Stéphane Belmondo & Friends à l’Opus 34 de Bordeaux
par Philippe Desmond, texte et photos
– Allo Philippe, tu viens avec nous au ciné ?
– Non, pas ce soir, je vais voir un Belmondo.
– Au ciné ? L’As des As ? Le Professionnel ? Le Guignolo ?
– En quelque sorte…
– ???
– Plutôt l’homme de trio, ou ce soir de quartet !
– ???
– Oui, Stéphane Belmondo le trompettiste !
Allez, j’arrête ce dialogue imaginaire et idiot avec ces allusions éculées qu’on a dû faire mille fois à Stéphane mais il est vrai qu’une proposition de sortie au cinéma m’avait été lancée en fin de journée.
Ce n’est donc pas au ciné que je me suis rendu mais à l’Opus 34, restaurant, bar et club de jazz surtout, fort à propos autoproclamé « QG des artistes ». Paul Gouzien a repris il y a quelques mois cet établissement contigu au TNBA et, musicien lui-même, pianiste classique, il a décidé d’y programmer des concerts ; de jazz ! Les connaisseurs auront reconnu que le nom Opus 34 fait référence à la Valse Brillante de Chopin. Un piano quart de queue est ici à demeure sur la scène aménagée et ceinturée de lumière bleue, un joli effet … sauf pour les photographes qui préfèrent le bleu de la note à celui des leds. La carte est variée, accessible à tous et si on ne dîne pas, on peut consommer des boissons et grignoter des planches. La programmation de jazz y est régulière et des jeunes musiciens issus ou encore fréquentant les classes de musiques actuelles du Conservatoire voisin y ont d’ailleurs déjà joué.
C’est par une connaissance commune avec Paul Gouzien que Stéphane Belmondo s‘est retrouvé ici et des raisons familiales l’attirant à Bordeaux, il a proposé de venir de temps en temps y jouer. Pour lui, la place bordelaise est déjà bien remplie d’amis musiciens de longue date et il n’a pas eu de mal à former un quartet. Il s’est tourné vers son vieux pote Roger Biwandu avec lequel il jouait il y a des lustres au Plana et ce dernier a proposé sa fidèle Nolwenn Leizour et un pianiste plus rare, l’excellent Loïc Cavadore.
Mais rien n’est simple dans ce monde et le concert a failli ne pas avoir lieu, Stéphane ayant mis 13 heures pour rallier en train Bordeaux depuis Marseille. La répétition prévue à 17h n’a pu avoir lieu, le trompettiste n’arrivant qu’une demi-heure avant le concert ! Alors on fait quoi ? Sur un coin de table on improvise un répertoire pardi ! C’est du jazz ! Et comme toujours avec cette qualité de musiciens, le miracle va se produire ; rien d’un miracle me diront certains mais le talent, le travail, le métier, l’amitié…
Les standards de jazz valent surtout par l’interprétation qu’on en fait on en a encore eu la confirmation. Stéphane n’a aucune difficulté à se joindre au superbe trio bordelais pour, de sa trompette et principalement de son bugle, laisser éclater sa musicalité et son inventivité. Que d’histoires va-t-il nous raconter ce soir au son feutré de son instrument enchevêtré de cuivre. Oui messieurs dames, Stéphane Belmondo est là à Bordeaux à jouer dans un club avec cette proximité qu’il apprécie toujours autant, lui l’habitué des grandes salles, des gros festivals ; un bain de fraîcheur et de spontanéité qu’il aime retrouver.
Sur scène il ne tient pas en place, la quittant dès qu’il n’a pas à jouer, allant faire un tour en salle, en cuisine, revenant prendre son chorus, repartant, une vraie toupie. Pas d’osmose avec les autres ? A voir les parties de rigolade entre les morceaux rien de tel !
J’ai appris récemment que lors d’un gros concert pas loin d’ici, il avait été dit que Bordeaux n’était pas une ville de jazz… Ce n’est pas l’impression que j’ai et ça s’est confirmé encore ce soir. Justement un autre jazzman vit depuis deux ans dans notre ville, il est là ce soir et s’empare du piano pour un titre en duo avec Stéphane. Les deux se connaissent depuis toujours et vont nous faire passer un moment magique autour de l’émouvante « Chanson d’Hèlène » un passage obligé du trompettiste. Oui, un certain Jacky Terrasson. Moment d’émotion, de grâce dans un silence profond de la salle, y respire-t-on encore ? Jacky embarque Stéphane dans ses histoires, revient vers Hélène, s’en éloigne, la retrouve… L’ovation libératoire finale traduira le bonheur qui vient de circuler dans l’assistance.
Alors souhaitons longue vie à ce lieu et guettons en la programmation
https://www.facebook.com/OPUS.34
https://www.restaurant-opus34.fr/
Set list :
- Automn leaves
- What is this thing called love
- This is new
- darn that dream
- Whisper Not (« with Pernod » selon le regretté trompettiste Roger Guérin !)
- On Green Dolphin Street
- Someday my Prince will come
- La Chanson d’Hélène (duo Stéphane, Jacky)
- Au Privave