Par François Laroulandie

Mama Cocha, de Milos Asian est sorti en novembre 2025, invitation au cœur de l’Océan, un voyage mystique et sensoriel, poétique et engagé :

« Depuis longtemps, les océans m’inspirent par leur immensité, leur beauté silencieuse et leurs mystères. Mais derrière cette fascination se cache aussi une inquiétude : celle de voir ce monde fragile s’éteindre peu à peu sous nos yeux ».

La musique, ou plutôt les musiques de l’auteur compositeur interprète Milos Asian sont échanges, mouvements, elle sont ce qui relie, se plie aux contours du temps et des rencontres, l’improvisation étant le moteur du désir. Artiste franco-péruvien installé à Bordeaux dans son Kitchen Studio, il participe à de nombreux projets. Mama Cocha, en langue quechua Mama Qucha déesse inca protectrice des océans et de ses habitants, est né de la collaboration avec Oriana Villalon, illustratrice à l’origine du court métrage d’animation Très très profond sous les mers, fruit de sa rencontre avec l’océanographe Michel Segonzac. Leur collaboration a donné lieu à une release party au cinéma Utopia le 10 février dernier.

Inutile de savoir si ce disque relève du jazz ou d’autre catégorie aux contours mouvants ; c’est une ode poétique aux étranges créatures des profondeurs marines, refuge des imaginaires, un hommage à la beauté comme un message : l’humain se doit de prendre soin de son environnement, conscient que sa survie y est intimement liée.

Cet objet indéfinissable est justement un pas de côté, une volonté de sensibiliser aux questions écologiques qui passe d’abord par l’aspect matériel. Milos Asian met entre nos mains un cd confectionné à partir de quatre-vingt-dix pour cent de polycarbonate recyclé en Allemagne par Sonopress, matières plastiques récupérées dans les océans grâce à l’action de Ocean CleanUp, et présenté dans un boîtier de dvd réutilisé (Regeneration Medoc). Notre surprise face à ce grand boîtier de plastique que l’on pensait appartenir au passé appelle une réflexion plus générale sur l’obsolescence et l’attrait délétère pour la nouveauté.

Minimaliste définit l’objet, un cd avec la superbe illustration de Oriana Villalon, mais la musique ? Une guitare électrique, quelques claviers, une voix, parfois une batterie, des sons étranges, une atmosphère. Certains parlent de « voyage afro-jazz, post-rock et ambient ». Des mots surgissent pêle-mêle, apesanteur, abysses, hypnotique, ralenti, pulsation, écho, mystère, transe, et une enveloppante sérénité.

Huit titres totalisant une vingtaine de minutes, dont certains arrangements nous replongent dans la grande époque des Klaus Schulze, des premiers Tangerine Dream, voire même de Radioactivity de Kraftwerk dans le troisième titre ‟Samakˮ, morceau hypnotique électronique en boucle obsédante jusqu’à la transe sur la pulsation scandée de percussions.  L’on y trouvera de profondes respirations, des échos des profondeurs, sons d’ailleurs, modulations liquides, tout un monde de sons invitant à changer de planète, bleu outremer.

Guitare en épure et nappes synthétiques dessinent un univers de textures aquatiques (‟Somnus Microcephalusˮ), habité de l’étrangeté de chants des créatures imaginées (‟Arakairiˮ). Chant des baleines ensorcelant Ulysse, ‟Swimaˮ déjà paru en EP, est une plongée en apnée de trois minutes qui prend toute sa dimension accompagnée de la vidéo créée par Oriana (que l’on peut voir sur bandcamp) aux couleurs chatoyantes des créatures  protéiformes des profondeurs, un univers à la fois onirique et parfaitement réaliste.

Milos Asian signe avec cet opus un voyage quasi mystique, attirant notre attention sur la fragilité de la beauté du monde. A voir et écouter sur https://milosasian.bandcamp.com/album/mama-cocha

Titres : Doggerland ; Grindradráp ; Samak ; Somnus Microcephalus ; Arakairi ; Swima ; Atolla blues ; Mariana.