Youngblood Brass Band

par Philippe Desmond, photos David Bert

Le Rocher de Palmer, mardi 13 octobre 2026

David H. Skogen (+ Voix), Tom Reschke et Conor Elmes : percussions / Miles Lyons : sousaphone / Charley Wagner et Adam Meckler : trompette / Zach Lucas : sax / Nat McIntosh, Ju9cey Nola et Joseph Goltz : trombone

Youngblood Brass Band est l’archétype des fanfares modernes de New Orleans ; ils sont pourtant d’un état du nord des USA, le Wisconsin, Madison. Créé en 1998 le groupe (ils sont dix ce soir) propose avec une énergie folle un répertoire mêlant, funk, jazz New Orleans, Hip-Hop, punk qu’on résume souvent du terme Riot Jazz (riot : émeute, trouble, soulèvement) . Des cuivres et des percussions (batterie + grosse caisse + caisse claire) qui cartonnent dès les premiers instants du concert dans un salle 1200 du Rocher de Palmer bondée et multigénérationnelle, c’est à souligner. Dans la rythmique, en plus des percussions très musclées, domine le sousaphone raccordé certainement à un octaver vu les infra-basses qui nous traversent le corps ; beau gabarit de son souffleur qui en tire ce qu’il veut alors que le mur de cuivres s’engage à fond dans des unissons diaboliques de puissance ; ça bastonne, à vos bouchons !

Quand arrive un tradi de New Orleans commencé comme un funeral puis délivrant son swing avec une certaine bonhomie de groupe de second line, on en est presque surpris. Mais on sait que ce brass band revendique l’histoire, la tradition, le morceau suvant du hip-hop scandé par David H. Skogen nous ramenant au présent de cette ville cosmopolite où la musique ne cesse d’évoluer.

Public sollicité pour danser, crier, chanter, la 1200 est chaude. Le groove est monumental. Comment un solo de tambourin arrive-t-il à se glisser dans ce magma joyeux de notes en fusion, mystère !

Une émeute sympathique et très festive ce soir au Rocher où le feu était dans les jambes et les têtes, où le youngblood a coulé mais seulement dans la musique. Chaud devant !
https://www.youngbloodbrassband.com/

Première partie : Lagos Thugs

Avant de se faire secouer par le Yougblood Brass Band, c’est l’Afro Beat qui a résonné dans la 1200. Venus du Nigéria avec leurs tenues chatoyantes, les Lagos Thugs, les « Voyous de Lagos », se veulent les héritiers du Président, Fela Anikulapo Kuti, musicien, chef d’orchestre, homme politique, fondateur de la République de Kalakuta (sa maison et sa clinique, accueillant sa famille, ses musiciens et malades). Disons-le tout de suite ils ont encore du chemin à faire avant d’arriver à provoquer dans le public cette sorte de transe que faisait monter Fela avec ce rythme Afro Beat inventé par le batteur Tony Allen à partir du Highlife, un premier métissage entre rythmes européens, de calypso et ghanéens. Certes tous les éléments du genre sont présents, on retrouve cette pulsion rythmique de la batterie mais en un tempo intermédiaire, on retrouve le chant scandé et les choeurs en réponse, les cocottes de guitare, la basse vrombissante, les riffs de sax et de trompette agressifs mais il existe une certaine retenue, il manque la folie. Les conditions du concert, en première partie, donc en temps très limité, ont bien sûr dû peser dans cet engagement en demi-teinte. Assez sages ces voyous finalement. A revoir en festival l’été par exemple, avec un lâcher prise des musiciens et du public.