terminer un set d’une très grande qualité. Oui vraiment c’était un privilège que d’être là ce soir.

Jam aux écuries de Baroja

C’est la tradition ici, après les concerts au théâtre Quintaou les courageux se déplacent around midnight à un kilomètre dans les magnifiques écuries de Baroja pour la jam. Un trio nous accueille, Jean-Michel Thinot (piano), Laurent Chavoit (basse), Marius Metz (batterie) au son de standards, pour très vite ouvrir le boeuf à d’autres musiciens. On regrettera cette année de pas voir des musiciens des concerts du soir mais on se consolera avec Thomas Gaucher (g) qui a joué lui la veille, avec Sébastien Razafindragolo (g) et Maxime Chevalier (tb) du groupe Trek (Prix du jury Action jazz 2026) qui jouera le lendemain, Jean-Luc Fabre (cb) et d’autres. La jam s’est terminée vers 2 h du matin.

La nuit sera courte, les concerts reprennent à 13h30, enfin dans le parc de Baroja après trois années où la pluie avait fait se replier « Jazz sur l’Herbe » au théâtre Quintaou.