Jean-Marie Ecay – Retour au Thélonious

Par Philippe Desmond

Thélonious Café Jazz Club, dimanche 11 novembre 2024.

Ce dimanche le guitariste basque Jean-Marie Ecay était de retour au Thélonious où il avait joué dans la première version du lieu il y a plus de vingt ans (*) et plus généralement à Bordeaux où il fut une des figures au Plana auparavant. Natif de Saint-Jean de Luz, installé à Hendaye où il surfe régulièrement, il a parcouru et parcourt encore le monde entier avec des figures de la musique comme Didier Lockwood, Billy Cobham, Jean-Luc Ponty, Randy Brecker, Gino Vanelli, Richard Galliano d’autres, il a accompagné aussi et composé pour Claude Nougaro. Autant dire que Jean-Marie Ecay est un musicien qui compte dans le monde du jazz et de la musique en général. Il a été pendant plusieurs années à la tête du festival Guitaralde à Hendaye mais a été malheureusement obligé de jeter l’éponge cette année. Il propose bien sûr ses propres projets, du duo aux combos plus étoffés.

Visiblement le message de sa venue au Thélonious est passé, le record d’affluence y est ce soir battu. C’est son vieux pote bordelais le bassiste Dominique Bonadéi qui a eu l’idée de le faire revenir ; ils jouaient ensemble il y a trente ans. Francis Fontès complice de Dominique dans le Affinity quartet est au piano et le trentenaire Joris Seguin complète ce trio de sexagénaires aux baguettes.

Dominique Bonadéi me confie son trac avant le concert. Ils vont jouer des compositions de Jean-Marie souvent complexes (mais toujours agréables à entendre) et s’ils ont eu les partitions à l’avance, ils n’ont répété qu’une fois. Et avec le guitariste il ne sont jamais à l’abri de surprises et d’improvisations. D’ailleurs le premier titre, un blues très solide, n’était pas prévu, le leader du jour a décidé de l’ajouter au vu de la chaude et bruyante ambiance qui règne dans le lieu. Mais l’écoute va se faire de suite, quand Jean-Marie Ecay prend sa guitare les oreilles se dressent et les voix se taisent, il y a de quoi.

Un son qu’il maîtrise à la perfection, une virtuosité sans esbroufe toujours au service de la musique, une aisance aussi bien dans les morceaux lents joués avec sensibilité et finesse que pour les titres chauds et enfiévrés. Tout cela il le fait avec simplicité et gentillesse. De la simplicité il faut en avoir quand il se livre au chant dans le standard « The Days of Wine and Roses » ; il n’est pas chanteur, il le sait et comme s’il était avec des copains il se lance, conscient de ses imperfections et ça passe crême, on en rit, lui en sourit, on est là entre potes et tout va bien.

Voilà son hommage à la vague au large de Ciboure, « Belharra » et sa mélodie classique, un menuet presque, enluminée de sa guitare ; une morceau à cinq temps comme la danse basque du zortziko. Derrière ou plus précisément à côté, ça tourne parfaitement ; les craintes sont parties, ils sont dedans, à l’écoute de la moindre variation, du moindre changement d’itinéraire du guitariste. Francis Fontès, avec le métier qu’il, a on ne la lui fait plus depuis longtemps et il nous montre ce que le petit piano numérique du club a dans les circuits imprimés faute de cordes et de marteaux. Dominique Bonadéi prend visiblement un grand plaisir a accompagner son vieux poto ; il ne le quitte pas des yeux prêt à réagir et ensemble ils vont nous proposer quelques jolies joutes. Joris Seguin assure lui un groove, une pulsation qui mettraient n’importe quel musicien à l’aise ; précis et sobre il est remarquable.

Jean-Marie Ecay peut tout jouer, il ne s’en prive pas voilà un rythme de reggae à la reprise du second set, puis sa composition pour Claude Nougaro (Album l’Enfant Phare en 1997) « Bras dessus – Bras dessous » ; quelques bribes de « Cécile ma fille » viennent même se glisser dans la douce intro. Voilà « Exit 11 » du pur jazz fusion, un tempo de malade, un chorus de guitare éternel ; il y a du Mc Laughlin la-dedans, du Alan Holdsworth me glisse mon ami François qui se réconcilie ainsi un moment avec le jazz (rock). Et à la fin du morceau un clin d’oeil à « Softly as in a Morning Sunrise » comme ça, comme une cerise sur le solo.

Rappel bien sûr, du blues, mais pas n’importe quoi, ça tourne autour de « Acknowledgement » du Love Supreme de Coltrane ; du grand art. Et tant qu’on y est, pour se dire au revoir, un morceau de country music au rythme du galop des mustangs des cowboys sous les « Hi Ha » de la salle. Quel bonheur ce concert ! Bravo à tous les quatre.

Au fait on ne comptait plus les guitaristes présents au concert ce soir, si ça ce n’est pas un signe… Il y avait même le créateur du lieu en 1992, voir son interview ci-dessous en 2020.

(*) La légende du Thelonious