Par Anne Maurellet, photos Alain Pelletier.

Bordeaux, l’Inox le 09/01/2020

Le Collectif Déluge présente Les Diluviennes #1

Jazz progressif

Première partie : Atrisma

Vincent Vilnet, claviers

Hugo Raducanu, batterie

Johary Rakotondramasy, guitare

D’emblée, on entre dans un espace mental, rideau d’eau où la fréquence des gouttes est visible, ressentie. Pourtant le clavier lyrique engage la batterie à battre la chamade et c’est l’envolée, l’embellie et aussi les atténuations… il conceptualise Vincent, et retourne à un classicisme dérouté. Le jazz, c’est fait pour ça ! les obsessions répétitives débordées par de soudaines mélodies. Et cela crée une atmosphère. La guitare déformée par la poésie de Johary Rakotondramasy aspire le son et nous emporte vers l’univers, Locomotive céleste. Atrisma, poètes du cosmos, quelque chose comme ça…Parfois, nous sommes soulevés par des bulles de couleurs qui éclatent par endroits pour renaître ailleurs, entraînés, roulés-boulés, consentants.

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Les trois Voyageurs immobiles racontent une histoire, sorte de conte merveilleux musical..pas de mots, mais des images palpables, sensibles. La fine transe de Vincent Vilnet hypnotise et le sourire de superbe extase de Johary y répond. C’est à part, cela.

Quand on Go to Shanghai, le tempo fluide et soutenu enlève les âmes, amène la rêverie. La guitare est mystérieuse et sûre, inspirée. J’aime cette douce inquiétude : Vincent parle du temps, des racines, des ancêtres. On entend la pendule dans son piano qui appelle le souvenir. On part sur le chemin cahotant de la mémoire, les images défilent ; choisir les plus intimes et les laisser nous envahir, nous émouvoir.

Atrisma interroge tendrement, de la passion en émerge parfois, les chorus sont toujours des bêtes furtives entrant dans les brèches de l’imaginaire pour y évoluer, s’y épanouir, nous enchanter. Guitare et batterie sont entrées en résonance : développement psychédélique dans Panda roux. La répétition et ses progressives dégradations cuivrées pour aller plus loin.

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Le pianiste questionne le tempo, on dirait même qu’il l’écoute plus qu’à le provoquer. Passe d’armes en forme de fleurs, la batterie de Hugo Raducanu a pris le pli habilement et s’engage dans la partie avec véhémence. Petit traité de volonté – sous-titre du chroniqueur…- qui aime l’optimisme rythmé de ce morceau : myriade de Fleurs bleues naissant les unes des autres, sur un plan invisible, à profusion, comme des poumons heureux se déployant dans l’azur. Quelques pétales effacent la scène.

Là, du groove, le rebond du son, son écho, promesse d’une partition à venir. Hugo assure ; le frottement des ailes de la guitare affole Mille papillons qui emplissent l’estrade, puis la salle, nous chatouillant délicieusement les oreilles, frôlant nos narines…pas besoin de stupéfiants, nous sommes stupéfaits, pris dans la sarabande. Et s’en vont, quelques battements dans l’éther.

A suivre la deuxième partie avec Theorem of Joy…

Carte AJ