Vingt cinq ans !! Déjà?
par Annie Robert
Pyrénées atlantiques…..Oloron….
Lorsqu’ on y arrive sans connaître, c’est d’abord le bruit roulant, caillouteux, culbutant et fort du Gave, (ou plutôt des Gaves) qui zèbre d’une fraîcheur claire la cité du Haut Béarn en cascades mousseuses, souples en été mais que l’on devine inquiétantes en hiver. C’est aussi une envolée d’ardoises grises qui s’étage sur trois collines rondes et sereines, des passerelles débordantes de fleurs multiples, avec pour sentinelle la tutélaire ligne bleue des Pyrénées et son ciel changeant.
Une belle ville de piémont, blottie autour de son torrent et de sa vallée mais ouverte aux influences, qui se protège et se donne à ceux qui l’aiment.
Mais en ce début juillet, on sent bien que quelque chose se prépare. Ça frémit et ça claque aux vents. Que ce soit dans le vieux centre historique, sur la rocade extérieure dédiée aux commerces standardisés, ou sur les ronds points gazonnés; des affiches, des banderoles rouges et jaunes ( les couleurs du Béarn non?), des personnages musicaux découpés en silhouettes intriguent et font plus que suggérer….
Le Festival Jazz à Oloron démarre pour deux fois quatre jours de festivités et de concerts réjouissants!! Des notes en rouleaux tempétueux et des rives en mélodies improvisées nous attendent.
Mais avec cette année un plus très conséquent. Le festival souffle ses 25 bougies ( le bel âge!) et ce n’est pas rien!! Vingt cinq ans à peaufiner une belle programmation, à courir après des subventions, à craindre un retard de train, d’avion ou d’imprimeur, à s’inquiéter d’une salle trop vide ou trop pleine, à préparer des loges, des hébergements, à coller des affiches, à avoir mal aux pieds, bref à se démener dans tous les sens… Vingt cinq ans qui l’eut dit?
Mais aussi vingt cinq ans à s’éblouir devant les performances des artistes, à recevoir des sourires et des mercis du public, à échanger des impressions et des découvertes et à s’étonner à chaque fois que cela se passe si bien, pour que vive encore plus fort ce creuset magique et intense, ce bouillonnement perpétuel, ce croisement des styles et des influences que l’on appelle faute de mieux du jazz… Des notes en rouleaux, des rives en mélodies. Faire vivre, aimer, découvrir, s’extasier, s’emporter, s’étonner, râler, flairer, polémiquer, déguster: voilà un défi de taille, à relever chaque année. Vingt cinq ans qui l’eut cru?
Pour cette première semaine, du 28 juin au 1° juillet six concerts en quatre jours et pas des moindres: Emiko Minakuchi, Sandra Nkaké, Kimberose… ( trois filles, ah chouette!!) Harold Lopez Nussa, Abblaye Cissoko, et le trio Pieranunzi/ Imbert/Ceccarelli… que du beau linge… du ciselé, de la dentelle, ou de l’orange acide, et des salles qui sont déjà complètes ou qui vont bientôt l’être…
La deuxième semaine ( du 5 au 8 juillet) promet d’être plus intense encore avec le démarrage du off et ses multiples concerts gratuits, la 13° édition du Tremplin «Des rives et des notes» pour la mise sur orbite des jeunes pousses, de la musique partout, au ciné, dans les bars et sous le chapiteau et bien sûr des artistes de prestiges à la salle Jeliotte pour 7 concerts supplémentaires… à faire frémir les pierres et soupirer les ardoises.
L’équipe de Jazz à Oloron est sans doute trop modeste pour exprimer sa fierté d’ être présente année après année et d’oser se relancer chaque fois dans un nouveau défi. Et pourtant elle aurait de quoi être fière de ces vingt cinq ans de travail, de fatigue et de bonheurs multiples.
Rien de mieux pour leur prouver qu’ils ont raison de persister, que d’aller à Oloron, de sauter à oreilles déployées dans le plaisir de la musique et du jazz qu’ils nous offrent.
Vite , vite, la semaine qui arrive va être magnifique…!!
Et je suis sûre que même le Gave va ralentir ses tourbillons d’eau pour mieux en écouter les notes, à travers ses rives… Il me l’a dit… Si, si…