Marion Rampal

« Song for Abbey »

Tribute to Abbey Lincoln

Par Philippe Desmond

Label Les Rivières Souterraines Record https://www.helloasso.com/associations/les-rivieres-souterraines

Marion Rampal : voix / Matthis Pascaud : guitares électrique et acoustique , mellotron, direction musicale / Raphaël Chassin : batterie / Simon Tailleu : contrebasse / Thibault Gomez : piano, piano préparé, Prophet, Juno, Philicorda.

Invités : Archie Shepp : voix sur (8) / Bill Frisell : guitare électrique sur (6)

Parmi la masse d’albums qu’Action Jazz reçoit et que nous nous répartissons entre rédacteurs, ce disque était curieusement passé à travers. Par bonheur Marion Rampal, sur ce même projet d’hommage à Abbey Lincoln, a été programmée au récent Anglet Jazz Festival dont nous sommes partenaires, sa prestation nous faisant regretter d’être passés à côté. D’où enfin cette chronique d’un album sorti fin 2025.

Cet album est le quatrième de la chanteuse née à Marseille, le premier étant sorti en 2019. Depuis Marion a gravi les échelons de la carrière pour atteindre notamment la Victoire du Jazz du meilleur album en 2026, justement avec « Song for Abbey ». Cet album est en effet une très belle réussite à partir d’un pari pas évident, rendre hommage, sans chercher à l’imiter, à la grande Abbey Lincoln.

Cette artiste américaine (1930-2010) aura marqué son époque, musicalement, par la lutte contre le racisme, et par son engagement de militante des droits civiques américains (notamment avec Max Roach), une autre Nina Simone en quelque sorte. Plus anecdotiquement, on lui doit, sans qu’elle n’en soit vraiment responsable, l’existence du Lady Quartet de Rhoda Scott, cette formation ayant été créée en urgence par le regretté Jean-Pierre Vignola du festival Jazz à Vienne, pour pallier la défection d’Abbey souffrante pour sa soirée jazz au féminin en 2004.

Pour réussir son pari, Marion Rampal s’est entourée d’une pléiade de musiciens, Matthis Pascaud assurant la direction musicale et les arrangements. Deux invités de marque complètent un line-up déjà prestigieux, Archie Shepp, qui a partagé la scène avec Abbey, qu’on retrouve ici chanteur avec sa voix usée et touchante et Bill Frisell qui éclaire « Skylark » de ses touches de guitare électrique.

Marion Rampal n’a pas la voix d’Abbey Lincoln, tant mieux, ainsi pas de comparaison hasardeuse, pas de risque d’imitation mais un interprétation dans le plus grand respect et une remise en lumière de ces musiques dont certaines sont devenue des tubes, sinon des classiques de la chanteuse américaine ; je pense à « The Music is Magic » et à « And it’s supposed to be love ». Sa voix est chaude, claire, lumineuse avec souvent des accents de chanteuse folk ; d’ailleurs elle reprend « Mr Tambourine Man » de Bob Dylan.

Si Marion Rampal tient le devant de la scène elle laisse une très belle place à ses musiciens qui peuvent développer certains titres à leur manière, ce que nous avons pu vérifier au festival d’Anglet lors de moments instrumentaux monumentaux.

Un album superbe mettant définitivement en lumière le talent de Marion Rampal. Comment avons-nous pu le laisser sur une étagère !