Ambrose Akinmusire au Château Descas
par Cédric Pichot (simple spectateur non accrédité)
Château Descas de Bordeaux, le 5 Septembre 2024
Trompette: Ambrose Akinmusire / Piano: Sam Harris / Contrebasse: Harish Raghavan / Batterie: Justin Brown
Quand l’annonce fut faite, aucune hésitation, je file acheter mes places, car les concerts de cet artiste sont rares dans nos contrées lointaines.
Déjà Ambrose c’est rare, mais en plus ce soir-là, nous allons découvrir la salle du château Descas. Fermé depuis 17 ans, ce lieu n’avait pas vu l’ombre d’un spectacle. Et ce soir c’est le grand soir, dans une salle magnifique, telle un théâtre, équipée de 600 fauteuils ultras confortables, quatre cent personnes se sont présentées pour assister au concert qui , sur le papier, promet d’être mémorable.
Ambrose Akinmusire est américain, il arrive d’Oakland en Californie, il est auteur compositeur et interprète de sa propre musique. Diplômé de la Berkeley High school, il part dans la ville de la grosse pomme pour étudier au Manhattan school of music.
Lauréat du prix Thelonious Monk de 2007, il sort son premier disque en suite. Il a récemment été l’invité et programmateur d’un Club Jazzafip, et nous avons pu apprécier l’humilité dont fait preuve ce musicien.
Bercé par Aretha, le hip-hop, Chopin, il développe un jazz d’avant garde, dans la plus pure tradition, sans électronique, ni pour lui, ni pour ses consœurs.
Ses nombreuses contributions avec énormément de musiciens différents, de Kendrick Lamar à Marcus Miller, lui ont permis de développer sa propre histoire, et écrire avec ça, une page du jazz actuel.
Ça y est le décor est planté, et nous voilà installés royalement, le concert peut démarrer. Présentation du lieu, du festival, du manque cruel de culture jazz dans le bordelais (?) le programmateur, Jean-Jacques Quesada, nous dévoile les invités pour la saison, qui démarre ce soir.
Et sans plus attendre, place à la musique, les quatre musiciens rentrent sur scène et s’installent en lieu et place.
Le batteur est sur la droite, comme souvent dans les formations actuelles, le contrebassiste au milieu, le piano à queue sur la gauche, et la trompette d’Ambrose devant nous.
La salle avec ses gradins comme un théâtre nous fait nous sentir au cœur de la scène. Le son nous arrive directement dessus, l’acoustique est vraiment intéressante.
Le concert commence , la trompette d’Ambrose nous livre le premier thème, très très fluide, le jeu est clair et limpide. Puis ils jouent à l’unisson, chacun interprétant ces quelques mesures. Les notes de Sam Harris deviennent envoûtantes et enivrantes, elles se mélangent au jeu des cymbales de Justin Brown. Le morceau se tord, virevolte, changement perpétuel de rythme, mais chaque fois, le morceau nous ramène au thème originel de manière subtile.
Le thème est articulé est répété continuellement, puis il s’accélère pour plus de profondeur, pour délivrer toute la force de ces musiciens.
Le jeu des musiciens donne l’impression d’une conversation à quatre. Quinze ans qu’ils jouent ensemble, d’où un réel équilibre et une clairvoyance dans le jeu. Un premier morceau en haute voltige, d’une vingtaine de minutes.
Dans un esprit fusion et fusionnant la musique est étirée, distendue elle nous livre le meilleur, une force intérieure émane de ce quartet.
Applaudissements…..
Le concert sera l’occasion de présenter les morceaux du dernier album. Les opus s’enchaînent et quelques personnes ne trouvant peut être pas le spectacle à leur goût en profitent pour s’échapper entre chaque pièce.
Mais nous, trop heureux de voir une telle énergie déployée devant nos yeux ébahis, n’en ratons pas la moindre miette. Le jeu est juste et les morceaux évoquent un jazz avant gardiste maîtrisé, sans la moindre imperfection, rien n’est laissé au hasard.
Le son pur des instruments est un régal pour les oreilles, pas la moindre interférence électronique, très appréciable de nos jours. Et au bout d’une heure, un morceau en apothéose qui nous exprime toute la force de ce groupe, la trompette d’Ambrose résonne comme un beat infini, c’est lancinant, envoûtant cela transporte, le public apprécie, et petit à petit le morceau nous ramène sur nos petits nuages, la virtuosité d’Ambrose est un spectacle vivant.
Le voir claquer les pistons de son instrument avec la paume des mains est surprenant.
Un rappel demandé par public conquis permet de savourer un peu plus ce moment magique.
Bref un concert magistral, une vraie chance d’avoir pu croiser la route de ces musiciens de haut vol. Merci à eux pour ces moments de grâce.
Nouvel album à découvrir: OWL SONG Sorti en 2023 avec notamment Bill Frisell.