
Par François Laroulandie
Un trait d’union entre l’Afrique et Cuba : África sí, le troisième album de Mansfarroll est sorti le 10 avril 2026 chez M. Percuson / Inouïe Distribution, présenté au Studio de l’Ermitage le 17 avril.
Passé par l’Ecole Nationale d’Art et l’Institut Supérieur des Arts de La Havane, le percussionniste Abraham Mansfarroll Rodriguez (Manfa pour les intimes) est installé à Paris depuis une vingtaine d’années, côtoyant des artistes de renommée internationale, Chucho Valdès, Ibrahim Maalouf, Patrice Caratini, Julien Loureau pour n’en citer que quelques-uns. A l’origine du Mansfarroll & Campana Project depuis 2014, l’exploration des liens étroits entre son île natale, Cuba, et l’Afrique sont au cœur de sa démarche artistique. Après Utop!a guantanamera en 2017 et un hommage au plus cubain des be boppers, Dizzy el afrocubano en 2021, África sí est sur les platines.
Les langues, les religions, les rythmes et les sons apportés dans les îles à sucre par les esclaves africains ont fortement imprégné les cultures, hispanique, française, créole. C’est de cette histoire du jazz faite d’allers et retours au gré des traversées de l’Atlantique, dont nous parle Mansfarroll, passeur de cultures dans cet album envoûtant où voix et percussions mènent la danse, où les sonorités aériennes de la kora de Ballaké Sissoko rencontrent le són cubano, où rumbas, tumba francesa, rythmes afro-cubains ou afro beat sont les échos d’une exploration sensible au cœur du jazz.
Musique métisse par excellence, elle est à l’image de la palette d’invités ayant contribué à l’élaboration des différents titres : pas moins de dix-huit musiciens venus d’horizons divers, dont certains (Yaroldi Abreu, Irving Acao, Julien Chirol, Felipe Cabrera, Aude Publes, Monika Kasabele) sont des complices de longue date, mettant en scène la rencontre des kora, djembé, flûte pygmée, trompette, saxophones, trombone, piano, contrebasse, guitares, violons, alto, violoncelle, voix, des sonorités qui parlent la langue universelle d’une musique portée par les rythmes.
Abraham Mansfarroll Rodriguez, compositions, arrangements, percussions, chœurs / Yaroldy Abreu Robles, percussions, chœurs / Ballaké Sissoko, kora / Pierre Marcault, djembé, bougarabou / Patrick Bebey, flûte pygmée, kalimba / Jorge Vistel Serrano, trompette / Irving Acao Sierra, saxophone ténor, soprano, flûte / Julien Chirol, trombone / Aude Publes Garcia, chant, chœurs / Monika Kabasele, chant, chœurs / José Ramón Cabrera Montes de Oca, piano-fender Rhodes / Felipe Cabrera Cardenas, contrebasse / Gino Chantoiseau, guitare basse / Abdoulaye Kouyaté, guitare électrique / Daniel Garlitsky, violon : Jérémie Visseaux, violon / Nina Tonji, alto / Mimi Sunnerstam, violoncelle.
C’est un chant ‟Africaˮ qui ouvre l’album, une célébration, fusion joyeuse aux accents de Cuba et de l’Afrique, langues mêlées célébrant la rencontre, le rythme syncopé de la danse, et les percussions bien sûr. Un titre qui à lui seul exprime l’esprit de cette musique dont les titres égrènent ensuite les déclinaisons.
Mansfarroll en chef d’orchestre met en relief ces rencontres : entre Cuba et la Guinée, pays d’où a été déporté un grand nombre d’esclaves, dans ‟Guajira y Konkobaˮ, un solo aux congas annonçant l’arrivée d’un vibrant quatuor de cordes, saxophone soprano et trompette écrivant une danse légère, minué, un menuet créolisé. La kora de Ballaké Sissoko, arpèges cristallins évocateurs des grands espaces océaniques chemine aux côtés des percussions frappées et chœurs yorubas en douce ballade dans ‟Sissoko en El Guasoˮ, du nom du fleuve traversant la ville de Guantánamo.
Et puis ce titre phare de l’album, cœur d’une fusion extravertie, riffs électriques des clubs de Kinshasa, saxophones nigerian style, pulsation installée , nappes de synthé, chorus de trompette, et l’irruption du chant, cubano jusqu’au bout des intonations salseras, le són de la fête totale : ‟Afrobeat Guantanameroˮ ! Une atmosphère que l’on retrouvera également dans ‟Donga y Duabaˮ.
‟El tiempo en Katemboˮ piano et djembé accueillent la voix de Monika Kabasele mêlant langue congo, français, créole dans cette mélodie délicatement soulignée par la guitare basse et trompette : une célébration de notre commune humanité.
Les percussions en polyrythmie dialoguent avec la kora du maître Ballakè Sissoko (‟Candonga en la loma del Chivoˮ), et puis ‟Afriqueˮ, texte du poète sénégalais David Diop, force mémoire de l’esclavage et ode à la liberté dit en français, puis en espagnol. Suit l’instrumental ‟Kuntakine es libreˮ, aux accents délicatement free dignes des mythiques Art Ensemble of Chicago.
L’interprétation toute en nuances latinas du thème de ‟Girl Talkˮ écrit par Neal Hefti dans la version arrangée par Jean-Claude Vannier et chantée par Nougaro en 1973, ‟Dansez sur moiˮ résonne comme un message par delà les océans, celui de l’universalité de la condition humaine. África sí !







