Vincent THEKAL – « Straight Ahead »

5 étoiles

Chronique de Martine Omiécinski le 27 Mai 2026

Vincent Thekal : Saxophone Ténor

Rémy Labbé : Trompette

Casimir Liberski : Piano

Sal La Rocca : Contrebasse

Armando Luongo : Batterie

Vincent Thekal est un saxophoniste lorrain d’abord classique puis jazz installé à Bruxelles. Il confiait il y a quelques temps lors d’un interview que le premier saxophoniste qui l’a captivé en jazz à 12/13 ans a été Sonny Rollins ! A quelques heures du décès de ce « colosse » du saxophone, évidemment cela a de l’écho ! (Vincent citait ensuite Dexter Gordon et John Coltrane). Sa palette de choix artistiques est très diversifiée puisqu’il a joué aussi bien avec « Urban Sax » (groupe à géométrie variable aux expérimentations sonores depuis les années 1970) que dans un opéra inspiré d’un livre de James Ellroy (Big Nowhere).

Ses 3 précédents albums présentaient : des compositions pour les deux premiers puis un hommage à Thelonious Monk sur le troisième.

Pour ce nouveau projet en tant que leader, il propose la « ré-interprétation » de standards de 3 trompettistes : Donald Byrd, Lee Morgan et Kenny Dorham. Son quintet (comme au meilleur du hard bop) est composé de musiciens nés et ou vivants actuellement en Belgique : le trompettiste Rémy Labbé diplômé de Berklee, ayant passé plusieurs années à New-York tout comme son compatriote pianiste Casimir Liberski, le contrebassiste belge Sal La Rocca à l’expérience plus longue (a joué avec Lee Konitz, Eric Legnini ou Toots Thillemans) et le batteur italien installé en Belgique Armando Luongo également passé par New-York et l’enseignement de Jeff Ballard ( Bien connu d’Action jazz puisqu’il a été le parrain d’un millésime du Tremplin Action Jazz. Par ailleurs la chronique du disque « New Lands » d’Armando Luongo en tant que leader est à retrouver sur lagazettebleue.fr du 29/01/24).

La proposition de Vincent Thekal et de ce groupe respire la joie de vivre, le brio du jeu collectif et individuel, c’est une « re-visite » très réussie !

Mes morceaux préférés :

« Tanya » de Donald Byrd : Ce morceau, familier à nos oreilles, a été enregistré la première fois en 1965 par Dexter Gordon. La trompette vibrante de Rémy Labbé et le saxophone très libre et parfois taquin de Vincent Thekal alternent sur les ancrages parfaits de la rythmique de Sal et Armando. Un délicieux solo de piano de Casimir Liberski illumine le morceau.

« Short Story » de Kenny Dorham, ce trompettiste américain qui a fait partie des Jazz Messengers de 1953 à 1956. « Short Story » est de 1963. Ce morceau, très rapide, sur-vitaminé et maîtrisé en même temps par le groupe (à cette vitesse, on se demande comment cette précision de jeu ensemble est possible !!!) propose un saxophone vraiment explosif, une trompette torride, une contrebasse solide et très créative, un trio de base remarquablement en place : de la haute voltige !

« Gary’s Notebook » de Lee Morgan (qui a joué avec Coltrane et les Jazz Messengers)

Nous retrouvons rythme et rapidité, un saxo ébouriffant et magnétique, une trompette conquérante que Lee Morgan lui-même aurait adoubé, Armando Luongo « explose » lui aussi à la batterie!

« Straight Ahead » : de Kenny Dorham (1963) : les 2 soufflants entament en parfaite osmose sur quelques notes jetées en leitmotiv puis le trio de base très fertile (et même voltigeur pour le piano) propose une chevauchée fantastique. Vincent, marathonien et inventif à souhait avec son ténor prend la suite, un solo de batterie emporte le tout puis les soufflants reviennent sur leurs riffs itérés vers le final. On comprend pourquoi ce morceau a été aussi choisi comme titre de l’album !

Signalons sur « KD’s Motion » de Kenny Dhoram, outre les soufflants toujours au taquet le brillant morceau de contrebasse de Sal La Roca.

Rajoutons que cet album, en dehors de ces morceaux très rythmés propose deux jolies ballades : « Yama » de Lee Mogan et « La Mesha » de Kenny Dorham où les 5 comparses font pareillement preuve de brio dans la tendresse et le romantisme (notamment Casimir ultra sensitif au piano) !

Bref un album que l’on a envie d’écouter en boucle pour la belle énergie qui se dégage, l’évocation de l’œuvre des ainés tout en réinventant la façon de jouer, merci à Vincent Thekal et à ce quintet pétillant !

Label : Boppin’ Monk Records – Sortie le 26 Février 2026