Carte blanche à Mario Forte

Soirée d’ouverture de Musical’Océan Printemps

Par François Laroulandie, texte et photos.

Lacanau, le  9 avril 2026 : le swing de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli revivifié…

Mario Forte, violon / Samuel Strouk, guitare / Julien Cattiaux, guitare / Edouard Pennes, contrebasse

Lacanau pour beaucoup évoque le surf. Mais c’est surtout chaque année au mois d’août une capitale ouverte sur les musiques lors du désormais célèbre Festival Musical’Océan porté par l’association Ici et Maintenant dont ce sera cette année la dix-neuvième édition. Mais avant cela, le printemps offre une belle opportunité de nous retrouver à Lacanau pour la première soirée de concert de ce festival qui offre un programme éclectique conçu par le directeur artistique du festival le violoncelliste François Salque, allant du swing manouche aux musiques anciennes scandinaves en passant par Beethoven.

Invité de cette première soirée le violoniste et compositeur Mario Forte, diplômé du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse en 2010, actif sur la scène new yorkaise entre 2016 et 2020, et aujourd’hui installé en Creuse d’où il mène de front plusieurs projets. De formation classique, la rencontre avec Didier Lockwood a été déterminante dans sa démarche d’ouverture vers le jazz et l’improvisation. Instrumentiste complet, touchant aussi bien au classique qu’au jazz, au flamenco, aux musiques arabo andalouses auprès des Gnaoua du Maroc, à l’improvisation au sein du projet Not Club, ou en duo avec le violoncelliste Ernst Reijseger, il revendique une grande ouverture : « je crois en la musique populaire, ce n’est pas parce qu’une musique est savante qu’elle est forcément meilleure ». Il développe une approche instinctive de la musique « ce qui sort de moi, ce n’est pas ce que l’on m’a appris » avec une énergie communicative.

A ses côtés le guitariste soliste Samuel Strouk, diplômé du Conservatoire Supérieur de Paris-CNR, compagnon de routes de près de vingt années avec lequel il partage cette ouverture aux musiques du monde et à l’improvisation. Le jazz occupe une grande place dans ses influences, où se côtoient guitare classique et guitare manouche héritée de Django Reinhardt, dans son concerto Egalité et dans l’hommage symphonique Django 70th créé en 2023 à l’occasion des soixante-dix ans de la disparition du guitariste gitan.

La section rythmique est tenue par Julien Cattiaux à la guitare et Edouard Pennes à la contrebasse. Tous deux passionnés par l’héritage de Django Reinhardt, ils sont à l’œuvre au sein de la formation Génération Django créée à l’initiative du contrebassiste, une formation élargie autour d’un quatuor à cordes composé de Jules Dussap (violon), Charlotte Chahuneau (violon), Issey Nadaud (alto) et Appoline Lafait (violoncelle). Leur album est sorti en août 2023 chez Art Swing. Autant dire que ces deux-là promettent d’être à la hauteur ce soir pour un répertoire revisité autour de l’œuvre de Django Reinhardt, comptant bien sur l’inventivité de Mario Forte et la complicité de Samuel Strouk pour s’échapper de la partition.

Et nous ne serons pas déçus. Ça commence en trio, installant le swing implacable, avec dès les premières mesures quelque chose en plus, une précision alliée à la pulsation rythmique puissante, et l’entrée de Mario Forte en picking excitant l’intérêt du public avec ce violon manié comme une guitare. Les titres s’enchaînent les uns après les autres, où l’on croit reconnaître quelque standard, sitôt égarés bien à propos par les digressions vertigineuses vers lesquelles Mario Forte entraîne ses complices, il faut le suivre ! Et c’est une joie : ce violon se coule rivière de perles, plaintif ou déchirant, nous surprend, nous enchante, flamboyant, ému, vibrant entre les doigts du violoniste troquant à l’occasion pour un alto chaleureux, corps et instrument à l’unisson. Un tourbillon étourdissant et virtuose toujours accessible, pour le plaisir de la musique partagée avec le public.

Mario Forte va encore une fois surprendre son auditoire, en solo sur une viole d’amour : instrument baroque du dix-huitième siècle, alliant un montage européen des cordes (quatorze !) et des ouïes d’influence orientale en forme de flamme. « Toute mon histoire » nous confie le violoniste, né en Algérie, grandi dans le sud de la France, pétri des cultures du monde. Un instrument que l’on entend rarement, qui entre ses mains se révèle un quatuor à lui seul. Ça virevolte dans les aigus, ça syncope dans les graves, c’est un maelström de notes, résonances des cordes mélodiques, échos de viole de gambe ou d’alto, c’est unique, fulgurant, rare, inoubliable. « C’est tout ce que je sais faire avec cet instrument » nous confie modestement Mario à l’issue de se morceau de bravoure…

Reprise à quatre aux accents des Balkans, la guitare de Samuel Strouk entre glissandos et vibratos se lance dans un solo épatant, la contrebasse en appui, la pompe de Julien Cattiaux en syncope swing, le violon pleure, crie, monte au ciel, danse, s’arrête, repart, course poursuite du tempo qui accélère, et si l’on croit reconnaître ‟Minor Swingˮ, c’est l’esprit du Hot Club de France revisité, la fougue et la virtuosité de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli réunis, tous emportés dans le tourbillon fantasque de Mario Forte, public inclus. En rappel tout le monde aura reconnu ce clin d’œil aux ‟Feuilles mortesˮ bien vite balayées par le retour au thème précédent, juste pour le plaisir.

Coup d’envoi réussi pour Musical’Océan et Mario Forte avec ses complices d’un soir, son énergie, sa générosité, démontrant la richesse et la vitalité de la musique de Django, sa modernité. Et d’ores et déjà prenez date du Festival de l’été qui aura lieu du 20 au 26 août à la salle l’Escoure de Lacanau Océan : plage le jour, concerts le soir…