FESTIVAL « JAZZ ET VIN EN DOUBLE » – LA ROCHE-CHALAIS (7ème édition)

Par : Alain Fleche et Irène Piarou
Photos : Frédéric Boudou (cliquer pour agrandir)

VENDREDI 21 JUILLET

DEXTER GOLDBERG Trio


Dexter Goldberg : piano / Clément Daldosso : contrebasse / Philippe Magnez : batterie
Par Irène Piarou
Dexter Goldgerg est un grand pianiste, déjà par la taille et ses longs goigts parcourent le piano avec une grande … dextérité. Annonçant la sortie de son dernier CD au nom éponyme «Calibouddja», référence à son enfance avec la fratrie quand ils jouaient et s’inventaient des personnages, le public embarque pour un voyage musical. Un jazz moderne, chaleureux, que les musiciens ont plaisir à jouer. Leur complicité, leurs échanges participent à l’originalité du répertoire, entre de nombreuses compositions et quelques standards («Cedar Blues» de Cedar Walton ainsi qu’un hommage à Bill Evans. La cloche de l’église se mêle aux notes de piano mais les paroissiens ont déserté la messe et sont venus communier avec les musiciens. Le répertoire est éclectique («Prélude to a kiss» du Duke, Strange oasis, composition figurant sur l’album). La contrebasse ronde et puissante débute ce nouveau morceau, les notes classiques se mêlent à la compo. La batterie discrète et précise accompagne la jolie valse «Cerise». Toute l’énergie du pianiste se transmet aux musiciens qui l’accompagnent et qui enflamme un public connaisseur. Pour calmer le jeu, une ballade «Camille» … peut-être une ex copine ?. Sur «Nirvana», les ballets effleurent la caisse claire, les mains du pianiste se croisent sur le clavier et c’est un duo puis très vite, la contrebasse s’invite à le fête et la rythmique s’impose pour un hommage à son mentor Ahmad Jamal, disparu récemment. Dexter explique avoir envoyé un mail lui demandant de préfacer son disque et Ahmad lui a répondu qu’il était très intéressé mais qu’il le ferait un peu plus tard parce qu’il avait des problèmes de santé, mais … trop tard … Suivra «The leap» une belle impro puis le rappel finira en beauté ce concert avec un «Take five» de Dave Brubeck de toute beauté. Et notre photographe de rajouter à ces commentaires : sourire, partage, fluidité …


Eric LE LANN Quartet

Eric Le Lann : Trompette / Noé Huchard : piano / Clément Daldosso : contrebasse / Elie Martin-Charriere : batterie
Par Irène Piarou
Eric Le Lann est entouré de jeunes musiciens mais ô combien talentueux. Le concert débute par une magnifique compo «I am» suivie d’un standard de Gershwin. Noé nous impressionne par son talent et le public ne s’y trompe pas et les applaudissements nourris lors de ses chorus en font la preuve. La valeur n’attend pas le nombre des années … L’assistance est sous le charme de l’expérience d’Eric Le Lann qui s’associe à la jeunesse de ces musiciens en devenir. Il est évident que ni les standards, ni l’improvisation n’ont de secrets pour Noé qui a déjà tout compris de l’esprit du jazz. Autre valeur montante, Elie Martin-Charrière fait preuve de maturité, de sérénité et d’intelligence dans son drumming implacable et s’associe à la contrebasse de Clément Daldosso tout aussi efficace et brillant. La virtuosité d’Eric Le Lann nous conforte qu’il fallait être à La Roche-Chalais ce soir-là pour redécouvrir ce grand musicien. Il se retire régulièrement au fond de la scène pour écouter attentivement et encourager ces jeunes prodiges dont il faudra se souvenir car ils constituent l’avenir de la scène jazz française. Bien entendu, le rappel demandé par un public unanimement debout clôturera magnifiquement cette inoubliable soirée.


