Stacey Kent au Rocher de Palmer

Par Vince, photos François Laroulandie

Le Rocher de Palmer, samedi 11 avril 2026

Après Nantes et Boulogne Billancourt, Stacey Kent revient au Rocher de Palmer pour clôturer les dates françaises de sa tournée européenne. La fois dernière, en mai 2022, nous sortions de deux années troublées par la pandémie, pendant lesquelles elle avait travaillé sur un format différent plus intimiste… confinement oblige !

De nouveau accompagnée par son époux Jim Tomlinson (saxophone baryton, fûtes, percussions) et Art Hirahara (piano, piano électrique), la très francophile chanteuse américaine apporte à la salle du Rocher 650, les succès de son répertoire et quelques nouveautés.

Depuis quatre décennies, sa silhouette fine, aussi fluide que sa voix vient poser une ambiance suave et paisible sur toutes les scènes du monde.

Sa musique est à son image, élégante, discrète, sobre et profondément riche à la fois.

Auréolée de plusieurs disques d’or, décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres, Stacey Kent est passionnée de littérature (et diplômée aussi) ; depuis quelques années le Prix Nobel de Littérature Kazuo Ishiguro écrit des textes de chansons pour elle.

Son dernier album, « »A Time For Love », est celui de ses 60 ans ; c’est donc un projet mûr, une sorte de synthèse, un album de chansons d’amour lumineux et intime qui met en valeur sa complicité personnelle et musicale avec Jim Tomlinson.

Sa voix veloutée, sa douceur, son humour, sa connaissance impeccable du français et de la culture hexagonale font de la native du New Jersey une chanteuse à part dans le cœur du public, et la salle pleine, ce soir d’avril, est la preuve de cet amour réciproque.

Ses choix musicaux sont évidemment à l’origine de ce succès ; standards du Great American Songbook, classiques de la bossa nova, reprises des tubes internationaux et des grands textes de la chanson française. « La Javanaise » de Serge Gainsbourg, est présente sur son nouvel album.

 

Ce soir à Cenon, Stacey nous enchante encore avec ses versions personnelles de « Black Bird » (The Beatles), « Ne me quitte pas » (Jacques Brel), « Les eaux de mars » (Georges Moustaki/Tom Jobim), « La Rua Madureira » (Nino Ferrer), autant de classiques gravés sur ces 12 précédents albums et qui font partie de ses incontournables en concert.

De son dernier opus, elle interprète « God Only Knows », petit bijou composé par Brian Wilson qui a fait dire à Paul McCartney qu’il s’agissait de la plus belle chanson d’amour jamais écrite ! N’oubliant jamais son autre passion, la bossa, elle chante « Carinhoso », l’une des œuvres les plus importantes de la musique populaire brésilienne (Pixinguinha), qui ici fait rayonner le trio chant-piano-saxophone, mieux encore que la version studio.

Plus qu’un concert, c’est une conversation avec ses musiciens et avec le public. Parfaitement à l’aise dans la langue de Molière, elle se joue des subtilités du vocabulaire et installe un totale complicité avec la salle, racontant ses joies, ses peines, la mélancolie du temps qui passe, des anecdotes amusantes, son amitié avec Kazuo Ishiguro… deux chansons de ce dernier extraites de « The Summer We Crossed Europe in the Rain » sont interprétées ce soir. L’équilibre entre le texte de l’auteur japonais et la musique de Stacey Kent est remarquablement troublant. Comment deux cultures aussi singulières peuvent aussi bien cohabiter ? Comment la bossa nova peut être aussi bien ressentie par ce trio américain (Art Hirahara est californien contrairement aux apparences !). Mystère de l’universel langage qu’est la musique.

L’approche du jeu de Art Hirahara et Jim Tomlinson est exceptionnelle de sobriété et de précision. La longue complicité musicale avec Stacey ne fait aucun doute. Technique, fluide, à la fois léger et expressif, dans l’accompagnement, lors des chorus ou des développements mélodiques, leur propos sert à merveille le phrasé de Stacey. Passant du piano au Rhodes, du baryton au soprano ou à la flûte, les nuances changent, mais rien n’est poussé, rien n’est surjoué, tant dans l’émotion que dans l’espièglerie.

C’est « As » de Stevie Wonder qui clôture le concert, l’occasion de faire participer le public jusque-là sagement suspendu aux mélodies. On se lâche sur ce dernier morceau avant une standing ovation.

A bientôt à Cenon donc, Madame Kent ?