Germain Cornet quintet avec Jazz for Ever

Par Philippe Desmond

Hôtel Mercure, Bordeaux-Mérignac samedi 25 avril 2026.
Germain Cornet : batterie, compositions / Ronald Baker : trompette et chant / César Poirier: saxophone ténor / Patrick Cabon : piano / Fabricio Nicolas-Garcia : contrebasse.

Jazz for Ever

Nous voilà à nouveau au rendez-vous régulier avec Jazz for Ever ( https://www.jazzsouthwest.fr/ ). Deux concerts en deux soirées dans la région, un à Bordeaux-Mérignac, l’autre à Biarritz . L’association menée par Jean-Marc Tailleur arrive ainsi à mutualiser les moyens, la survie de l’association de bénévoles ne tenant qu’à un fil devant l’explosion des coûts. Elle propose à chaque fois des groupes de très grand standing, le public bordelais étant curieusement plus frileux que celui de Biarritz pour y assister. Le concert est couplé à un repas (précédé d’un teasing apéritif du concert) mais la présence à celui-ci n’a rien d’obligatoire et il peut être choisi seul. Alors si vous aimez le jazz rejoignez cette association, elle le mérite.

Germain Cornet quintet

Lors du festival Jazz en Mars à Tarnos en 2023, je découvrais un magnifique jeune batteur qui accompagnait pour la première fois deux figures américaines, le trompettiste Terell Stafford et le saxophoniste Jesse Davis. Un concert époustouflant et la curiosité de suivre le devenir de ce musicien. Et donc me voilà servi, Germain Cornet nous propose ce soir la restitution de son premier album en tant que leader après de nombreuses et jolies collaborations.

Batteur donc mais aussi compositeur, c’est une espèce beaucoup plus rare. Le jazz il l’a découvert à l’âge de 17 ans, le swing, le be-bop, celui que jouent les batteurs comme Jeff Hamilton, chez qui il effectuera un peu plus tard un stage à Seattle, comme Art Blakey notamment, une autre de ses références. Il en fera son métier.
Le voilà donc à la manœuvre de « Listen to the Wind » avec un très bel équipage des musiciens unanimement reconnus dans la sphère de ce que, pour faire court, on appelle le jazz classique. C’est aussi une chance d’avoir devant nous Ronald Baker le plus français des trompettistes américains, installé dans notre pays depuis près de trente ans. Il chante et scatte aussi à merveille.

Ce soir, en avant première de la sortie officielle de l’album le 19 juin au Café de la Danse à Paris, nous avons donc la chance de découvrir le répertoire de « Listen to the Wind ». De suite le ton de la soirée est donné avec ces roulements de tambour annonçant à la manière de l’intro de « Blues March » un titre écrit par Germain en hommage à Art Blakey intitulé « Bu’s groove ».

En v’là du blues en v’là avec « Repeat the Question ». Sur un tapis de piano, trompette et saxophone discutent tranquillement , la rythmique se mêle à la conversation, elle aussi a beaucoup de choses à dire ; la discussion est brillante, argumentée.

Voilà une ballade, toujours nécessaire dans un concert de jazz, souvent un juge de paix pour l’orchestre, c’est « The Point of No Return » avec ce grain de voix si particulier de Ronald Baker, légèrement voilé et intimiste.
La joie, celle de l’enfance maintenant, nous saute aux oreilles avec « Listen to the Wind », une mélodie lumineuse chantée et scattée par Ronald Baker, évoquant les sorties au parc du petit Germain. C’est un jazz vif et élégant qui de temps en temps accueille des accents latinos comme pour « Joyfull Thunder »
Le concert, tel un hommage, se termine sur des rythmes de New Orleans, là où tout aurait commencé avec une version énergique de « I Got My Mojo Working » de Preston « Red » Foster, seul titre non original de l’album où la gaîté domine. Un coup de maître.

Rappel bien sûr avec une composition de Ronald Baker en hommage à son collègue et ami disparu Roy Hargrove, baptisé tout simplement « To Roy », comme si la rue Saint-Denis ou le Boulevard de Strasbourg (*) se prolongeaient jusqu’à Cuba, belle idée.

Cinq excellents musiciens qui s’entendent à merveille, un leader qui réinvente le jazz en le respectant, une belle soirée.
Ce type de jazz est donc bien vivant, sujet à création, à évolution, destiné à toutes les oreilles, réconciliant anciens et modernes, réunissant néophytes et amateurs. Ce jazz éclate sur scène car permettant toutes les audaces autour de ses mélodies. Que de jeunes générations s’en emparent aussi bien est une excellente nouvelle.
On me pose souvent la question avec une curiosité un peu inquiète « Mais c’est quoi le jazz ? ». Écoutez le disque ou allez les écouter sur scène et vous aurez une bonne partie de la réponse.

(*) référence au titre emblématique de Roy Hargrove « Strasbourg Saint-Denis «