
Chez : Jujujworks
Par : Alain Fleche
FRANCA CUOMO : Voix, conception
MICHEL EDELIN : tout un tas de Flûtes diverses et ethniques
OLIVIER SENS : Électronique, Système Usine
Trois électrons libres honorent en musique les textes contestataires américains clamés par Allen Ginsberg, Bob Kaufman et Jimi Hendrix. Jimi avait sa propre musique, et les deux poètes étaient souvent accompagnés de musiciens (généralement Free) lors de leurs récitations publiques. Les textes sont ici chantés, vocalisés et soutenus par 2 formidables metteur en sons.
Ces poèmes illustrent la tension des années ‘60, époque ‘Beat Generation’, les USA sont en pleine décomposition : guerres, angoisse nucléaire, ségrégation raciale et sociale, émeutes fréquentes, pouvoir financier en ascension… la violence et la colère est le quotidien du peuple qu’on assassine. Les artistes se mobilisent et proposent d’autres voies, leur énergie portent l’espoir, l’art est politique !
Le rêve américain tourne au cauchemar, Allen ginsberg dénonce dans son constat politico-poétique une société malade d’elle-même, ses textes restent de totale actualité en nos temps troubles de doutes et de privation programmée de liberté. Les mêmes tensions sont toujours présentes, dans l’air et dans nos corps, les temps s’accélèrent, les révélations de scandales, les guerres inutiles, les malversations et corruptions s’amplifient, l’inversion des valeurs est de mode, le capital, véritable Moloch terrifiant, se gave sur le peuple qui n’en puit mais… le mondialisme a rattrapé les prédictions d’Orwell et d’Huxley, le drapeau noir flotte sur la marmite…qui refroidit.
Les temps anciens de cocagne disparaissent, ces textes continuent de refléter la fin d’une civilisation, la nôtre. Ces textes vocalisés enrichis de sons et de sens s’organisent en dramaturgie univoque.
Le trio présent est la résultante de deux duos : Edelin + Cuomo = Snark, Edelin + Sens = Flûte Machine. En 2016, le trio (éphémère) explore l’univers de Jimi Hendrix, puis, peu à peu, s’impose la figure d’Allen Ginsberg comme reflet de nos réalités actuelles, American Dream prend forme.
Franca Cuomo est soliste, actrice-chanteuse pour le théâtre de création, vocaliste jazz et passionnée par l’acte de transmission. Chercheuse inlassable sur le geste vocal-musique, son répertoire passe par le lyrique contemporain, le cabaret, la chanson, la création chorégraphique… Elle rencontre Georges Aperghis et d’autres compositeurs actuels qui lui font travailler sa voix, mais elle se concentre sur le théâtre musical avant tout avec une incursion vers le blues, avant de rencontrer Michel Edelin.
The flûtiste français, bardé de prix renommés,il participe à de nombreux festivals internationaux, il est mentionné dans le ‘Dictionnaire du jazz’, c’est un cherchant reconnu de la flûte jazz. Il choisit les chemins de traverse, l’ivresse de la découverte, explore l’infinité des digressions modales, dans un seul but : le plaisir !
Olivier Sens, quant à lui, est un musicien inclassable. Contrebassiste qui s’est fait connaître en jouant avec le gotha international. Puis il se passionne pour la musique électronique, travaille la composition et crée un logiciel inter-actif très original et compétant (Usine) et en est récompensé par des prix prestigieux. Il est sollicité par Philip Harper, Gary Bartz, Antonio Hart, Gary Thomas, Chris Poter, Jon Gordon… puis joue avec Sébastien Texier et Christophe Marguet pour le disque ‘Résistance Poétique’, primé du ‘Django d’or’. Il accompagne Stéphane Grapelli, Didier Lockwood, Aldo Romano, Daniel Humair, Richard Galiano, Claude Barthelemy, Louis Sclavis, Antoine Hervé, Michel Portal, Bojan Z, Laurent Cugny et d’autres.
15 titres composent cet album plein de vie, de voix, de cris et d’émois. Des improvisations libres du trio parsèment des extraits de poèmes (dont on peut regretter de n’avoir le texte sous les yeux) traités vaillamment avec attention, respect mais en totale liberté. On trouve aussi quelques titres de Fraca en solo. Et puis le fameux ‘Room full of mirrors’, délire de Jimi, méconnaissable… à rapprocher du traitement de ‘The wind cries Mary’ par Marc Ribot… Il en reste la folie psychédélique augmenté d’incantation chamanique et belle échappée des trois en action.
Le chant sincère, la flûte héroïque, les bidouillages rythmiques constituent un disque formidable qui sent le dégoût, la révolte et l’espoir. Résistance !






