QUIET MEN

Chez : Faubourg du Monde TAC

par : Alain Fleche

Denis COLIN : clarinette basse et contralto

Pablo CUECO : zarb (percussion iranienne)

Simon DRAPPIER : arpeggione (entre la guitare et le violoncelle)

Julien OME  : guitare

Nouveau projet de Denis Colin en forme de retrouvaille entre vieux complices, où il continue d’arpenter, et nous faire découvrir, de nouveaux chemins de traverse inconnus. Ensemble cohérent constitué d’anches, peau et cordes pour une ambiance défini comme : Psychédelic Folk Jazz par ses propres interprètes, des ‘Hommes Tranquiles’ ou ‘Pères Peinards’, lesquels partagent la passion du geste musical juste, le désir d’incarner l’immatérialité des sons et de ne jamais rien tenir pour acquis, loin des certitudes et codes musicaux classiques ; équilibre d’acrobates confirmés qui doivent chacun la réussite de leur prouesse technique/émotion qu’à la complicité permanente d’avec les autres, apportant tous ce qu’ils ont de mieux : leur originalité !

Original, cet ensemble l’est ! de par l’assemblage d’instruments exotiques et ‘dit’ classiques… comme une guitare, sauf que de sonner blues, Motown et folk quasi simultanément, empêche de la trouver où on l’attend, nous emmenant jusqu’à la limite des recoins de l’univers. Comme une clarinette basse qui oublie les ‘bonnes manières’ (?) locales et de copier ses ainés américains, l’ami Denis choisissant un son sauvage, voire franchement grunge, plutôt que discret ou voluptueux. Et cette drôle de chimère : l’arpeggione, apparition fantomatique au XIXème siècle, exhumée par un Simon multi cordes qui semble bien s’amuser de nous faire découvrir le résultat de ses caresses à l’archet, modifiant notre écoute des autres générateurs de sons, se mêlant à eux pour, parfois, ne plus trop savoir ce qui produit telle ou telle note. Enfin, le zarb : tambour d’origine presque orientale (on pense parfois aux subtilités du tabla indien), utilisé en occident sur des musiques jazz, contemporaines, médiévales ou baroque. Loin d’apporter une couleur ‘world’, on en entend bien la souplesse et la richesse de jeu nécessaire pour illuminer la musique présentée ici.

Comme prév(en)u, la musique se/nous promène du folk au jazz, du country au blues, de la gavotte au rock, de l’ancien à l’actuel, mais définitivement ancrée dans le présent, à travers un prisme psychédélique  que ne reniaient pas les musiciens des ’70 qui écoutaient autant Dylan que Bartok ou ‘Trane’ et Davis. Et, ô miracle, tout se tient ! Tout s’enchaine et nous réjouit. De la simplicité apparente des relents bluesy aux circonvolutions savantes et ravissantes d’inventions (re)trouvées dans la mémoire de la tradition universelle. Bouillon de cultures évolutives, et non soupes de vieux restes. Recherche de passages secrets où tout fait son, des idées, des compositions sans cesse remisent en jeu à chaque intervention inattendue ; rien de définitif, ouverture maximale ; gros sac de joujoux innombrables où piochent les compères à chaque instant pour construire des architectures mouvantes et fantastiques de monuments qui n’en finissent plus de se laisser explorer sans lassitude.

De l’écouter en boucle, ce disque parait infini, n’empêche, il nous prend d’en rêver la suite …