Jazz en Chais : Nicolas Gardel and Guests
Par François Laroulandie
Château La Jaubertie à Colombier, pour le deuxième rendez-vous de l’année de Jazz en Chais le vendredi 24 avril 2026.
Jazz en Chais est le festival itinérant organisé depuis 2010 par Jazz Pourpre en Périgord. Cinq rendez-vous tout au long de l’année, des soirées concert accueillies dans les domaines viticoles faisant résonner le jazz avec des lieux chargés d’histoire, bastides du Moyen-âge ou châteaux Renaissance autour de Bergerac. La première étape a eu lieu le 20 mars au Château Péroudier à Monbazillac, accueillant le Roger Biwandu Bordeaux Quintet, vu récemment au Rocher de Palmer (https://lagazettebleuedactionjazz.fr/roger-kemp%cb%ae-biwandu-bordeaux-quintet/).
Ce soir rendez-vous est pris au Château La Jaubertie, un domaine viticole dominant la vallée de la Dordogne à proximité de Monbazillac. S’il est souvent décrit comme un ancien relais de chasse de Henri IV puis résidence le Léon Beylet, le médecin de Marie-Antoinette après la Révolution, l’accent est mis aujourd’hui sur la continuité d’un domaine familial depuis un demi-siècle. Nous sommes accueillis, et fort bien, par les bénévoles de Jazz Pourpre en Périgord dès l’arrivée, une dégustation des vins du domaine certifié en agriculture biologique accompagnée d’un assortiment apéritif ; juste ce qu’il faut pour mettre le public dans de parfaites dispositions avant le concert.

On a poussé sur les côtés les stocks de bouteilles pour ménager un espace confortable accueillant la scène et deux cent cinquante places assises, une jolie surprise pour moi qui redoutais l’exiguïté d’un chai encombré des cuves. Ici l’espace est accueillant autant pour les musiciens que pour le public venu nombreux : la soirée affiche complet.
Quelques mots de bienvenue de la propriétaire des lieux et de Jean-Claude Marron de Jazz Pourpre pour remercier les partenaires du festival et exposer les moments forts du programme à venir de la vingt deuxième édition du Festival qui aura lieu les 29, 30 et 31 mai prochains à Bergerac. Jean-Jacques Cholbi de Jazz Pourpre lance la soirée sur une présentation de Nicolas Gardel et ses musiciens.
Le concert
Nicolas Gardel, trompette, compositions / Arthur Guyard, clavier, compositions / Léo Chazallet, guitare basse / Léo Danais, batterie, percussions / Florent Tisseyre, percussions.
Nicolas Gardel, passé par les conservatoires de Toulouse et Paris puis le Big Band de l’Armée de l’Air dirigé par Stan Laferrière, sideman recherché aux côtés de Yuri Buenaventura, David Samborn, Henri Texier pour n’en citer que quelques-uns, est à l’origine du Nicolas Gardel Quartet, du Nicolas Gardel & the Headbangers ou encore du Nicolas Gardel & Baptiste Herbin Quartet avec le projet Symmetric, que nous retrouverons à Marciac cet été.
Le voici de retour avec Mano Figa, son projet certainement le plus personnel, fruit d’une exploration de l’histoire familiale dont le déclic fut son arrivée à l’âge de dix ans à Caracas, capitale du Venezuela où résidait sa tante Manolita : « les portes de l’aéroport s’ouvrent et une atmosphère lourde et moite m’envahit…ce n’est pas un changement de pays, c’est un changement de monde ». Ce sera le point de départ en 2022 d’un parcours qui l’amène à parcourir durant deux ans l’Amérique du Sud, à la rencontre des scènes et des musiciens locaux, s’imprégnant des accents qui viennent aujourd’hui enrichir sa palette. La Mano Figa c’est cette amulette qu’il porte au cou, cadeau de la tante Manolita, symbole d’un attachement sentimental aux pouvoirs multiples.
Nicolas est ce soir avec son complice Arthur Guyard, accompagnés du bassiste Léo Chazallet, des batteurs et percussionistes Léo Danais et Florent Tisseyre venus de Nîmes et Toulouse. Et ça démarre fort avec une composition de Arthur (‟Boricuaˮ ?) donnant le ton de la soirée : résolument latina, afro caribéenne, une syncope salsera invitant à la danse, du soleil et du rhum plein la tête. La trompette de Nicolas a cette texture chaude et incisive qui apporte des couleurs chatoyantes à cette musique métissée qui a conquis la planète.
Les morceaux s’enchaînent, alternant les compositions de Nicolas et celles d’Arthur, sans oublier les reprises de standards de Dizzy Gillespie (‟A night in Tunisiaˮ), Duke Ellington (‟In a sentimental Moodˮ) ou Théolonius Monk, arrangés à la sauce piquante, le thème emporté dans un tourbillon polyrythmique. La rencontre du clavier aérien de Arthur Guyard et des percussions finement ciselées, perles, coquillages et accessoires étranges et divers, avec la frappe des peaux entretient un feu roulant, train d’enfer lancé à pleine vitesse, et là-dessus, puissance toute en nuances mélodiques, la trompette de Nicolas Gardel.
‟In a Sentimental Moodˮ commence d’un pas mesuré, douce torpeur dessinée par la basse de Léo Chazallet jusqu’au moment où tout ce bel édifice commence à basculer imperceptiblement, entraîné par les syncopes du són cubano. Nicolas Gardel réussit même à faire de ce standard une version latina, ‟Con Sentimentalidadˮ refrain repris en boucle par le public. Théolonius également au programme, arrangé par Nicolas devient ‟Monk Mezclaˮ, un medley introduit par un long solo de Arthur Guyard, piano sentimental, arabesques ondoyantes, trompette à pas feutrés, délicatesse des sons. Jusqu’à l’entrée dans le jeu de Florent « el pepino » Tisseyre « le plus cubain des ariégeois » aux congas, pulsation envoûtante dont nous aurons une belle démonstration dans le tube de Nicolas ‟La Tia de Caracasˮ. Un grand moment dans ce morceau mêlant mélodie invitant à la fête et riches développements latin jazz, lors d’un solo à mains nues époustouflant qu’accompagne le chant incantatoire (en langue yoruba ?), c’est Florent « el cubano » Tisseyre !
Avant la fin du concert nous assisterons en direct à une absolue improvisation nommée sur le champ ‟Un Sueño de Chardonnayˮ, lyrique et inspirée par ce vin aux effets inattendus. Et pour finir ce morceau en clin d’œil amical afro cubano ‟Uno para Gioˮ, un titre à retrouver sur l’album Mano Figa.
Set list : Boricua / A Night in Tunisia / María Josefa / Alameda / In a Sentimental Mood / Con Sentimentalidad / Monk Mezcla / La tía de Caracas / Un sueño de Chardonnay (impro) / Uno para Gio.
Les prochains rendez-vous de Jazz en Chais :
- Le 26 juin à Pomport au château Ladesvignes avec Akoni Astrobeat
- Le 11 septembre au château de Monbazillac avec Paola Vera Quartet
- Le 13 novembre à Bergerac, château La Tilleraie avec Mystère Trio Quartet.
Et bien sûr le Festival de Jazz Pourpre en Périgord du 22 au 31 mai prochains !








