Anglet Jazz Festival 2026 #1/4

 

Par Philippe Desmond, photos Vincent Lajus

https://angletjazzfestival.com/

Nous voilà de retour à ce rendez-vous habituel qui fait basculer de l’été vers l’automne, au superbe théâtre Quintaou d’Anglet pour ce festival organisé par l’association Clef de Jazz. Comme toujours la programmation est riche et ambitieuse mêlant les esthétiques et aussi les découvertes et les confirmations.

Le festival a commencé le 3 septembre par un ciné-concert à l’Atalante, la salle d’art et d’essai de Bayonne, puis un rendez-vous à Aberdeen Records de Biarritz avec un showcase intimiste de Jowee Omicil (!) , un mini-concert pour les enfants du centre de loisirs Baroja de Trek, lauréat du dernier tremplin Action Jazz ; on reparlera d’eux.

Jeudi 17 septembre 2026 au théâtre Quintaou

Pierre de Bethmann quartet

Pierre de Bethmann (Piano, Compositions) / David El Malek (Saxophone ténor) / Thomas Bramerie (Contrebasse) / Pierre-Eden Guilbaud (Batterie)

C’est un habitué du festival qui lance cette  19ème édition (une fête pour la vingtième l’année prochaine ?) et on s’en réjouit tant cet artiste est talentueux et attachant. Il est cette fois en quartet autour notamment de son projet « Agapé » mot signifiant l’amour inconditionnel, désintéressé et universel. Le titre « patio » évoquant ce lieu chez lui, ressourçant et reposant, nous donne immédiatement le niveau du concert, très haut ! Pierre de Bethmann lance progressivement la fusée propulsée par la fougue et le flow de David El Malek qui place le quartet sur orbite, l’apesanteur atteinte les notes de piano s’y épanchent dans une tranquillité vite secouée par un développement vivifiant . mêlant blues et be-bop au clavier. Rythmiquement on retrouve la classe de Thomas Bramerie et on découvre le jeune batteur Pierre-Eden Guilbaud époustouflant pour son troisième concert seulement avec le groupe. Voilà le virevoltant « Agapé » puis « Chorale » à l’intro orageuse puis au swing frétillant virant vers une idée de procession, intense, martiale. Quel beau quartet, très serein dans la ballade « Valse hésitation ». Harmonies complexes mais écoute accessible, musique très écrite mais ouverte aux impros ce dont Pierre alternant énergie et légèreté et un David très volubile ne se privent pas. Plaisir aussi des interventions très bonhommes au micro du leader avec cette touche délégance qui le caractérise.

Le festival est très bien lancé !

Archibald Ligonnière quintet

Archibald Ligonnière (Batterie, compositions) / Stéphane Guillaume (Saxophone soprano et ténor) / Jean-Yves Jung (Piano) / Tom Ibarra (Guitare) / Gildas Boclé (Contrebasse)

A la suite de la sortie de « Home » le premier album en leader très réussi du batteur compositeur ( Chronique de « Home » ) Marc Tambourindéguy, le créateur et directeur musical du festival, a eu envie de faire venir son quintet. Archibald Ligonnière est d’ailleurs encore étonné de passer après Pierre de Bethmann dont il n’a pas encore la notoriété ! Pour Action Jazz c’est aussi une satisfaction que de retrouver Tom Ibarra dont nous avions contibué au lancement il y a onze ans et qui revient sérieusement à la musique après une interruption pour devenir pilote de ligne ! Il n’a pas du tout perdu la main et il mêle ainsi dorénavant les deux métiers, pilote et musicien, comme par exemple son collègue Benjamin Petit, pilote et saxophoniste. Un saxophoniste, il y en a un sur scène et pas des moindres, le grand, par la taille et le talent, Stéphane Guillaume ; il va nous régaler bien sûr. Deux autres solides musiciens complètent le quintet, Gildas Boclé qui a joué avec tout le (grand) monde et Jean-Yves Jung aux références pas moins prestigieuses. Qu’un jeune musicien comme Archibald réussise à ainsi s’entourer est un gage de confiance et de qualité. La musique autour de mélodie est riche harmonieuse, avec ce côté fusion donné par le rythme et la guitare électrique, mêlé à une couleur jazz moderne et lumineuse grâce aux saxophones. Question drumming on est encore une fois épaté par ce jeu puissant plein de groove, de pulsation, aux cymbales vivantes qui sait aussi se faire plus léger quand il le faut. Un hommage en passant à Jerry Léonide, un beau duel batterie guitare, un solo ou deux de batterie bien sûr, les chorus inspirés de sax, les envolées de piano… un concert complet.

Malheureusement on ne peut pas ne pas évoquer la sonorisation plus que délicate du concert qui n’a jamais réussi à trouver un équilibre, troublant l’harmonie de l’ensemble ; ce n’était pas la musique qui était en cause mais son rendu. Dommage. Allez donc écouter l’album dont la production est parfaite.