
Big Band du Conservatoire de Bordeaux avec Stan Laferrière
Par Philippe Desmond
Le Rocher de Palmer, mercredi 22 avril 2026.
En décembre dernier et comme chaque année, le Big Band du Conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux nous avait offert un concert hommage à Mister Q, Quincy Jones : article Big Band Conservatoire . Le concert faisait suite à une masterclass avec Stan Laferrière. Ce dernier est revenu et il est présent ce soir. Celui qui se fait aussi appeler Docteur Jazz ( https://docteurjazz.com/ ) est un musicien français multi-instrumentiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre. Il anime des masterclass, et propose des compositions et des arrangements originaux pour big band et tous autres types d’orchestres ( jazz, classique, variété, vocal, big band, harmonie, symphonique), C’est une sommité dans le jazz et au delà donc . https://www.stan-music.com/
C’est une vraie chance pour les élèves du Conservatoire de travailler avec un tel artiste dans le cadre de leur formation. Depuis la veille il a consacré deux jours avec eux pour préparer ce concert. Un big band comme celui-ci c’est 17 musiciennes (3) et musiciens à synchroniser, orchestrer. Certes ils sont tous lecteurs mais le jazz exige aussi une dimension rythmique particulière qui en fait son sel et pour cela la restitution analytique de la partition ne suffit pas. Le big band du Conservatoire est animé toute l’année par Mathieu Tarot qui ce soir malheureusement est empêché par son dos qui l’empêche de diriger. C’est donc Stan Laferrière lui-même qui va le suppléer.
Dès le premier titre on entre dans le vif du sujet avec un titre rappelant « Moanin’ « . Ce n’est pas un hasard, Stan Laferrière qui travaille sur commande avait reçu celle-ci pour des illustrations sonores rappelant certaines époques des big bands. Il en proposera d’autres plus tard. Mélodie simple mais harmonies travaillées avec des arrangements vifs où chacun trouve sa place, des riffs tranchants, des retours au calme nuancés pour mettre en valeur piano et guitare et une remarquable cohésion. Ce big band sonne remarquablement.
Stan Laferrière va d’ailleurs ne pas tarir d’éloges les jeunes musiciens qui le composent. Lui qui fait plusieurs masterclass par mois, qui fréquente tous les conservatoires de France nous déclare que celui de Bordeaux est exceptionnel. Il me confirmera que ce jugement est sincère et non de pure politesse. Belle reconnaissance de cet expert qui depuis 40 ans a produit 3000 arrangements pour big band !
Un concert animé par Stan c’est quelque chose. C’est un passionné, il a tant de choses à raconter et intéressantes en plus ! Il se sait bavard, on le constate mais on aime ça car ça a du sens. Il parle de la musique, des artistes de sa vie (riche) avec humour et auto dérision souvent. Voilà un titre dédié à sa fille née avec son frère jumeau le premier jour du premier confinement ; « Bossa Lisa » une bossa nova qui montre que l’orchestre sait aussi faire dans la légèreté, une petite douceur déclare Stan.
Un big band c’est souvent spectaculaire mais le juge de paix ce sont les morceaux lents, les ballades. Voilà par exemple « Deb Darling » inspiré de « Li’l Darling » de Neil Hefti pour le Count Basie Orchestra. Le big band ronronne de délicatesse tout est parfait. Le grand standard « Invitation » et « Nice work if you can get it » de Gershwin confirmeront la maîtrise du groupe. Ce dernier titre est un arrangement de Stan qu’il avait écrit pour une commande de Claude Bolling.
Stan Laferrière a été voisin à Paris d’un certain Laurent Voulzy et il lui avait promis (ou menacé !) d’arranger un de ses tubes pour big band. Voilà donc « Belle Ile en Mer » version Laferrière dans une version assez explosive débordant de rythme et d’harmonies, de riffs surprises où on arrive à percevoir la mélodie qui sera exposée plus sobrement à la fin. Quel beau travail et surtout quelle belle interprétation de ces jeunes musiciens aussi concentrés qu’heureux d’être là. Je n’en distinguerai aucun, c’est un travail collectif où chacun est indispensable.
Hommage avec « The Gipsy » un titre d’une musicienne et arrangeuse, écrit pour Phil Woods et le big band de Quincy Jones, une des pionnières de la présence des femmes autres que chanteuses dans le jazz, la tromboniste Melba Liston (1926-1999) trop peu connue pourtant de la même génération que Miles. Stan en effet demande à la salle 650 quasi pleine qui la connaissait, nous sommes 4 ou 5 à lever la main. les choses évoluent mais encore lentement, elles sont seulement trois ce soir, une par section, à représenter la gent féminine…
Autre commande d’illustration sonore, un son de big band des années 60 ou 70 type série télé. Alors direction vers Lalo Schifrin bien sûr, Mission Impossible, Mannix… Stan adore, il avoue avoir pompé l’intro de « Mannix » justement pour écrire sa propre composition « Lalo’s Waltz ». Musique éclatante, un bonheur.
Rappel bien sûr avec le bis du premier titre de la soirée avec un scat de la saxophoniste et de Stan lui-même cette fois. Salle debout, c’était le moins qu’on puisse faire pour remercier ces musiciens, sans oublier ceux qui au Conservatoire les forment et les conduisent vers l’excellence. Ils sont bientôt prêts à affronter le métier mais ça c’est encore un autre défi !
Musiciens et musiciennes :
Direction : Stan Laferrière
Saxophones : Santiago Ortiz Lira (st), Thibault Jouson (sa) , Sandric Miton (sa) , Laura Gilli (st, scat), Timour Mounko-Vernoine (sb)
Trombones : Antoine Cantau, Gaëtan Banquet, Inès Laborde, Ioan Abdmezien (basse)
Trompettes : Gauthier Foignier, Victor Theuekauff, Ella Harrington, Titouan Loaec
Batterie : Adrien Lucbert / Guitare : Paul Racois / Contrebasse : Malko Boisset / Piano : Joachim Cuault