SAMEDI 22 JUILLET

FLORENCE FOURCADE hommage à Grapelli et Reinhardt

Florence Fourcade : Violon / Hubert Rousselet: Contrebasse / Claude Basso: Guitare / Thierry Larosa: Batterie
Par Alain Flèche
La part est faite belle pour les compositions de Django et de Stéphane, dont la dame peut se réclamer à juste titre l’une des héritières majeures.
On commence la fête avec une compo de la légende du violon, puis de R.Fays. Les doigts et les instruments sont chauds. Voici l’éternel succès d’Erroll Garner : Misty. La contrebasse est une colonne verticale où s’enroule le violon qui nous conduit vers les hautes sphères du ciel étoilé. La guitare égrène des perles scintillantes qui roulent sur la scène avant d’inonder le parterre des nombreux auditeurs qui ne lâchent pas une miette de la musique féérique distribuée avec grande générosité.
Une Hot Valse de S.Rollins « Pent up house », alors que les cloches du villages retentissent pour sonner l’appel au recueillement devant le chef-d’œuvre étourdissant qui tourne et tourne la tête et enflamme les sens. jusqu’à la violoniste de se laisser aller à vocaliser sa joie et sa fougue non retenue. Grande complicité entre le violon et la contrebasse qui reprennent le thème endiablé !
Un beau « troublant boléro » signé Django. Tout en douceur, le swing latinisant donne des fourmillements dans les pattes et des rêveries exotiques bouillantes dans les cœurs. La batterie sort du bois pour exciter les émotions sucrées/salées. La guitare, oh joie, ne joue pas la carte ‘virtuosité’, largement et de bon aloi exploitée par la dame, mais nous comble d’un feeling sans guimauve à se lécher l’âme et le corps, ou celui de sa/son voisin.e. Slurp !
Comme annoncé, c’est une pluie de ‘tubes’ bien légitime dans ce cadre festif, qui nous sont offerts par la troupe en feu. Voici ‘Minor Swing’ où la guitare, décidément très jazzy, nous sert citations sur citations sur des chorus très inspirés. Encore un peu de voix, pas vraiment juste, mais ce n’est que du bonheur à partager entre tous !
Le bien attendu ‘Nuage’, après une intro sans équivoque. Poétique comme le ciel à ce moment. Concentration et précision, les notes s’effilochent sous la brise d’été, se rassemblent, grossissent et s’éclaircissent. Mouvements dans ciel, étourdissant de sérénité jouissive!
Encore des ‘classiques’, encore du swing, (G.Gershwin qui « got the rhythm » fait partie de la fête), encore du plaisir d’être ensemble ! Le monde nage dans un bonheur convivial et éclairé de ces beaux musiciens.


ETIENNE M’BAPPE & THE PROPHETS OCTET

Etienne M’BAPPE : basse / Christophe CRAVERO : clavier / ANTHONY JAMBON : guitare / CLEMENT JANINET : violon / ARNAUD DE CAZANOVE : trompette / BALTAZAR NATUREL : saxophone ténor / NICOLAS VICARO : batterie + le 7ème Prohète, l’ingé son.
Par Irène Piarou
Sept musiciens pour un répertoire éclectique de compositions. Etienne M’Bappe avec ses gants noirs, son chapeau aux motifs léopard et ses lunettes de soleil, mais surtout avec sa basse électrique, dirige ses prophètes avec passion et lyrisme. La musique est colorée, à l’image de son pays natal, le Cameroun et on en prend plein les oreilles pour notre plus grand plaisir. Il règne sur scène une sérénité évidente traduisant une envie et un plaisir des musiciens de jouer ensemble. Ils s’amusent et nous régalent en prenant tour à tour des chorus enflammés de toute beauté. Sur une des compositions, un dialogue s’instaure entre la basse d’Etienne et la guitare mélodieuse et parfois déchaînée d’Anthony Jambon. Les notes s’échangent à un rythme vertigineux pour laisser de nouveau la place à la fratrie, comme le précise Etienne. Un prochain morceau est chanté en douala, le dialecte de son pays. Très beau et émouvant et le public très attentif , sous le charme, se laisse porter jusqu’en Afrique Centrale. La langue n’est pas compréhensible mais peu importe, la musique et la voix éraillée d’Etienne nous touchent au coeur. Puis, le moment est venu de rendre hommage à John Mc Laughlin et sa période indienne. Et oui, Etienne a partager très souvent la scène avec lui comme avec beaucoup de grands noms, parcourant avec eux la planète. Etienne n’oubliera pas ceux qui sont partis récemment comme Manu Dibango, Jacob Desvarieux du groupe Kassav, etc, ses amis. Et, c’est sur un final flamboyant que le public venu nombreux se lève, chante et dans devant la scène à l’initiative d’Etienne M’Bappe. Ce moment intense, partagé marquera à tout jamais le festival de La Roche-Chalais par ses messages de paix et de bienveillance avec de superbes musiciens qui ont su partager leur amour de leur métier face un public enthousiasmé et reconnaissant, amené sur un nuage. Merci à Patrick Ledru et son équipe de nous avoir proposé ces parenthèses musicales mémorables. Difficile d’aller dormir après une telle intensité musicale mais il y a encore une autre journée de festival.