Une histoire de Django
Du swing, encore du swing, toujours du swing, Django toujours parmi nous !
Texte et photos François Laroulandie
Soirée sortie de résidence au Cuvier de Feydeau, Artigues-près-Bordeaux, le 19 décembre 2025.

Geoffroy Boizard, guitare / David Abeijon, violon / Robin Dietrich, guitare / Jérémy Teulade, contrebasse / Jérôme Martin, mise en scène.
La soirée à laquelle nous sommes conviés ce soir n’est pas un récital des meilleurs titres du génial musicien : c’est un spectacle total. Et ceux-là mêmes qui l’ont imaginé, construit, mis en scène, qui le jouent en parlent le mieux : « Si le swing avait une mémoire, Django en serait la voix. Lui, poète des cordes, conteur des bals et des nuits, arpenteur des chemins de traverse. Django le manouche, Django le moderne, Django l’inspiré. Ce spectacle retrace son parcours à travers les musiques qui l’ont marqué, ses compositions, les rencontres qui l’ont forgé, et les résonances qu’il laisse encore dans nos cœurs. Une mise en scène portée par les guitares, le violon, la contrebasse, les récits captivants qui évoquent les aventures rocambolesques de Django, maître du Jazz Manouche ».
Une histoire de Django c’est une fresque colorée et festive, un récit captivant où s’entremêlent le tragique et l’espoir, les années folles et les années noires, où la musique et la vie du génial guitariste sont liés. La magnifique mise en scène élaborée durant cette semaine en résidence au Cuvier par Jérôme Martin (lequel est aussi à l’affiche du Théâtre des Beaux-arts de Bordeaux en cette fin d’année avec le spectacle Cinq têtes de jazz) nous transporte dans les cabarets parisiens des années trente et quarante, du temps des valses musette de la Belle Epoque à l’irruption du jazz, du swing au be bop, façonne l’évocation poétique dun demi siècle où le génie dun guitariste manouche trop tôt disparu a laissé un héritage toujours vif.
Les quatre musiciens alias Les Zigs de Bellevue, Geoffroy Boizard et Robin Dietrich aux guitares, soliste et rythmique, David Abeijon au violon (et aussi au chant, époustouflant de lyrisme) et Jérémy Teulade à la contrebasse réussissent un subtil jeu d’équilibriste entre les narrations, jamais envahissantes, toujours pertinentes même pour les connaisseurs de la vie de Django, des récits imagés, enveloppés d’ambiances scéniques qui laissent la part belle à la musique, aux interprétations de standards de l’époque et les titres du guitariste manouche auxquels le quartet apporte sa touche personnelle de jeu et d’improvisations. Une heure vingt de spectacle qui nous happe, nous emporte, nous émeut, nous surprend parfois, d’où l’on sort avec la conviction d’avoir vécu, ensemble, un beau moment de légèreté.
L’entrée en scène du quartet en procession donne le ton avec deux standards de valse musette de la Belle Epoque, ‟Fascinationˮ et ‟Les beaux dimanches de printempsˮ, joués en musiciens de rue face au public, banjo guitare contrebasse, chantés par David Abeijon dont nous découvrons le formidable talent d’interprétation. Si la première impression est quelquefois déterminante, cette entrée en matière du quartet pour nous transporter dans la bande sonore de la Belle Epoque est parfaitement réussie, la proximité avec le public immédiate avec le titre emblématique ‟Les yeux noirsˮ que l’on fredonne ensemble.
La vie de Django est le fil rouge, rouge sang de l’incendie dans lequel la perte de l’usage de deux doigts de la main gauche qui aurait signé la fin prématurée de sa carrière en devient au contraire l’élément déterminant, troquant le banjo pour une guitare apportée par son frère Joseph. Chaque musicien contribue à la narration, enchaînée sur un répertoire musical qui nous plonge dans le swing, l’époque faste du Hot Club de France avec un Stéphane Grappelli incarné par David Abeijon, jusqu’à la révolution be bop, en passant par la traversée vers le Nouveau Monde, ambiance brume bleutée, la rencontre avec le Duke (clin d’œil au milieu d’un morceau où l’on aura reconnu l’incontournable ‟Caravanˮ) et la décevante tournée en Amérique. Ceci replacé dans le contexte social et politique de cette première moitié du XX° siècle, l’Occupation et les subterfuges pour continuer malgré tout à jouer, la Libération et La Marseillaise interdite, la grande Histoire et les parcours de vie intimement liés.
Tout cela à rythme soutenu, et la rythmique, implacable, n’est jamais en défaut entre la contrebasse de Jérémie Teulade et la guitare de Robin Dietrich. Quant à Geoffroy Boizard que nous avions connu au sein des Claribol Stompers, il s’approprie avec bonheur la musique de Django, dextérité, inventivité parfaitement partagés avec le violon dynamique et envoûtant de David Abeijon jamais à court d’idées en improvisation. Un répertoire bien orchestré, festif, avec ses belles surprises comme l’avant-gardiste ‟Rythme Futurˮ composé en 1940, le trépidant ‟Bei mir bist du sheinˮ, aussi une composition de Geoffroy Boizard, ‟Peer Frogˮ aux rythmes acadiens venus l’Irlande, le classique ‟Ol’ man Riverˮ et en épilogue un ‟Minor Swingˮ qui invite les danseurs. Et pour terminer en rappel l’entraînant ‟Joseph Josephˮ. Du swing, encore du swing, toujours du swing…
Un spectacle mené avec passion et brio, de la bonne musique, du rythme, des surprises, pour tous publics, les amoureux de Django et les autres. Prochain rendez-vous à ne pas manquer dans la région : le 14 février à Targon dans l’Entre-deux-mers avec Jazz en Balade : www.swing-monsegur.com
Set list : Fascination (Dante Pilade Marcheti) ; Les beaux dimanches de printemps (Jean Laurent, Gaston Gabaroche) ; Les yeux noirs (traditionnel) ; Adios muchachos (Carlos Gardel, Julio Cesar Sanders) ; I got rythm (George Gershwin) ; Tears (Django Reinhardt) ; Chicago (Fred Fisher) ; Rythme futur (Django Reinhardt) ; Bei mir bist du shein (Jacobs Jacobs) ; Tiger rag (Original Dixieland Jass Band) ; Artillerie lourde (Django Reinhardt) ; Danse hassidique (Vladimir Cosma) ; La Marseillaise (Claude Joseph Rouget de Lisle) ; Peer frog (Geoffroy Boizard) ; Ol’ Man river ( Jérôme Kern) ; Anouman ; Minor swing (Django Reinhardt) ; Joseph Joseph (Shlomo Samuel Steinberg, Nellie Casman, Sammy Cahn, et Saul Chaplin).







