Sandrego’s sextet – Hommage à Ella Fitzgerald

par Philippe Desmond

Au 18 Bourbon Street, Bordeaux, samedi 11 avril 2026

Sandrine Régot : chant / Valentin Foulon : sax ténor, arrangements / Pascal Drapeau : trompette / Nolwenn Leizour : contrebasse / Maxence Leroy : clavier / Joris Seguin : batterie / Marie-Gabrielle Marty : narration et claquettes / Gaëtan Larrue : son.

Nous voilà de retrour dans un lieu familier mais qui à l’automne dernier a changé de gestionnaire et de nom. Le 18 Bourbon Street dont l’adresse est contenue dans le nom, succède ainsi au Thelonious qui lui-même avait succédé au Satin Doll ouvert après la fermeture du Thelonious originel. Une longue suite d’enseignes où le jazz a vécu voire survécu… Le lieu est aménagé différemment, ce n’est plus un restaurant mais un club où on peut boire bien sûr et grignoter quelques tapas ou picorer sur quelques planches. On y est moins serré qu’avant et le fait qu’il n’y ait plus de vraie restauration est meilleur pour l’écoute. Les concerts alternent avec les soirées de cabaret et les stand-up. https://www.18bourbonstreet.com/

La soirée de ce samedi porte le nom ambitieux d’Hommage à Ella Fitzgerald (1917-1996). ce projet ambitieux et disons le osé, a été bâti par la chanteuse Sandrine Régot qui voue à la First Lady of Jazz une grande passion. « S’attaquer » à Ella n’est pas une mince affaire, c’est un sacré défi et disons-le tout de suite Sandrine Régot l’a réussi.

Ella est inimitable alors elle n’a pas chercher à l’imiter, elle y a apporté sa sensibilité, son feeling, portés par une excellente technique vocale et une bonne présence scénique.

Ella était toujours entourée d’orchestres magnifique, il fallait donc que le sien soit à la hauteur ; il l’est. La présence ce soir de deux « remplaçants » ne l’a en rien diminué. Le premier, Pascal Drapeau qui remplace Franck Voegler, est un trompettiste majeur et si ce soir il n’avait pas en main comme souvent les arrangements (ils sont de Franck justement et Valentin) il a bien sûr parfaitement assuré l’intérim. Le second nous l’avons découvert, un jeune pianiste de 20 ans venu presque au pied levé de Paris où Gaëtan Larrue (au son ce soir) l’a dégoté au Baiser Salé, s’appelle Maxence Leroy et on devrait entendre très vite parler de lui ; tout discret, presque timide,  il est redoutable sur son clavier. L’excellent pianiste habituel François-Xavier de Turenne est prévenu !

Après une entrée mise en scène soutenue par une voix off magistrale et des extraits de Nature Boy et Blues March, Ella-Sand a ataqué à tempo élevé avec « It dont mean a thing… » de Duke ; Le scat d’Ella et ses « doo wap, doo wap »  sont déjà là. « It’s a Lovely Day Today » en effet pour le public notamment, précocément sollicité pour des questions-réponses  introduisant une version de « So Danço Samba » où les riffs de cuivres tonifient les « Vaï vaï vaï vaï vaï » légendaires ; bonne idée.

Marie-Gabrielle Marty assure les transitions avec quelques éléments biographiques qui ne cassent pas le rythme du concert.

Moment de grande tendresse avec « My Funny Valentine » en duo voix trompette chanté avec délicatesse et précision par Sandrine, Pascal restant sur le fil du rasoir des notes aigues sans aucune anicroche ; très jolie version.Broadway encore avec « How high the Moon » puis « Dat Dere » en version instrumentale avec sa mélodie si reconnaissable pour nous conduire vers la pause.

Ce premier set nous a donné plus qu’un aperçu de la qualité du projet, voilà le second avec une surprise. Marie-Gabrielle ne fait pas que narrer mais elle fait des claquettes avec talent comme sur « Cheek to Cheek » ; une bonne idée pour enrichir ce concert. « My man » où la qualité de voix et la gestuelle de Sandrine s’expriment. Pour s’attaquer au tempo effréné de « Clap Hands, Here Comes Charlie » il faut vraiment être en confiance ; même pas peur Sandrine ! Quelle énergie, du scat, du yodel même et un orchestre impecable ! Une ballade pour calmer la salle, « The Nearness of You », un court extrait de « West Side Story », « Satin Doll » et pour finir le swinguant « Flying Home » qui nous invite ainsi à rentrer chez nous. Allez encore une autre les amis bien sûr. Ce sera un bouquet final, un vrai show pour « Air Mail Special » du scat en veux-tu en voilà comme savait si bien le faire Ella et comme le fait très bien Sandrine, de la fantaisie, des arrangements et des rendez-vous au rasoir.

Allez, je vais faire mon ronchon, je n’ai pas eu le « Mack the Knife » que j’attendais ; mais finalement à la fin du concert je n’y pensais même plus ! Le menu était très complet.

Que ce projet puisse vivre, il le mérite.