
Crédit photo Michel Quéral
La Baronne du jazz
Par Philippe Desmond
Festival Orages, Blaye (33), samedi 15 août 2026
Mathilde Maumont : comédienne, écriture / Joseph Ganter : piano, direction musicale / Philippe Valentine : batterie / Rivo Razafy : basse. https://www.compagnie-imagine.org/
Les amateurs de jazz connaissent peu ou prou l’histoire de Pannonica de Koenigswarter (1913-1988) cette riche héritière Rothschild qui a changé de vie en reniant son passé et son couple pour s’installer à New-York et devenir la bienfaitrice des musiciens de be-bop américain (Thelonious Monk, Charlie « Bird » Parker, Dizzy Gillespie, Art Blakey, Bud Powell, Lionel Hampton, Barry Harris…) et la militante des droits civiques des musiciens noirs en pleine ségrégation. De nombreux titres de jazz lui rendent d’ailleurs hommage et une compilation les rassemblant existe chez Cristal Records https://www.cristalrecords.com/albums/pannonica/ . Nica a aussi écrit un ouvrage, illustré de ses propres photos Polaroïd d’époque, édité bien après sa mort et toujours disponible, « Les Musiciens de jazz et leurs trois voeux » où ceux-ci les énoncent ; celui de Miles Davis et son seul : « Etre blanc ! « …
Mathilde Maumont de la compagnie Imagine, sur une idée du pianiste Joseph Ganter, figure bordelaise du jazz depuis bien longtemps, a écrit ce spectacle de théâtre musical autour de cette personnalité atypique.
Un trio musical chevronné, l’ancienne église du couvent de Blaye dédiée à la religion du jazz par un décor sobre de club des années 50’s et 60’s – le Minton’s Playhouse – et un récit entremêlé de jazz ou l’inverse, les deux se fondant parfaitement.
On va croiser et presque voir Thelonious Monk – Joseph et son calot monkien – on va entendre depuis le ciel « Bird », on va se plonger dans cette époque où les artistes de jazz noirs étaient adulés par le public blanc mais devaient obtenir une cabaret card pour jouer – supprimée dès le premier écart – et entrer par la porte de service des clubs soumis au diktat de la ségrégation. Nica n’avait pas choisi la facilité, elle la blanche, protectrice de tous ces hommes en grande majorité noirs, certes se sentant « noire sous sa peau blanche » .
Le spectacle est dynamique, le texte est précis et vivant, Mathilde Maumont incarne Nica, sa passion, son engagement, son extravagance. Chaque scène évoque les étapes importantes de la vie de Nica, sa complicité avec les musiciens – des amants parmi eux ? La réponse dans la pièce – les rapports tendus avec leurs producteurs, la naissance du be-bop, les incidents avec la police, les conflits avec les hôtels où elle vivait et où sa suite devenait un lieu de jams nocturnes arrosées, enfumées et poudrées, sa folie des chats…
Ce qui ne la connaissaient pas découvrent ainsi un personnage extravagant, une aristo qui a mis sa fortune au service de ses amis du jazz – attention le be-bop seulement, une révolution à l’époque – tout en assistant à un vrai concert où défilent les standards du genre, de Monk, d’Horace Silver, de Dizzy Gillespie, de Charlie Parker…
Voilà un spectacle mêlant deux disciplines artistiques de la plus belle des manières, qui ne demande qu’à trouver son public, qu’il soit amateur de jazz ou simplement néophyte, le propos allant au-delà de la musique.
Ce soir c’était la première et déjà tout est quasiment en place pour les succès futurs, le public a d’ailleurs fini debout ! Programmateurs à vos agendas !

Crédit photo Michel Quéral
NB : dans un prochain article nous reviendrons sur le livre « Les Musiciens de jazz et leurs trois voeux » et une émission de « Jazz d’Ici et d’Ailleurs » sur O2 Radio (www.o2radio.fr) sera consacrée aux compositions écrites en hommage à Nica par les musiciens de l’époque.




