
Par Pierre-Yves Miroux
2026 – Excursus Production
5 étoiles
Personnel :
Laurent David — electric bass, production
Ed Rosenberg III — bass & tenor saxophones
Kenny Grohowski — drums
Track List :
- 01. Built & Broken
- 02. Falling & Vaporizing
- 03. Raining & Raining
- 04. Rivers & Ocean
- 05. Depth & Darkness
- 06. Living & Rising
- 07. Weather Cycle
- 08. Awkening & Living
- 09. Darkness Again
- 10. Escaping to Infinity
Par où commencer. Tant il y a à dire quant à cette œuvre. Car c’est une œuvre totale, on est littéralement submergé par ce que l’on entend, évidemment par la forme métal, mais aussi par la musique en elle-même, et par la sincérité et l’authenticité des musiciens. Un artiste est forcément sincère, mais là, on est dans une autre dimension. Car il faut être totalement authentique quand on s’exprime de cette façon, rejetant toutes les conventions. On peut parler de la Forme. De l’Intention. De la Vision. De la musique, bien sûr. Pour ma part, il y avait très longtemps que je n’avais pas reçu un choc pareil. « «1001 degrés centigrade » de Magma, pour le côté totalement tellurique, l’univers de Frank Zappa, période « Uncle Meat » et ses disques « collage » pour le côté heurté/heurtant, John Zorn, pour la proximité musicale, « Monster Movie » de Can, groupe kraut rock des années 70, pour le côté viscéral, « Starless and bible black » de King Crimson, pour la noirceur. Une foultitude pourrait suivre, évidemment en référence à des artistes totalement hors des normes, qui ont marqué leur époque, tant cet album est un véritable ovni musical.
Bien sûr, une « culture » rock peut sans doute aider à apprécier la musique, mais on y trouve vraiment du jazz au travers de l’intention de ces 3 créateurs : la liberté.
Parlons du groupe déjà. Laurent David, bassiste surdoué, de formation classique, mais ne se laissant enfermer dans aucun genre. Il travaille dans des univers pop, rock, jazz et ici sur un album hors du commun, fondamentalement métal, mais profondément jazz dans l’esprit, par la liberté voire l’expérimentation. Kenny Grohowski, le batteur, pièce centrale de la musique métal, est sans doute celui qui s’exprime le plus suivant les codes du genre : tempos ahurissant de célérité, double voire triple pédales, un son très puissant. Lui aussi, une carrière éclectique, avec John Zorn notamment. Enfin, le saxophoniste, Ed RosenBerg III, déjà 7 albums à son actif, multiplie les collaborations avec un éclectisme assumé, et aligne ici, entre autres, de longues et profondes nappes au saxo.
Il serait insensé d’analyser les morceaux un par un, ils forment une unité, presque comme un opéra. Ils composent une œuvre totale, basée avant tout sur une absolue liberté musicale, affranchie de toutes les conventions ; on se fiche pas mal de la « résolution » dans leur musique. Et ça fait beaucoup de bien. On y retrouve l’aspect symphonique du métal, mais là aussi, sortant des sentiers battus, et complété par une virtuosité exceptionnelle, notamment de la part du batteur, acteur essentiel du métal. La musique de Kilter nous emporte dans une autre dimension, on est emporté dans leur maelstrom musical, sur leur vaisseau indestructible, au milieu des flots de lave métallique, sans destination annoncée, contemplant notre histoire de 10 milliards d’années, et ils nous déposent sur le rivage de l’infini, « Infinity », bouleversés, exténués, littéralement scotchés par ce l’on vient d’entendre. Cet album peut ne pas plaire aux amoureux du jazz plus classique, il est exigeant, radical, mais il ensorcellera tous les curieux de la musique. Et apporte sa pierre à l ‘édifice de la musique. C’est rare.







