Andernos Jazz festival 2023 #3

Du jazz toujours à marée haute !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat

Dimanche 30 juillet

Gospel !

Du monde au jardin Louis David, pour l’exposition des photos et des luthiers mais ce matin plus précisément pour la messe en plein air, tradition ici. Pas de jazz mais la chanteuse folk Karelle bien connue des bordelais et sa voix pure et juste, contrairement à celle du prêtre, bon passons…

« Ite, missa est » mais restez quand-même car on poursuit dans l’esprit avec du Gospel. Quatre chanteuses bordelaises – pas besoin d’aller les chercher outre-atlantique – Monique Thomas certes américaine mais chez nous depuis longtemps, Thalie Bernard, Célia Marissal – dans un univers très différent de Nojazz ! ) et Tiana Razafy avec à l’orgue Hervé Saint-Guirons qui n’a jamais aussi bien porté son surnom du Révérend. Il faudra tout le métier et l’humour de Monique Thomas pour arriver à libérer ce public timide, plus habitué au silence pesant des célébrations d’ici qu’aux ferveurs parfois délirantes des églises américaines ! Déjà pour frapper en mesure il faudra s’y reprendre à deux fois et le guider, seul le « Oh Happy Day !» final libérant enfin les retenues. Une heure de joie vocale avec les harmonies et les chorus de ces superbes chanteuses toutes différentes dans leur registre. Une cinquième, en tournée dans la région actuellement, aurait pu se joindre à elles et passe dire bonjour à la fin adressant à chacun de nous un « hello » plein de vibratos et de trémolos lyriques, la grande Bridget Bazile.

Monique, Thalie, Célia et Tiana

Swingin’ Bayonne

J’adore ce trio, Arnaud Labastie (piano), Patrick Quillard (contrebasse), Jean Duverdier (batterie), pourquoi ? Ils tendent le jazz aux gens, à ceux qui disent ne pas l’aimer. Du swing, un répertoire varié, des génériques télé comme Capitain Flam, à la soul de Stevie Wonder, en passant par le jazz d’Hank Jones, de Monty Alexander , de Benny Golson (Ah ce « Killer Joe » !). Les sympathiques Bayonnais, exfiltrés du dernier jour des fêtes du Roi Léon, on régalé le public réfugié en ce midi à l’ombre du grand pin central de l’esplanade, des danseurs se lançant même. Encore une bonne idée d’Eric Coignat.

Dexter Gordon Legacy

Après l’hommage à Milt Jackson d’hier au tour de celui au grand saxophoniste ténor Dexter Gordon. Longtemps installé en Europe il y a passé ses années Be Bop, loin des soucis de ségrégation et du mouvement free jazz. C’est Valentin Foulon-Balsamo qui a créé ce quintet. Il joue du ténor et partage le devant de la scène de la jetée avec Jérôme Dubois à la trompette, la rythmique étant composée de François-Xavier de Turenne au piano (à propos merci à l’organisation qui n’a pas lésiné sur les beaux pianos pour tous les concerts !), François Mary à la contrebasse et Jéricho Ballan à la batterie ; oui, du beau monde et du local en plus, du circuit court ! J’adore ce type de formation, les deux solistes en unisson, en harmonie, en bagarre, le piano qui alterne entre les lumières des chorus et l’ombre (tu parles d’une ombre) de la rythmique qui fait battre le cœur de tout cela. Un set magnifique et la confirmation du talent de Valentin si volubile au ténor ; Jérôme n’a rien à lui envier à la trompette ou au bugle pour les ballades ; FXT au piano ça roule bien aussi, et dans l’ombre donc (ils auraient bien aimé en avoir) les pulsations bourrées de swing de François et Jéricho. Là encore on demande à les revoir, et partout si possible ! Décidément Monsieur Coignat accumule les bons points !

Je n’ai pas le temps d’aller retrouver le Oyster’s Dissident Brass band qui déambule en ville car la plage m’attend. A 20h45 ? Oui, la plage du Betey pour les concerts de clôture. Un moment à la fois festif et de découverte. C’est le parti pris d’Eric Coignat, placer en première partie un concert que les gens venus surtout pour la seconde partie vont peut-être se surprendre à aimer. L’an dernier c’était la révélation March Mallow, cette année au tour de Rouge de trouver un nouveau public.

La plage du Betey voit Rouge

Rouge c’est le projet de la pianiste Madeleine Cazenave, rouge comme ses cheveux peut-être, pas comme le coucher de soleil derrière la scène qui s’est fait pâlichon ce soir. Mais le site est exceptionnel le Bassin, la plage, les pins, les bateaux et la lune qui se lève. Madeleine est au Steinway, elle va lui faire bien des misères en mettant souvent les mains sous le capot pour créer des sourdines, des sons plus secs ; les accordeurs n’aiment pas du tout ça, nous on va apprécier ces sonorités étranges, parfaitement intégrées à cet univers musical aérien, proche des maîtres Ravel ou Satie, mais aussi de Tigran, d’E.S.T parfois, d’Avishai Cohen ou des ostinatos de Gogo Penguin ou encore de tournes folkloriques. Sylvain Didou est à la contrebasse, pincée et frottée, naturelle ou aux effets électros audacieux. Boris Louvet donne les pulsations à la batterie, souligne les contrastes, nuance ses frappes aux mailloches. Un peu de mal a entrer dans cette ambiance pour moi, j’aimerais les avoir plus proches, dans un endroit feutré mais un regard vers le paysage et tout cela s’oublie et je finis par bien recevoir la beauté de leur musique. L’accueil du public ? Surprenant d’enthousiasme, pari pas gagné d’avance mais encore réussi pour notre irréprochable directeur du festival !

Myles Sanko

J’avoue, je ne le connaissais quasiment pas, mais une grosse partie du public oui ! C’est lui qu’ils attendaient, pour qui ils piaffaient assis dans le sable en attendant le feu vert pour se lever… et danser ! Myles n’a pas tardé à le leur donner, dès le troisième morceau d’un show commencé sur un ton charmeur, en vrai crooner séducteur qu’il est. Le Ghanéen d’origine, devenu anglais et vivant maintenant à Céret dans le 66, s’est vite mis le public dans la poche, les dames en particulier. Maîtrisant pas mal le Français, il l’a ainsi sollicité pour l’accompagner dans sa musique soul. La voix proche, très proche, de son mentor Gregory Porter, un répertoire personnel très classe, une reprise originale de « Ain’t no sunshine » de Bill Withers qui a fait fondre tout le monde, une mise en valeur de ses excellents musiciens, bref un show parfaitement réussi dans l’esprit festif du dernier concert du festival. Musiciens : Ric Elsworth (batterie), Matt Carter (piano), Jon Mapp (basse), Chris Booth (guitare), Gareth Lumbers (saxophone, flûte).

Trois jours s’achèvent, comme je dis souvent le week-end c’était du jazz, le lundi ce sera le blues. Désolé d’avoir raté, le Oyster’s Dissident Brass Band, l’orchestre de jazz de l’école municipale de musique d’Andernos et Tiger Rose.

Un grand merci à la Ville d’Andernos qui participe à 90% au budget, quelques mécènes trop rares complétant l’enveloppe, pour ces concerts qui ne sont pas gratuits mais offerts au public, la nuance est forte. Et un grand bravo à Eric Coignat et toutes ses équipes, c’est du beau travail, d’ailleurs on reviendra.

 

Galerie photos de Philippe Marzat

Gospel

 

Swingin’ Bayonne

 

Dexter Gordon Legacy

 

Rouge

 

Myles Sanko