par Philippe Desmond, photos Christine Sardaine

Rocher de Palmer, mardi 19 octobre 2021.

Je reproche parfois au jazz moderne de manquer de beat, de groove, de privilégier les mélodies complexes et les harmonies au rythme. Ce soir au Rocher de Palmer j’ai donc été comblé ! Le quartet de Makaya McCraven nous a en effet secoués de ses pulsations nerveuses. Quelle chance de voir par chez nous cette étoile américaine qui n’a pas fini de monter ! Toujours dans le coup l’équipe du Rocher de Palmer.

Après un début de concert où De’ Sean Jones caché sous la capuche de sa parka colorée a sorti de sa flûte une douce mélodie contrastant avec son gabarit impressionnant, la batterie a commencé à chauffer d’un drumming vif mais délicat, les cymbales caressées, sur un mode relativement discret. La flûte a laissé la place au EWI (Electronic Wind Instrument), la basse de Joshua Ramos s’est mise à grossir, le Rhodes de Rob Clearfield à chanter tandis que le groove arrivait. Lancé tranquillement sur « Frank’s Tune » toujours autour d’une mélodie simple aux reflets électros, il s’est mis à enfler, à envahir nos corps subrepticement. Ce groove tout en finesse n’allait plus nous lâcher de la soirée et tant mieux. La batterie est ainsi devenue centrale même sur une vraie ballade au tempo très lent sur laquelle Makaya a réussi à placer des triolets de malade, la complexité de son travail se fondant parfaitement à cette atmosphère apparemment apaisée ; du grand art. Est arrivée une autre ballade « Spring in Chicago » rappelant justement celles du groupe du même nom, cool, gentille mais transcendée par la batterie, tout en contraste.

« Sunset », basse vrombissante, Rhodes lumineux, batterie centrale et la découverte d’un saxophoniste ténor extraordinaire, précis, groovy, utilisant quelques effets sans exagérer, De’Sean Jones. Il a fini par ôter sa parka nous dévoilant sa silhouette de costaud masquant une grande sensibilité musicale. Et toujours, cette polyrythmie, ces pulsations  monumentales qui dans certains titres vont friser la tachycardie, la fièvre montant du saxophone ténor ; époustouflant batteur que ce Makaya McCraven avec une économie de gestes et une précision extrême.

Il nous propose quelques titres de l’album qui sortira en novembre chez Blue Note pour nous titiller et nous faire perdre patience. Une musique finalement assez simple, parfois légère, accessible mais transcendée par la rythmique riche et précise de son leader. Epoustouflant !

En rappel un morceau musclé sonnant très hip hop et évoluant jusqu’à l’explosion. Du jazz, oserai-je dire fusion, aux sonorités renouvelées et à l’énorme beat qui vous chopent et ne vous lâchent pas ; une tuerie et pourtant un bien fou !

Salle 650 même pas à moitié garnie…